Coronavirus à Toulouse: Pourquoi les étudiants en médecine ont doublement peur de passer le concours

Des étudiants de 1re année de médecine qui planche sur le concours. Illustration. — A.-C. Poujoulat / AFP

  • A Toulouse, le fameux concours d’entrée en médecine aura finalement lieu à la mi-juin.
  • Mais des étudiants contestent son organisation, par vagues de 900 candidats au Parc des Expos.
  • Ils s’opposent aussi aux épreuves écourtées, rabotées, et suggèrent d’autres solutions.

Lors du fameux et très sélectif concours d’entrée en médecine, les étudiants jouent l’aboutissement d’au moins un an, plus souvent de deux ans, de sacrifices et de bachotage. Cette année à Toulouse, les candidats – 2.700 répartis sur trois facultés (Purpan, Rangueil et Pharmacie) pour 255 « élus » à l’arrivée – seront doublement angoissés. Et pas forcément à l’idée d’entrer dans un monde où on se retrouve en première ligne pendant les épidémies.

Ils ont appris il y a une dizaine de jours que le concours se tiendrait bien, avec des semaines de retard pour cause de coronavirus. Il aura lieu du 15 au 19 juin au Parc des Expos, où trois vagues de 900 étudiants vont se succéder pour plancher sur leurs impitoyables « QCM ». Des conditions d’organisation qui inquiètent un collectif informel d’étudiants. Ces derniers ont lancé une pétition pour que les modalités du concours soient revues. En pensant notamment aux étudiants « fragiles », ou dont un proche l’est, qui pourraient prendre des risques pour participer, ou, pire, renoncer.

Mais les critiques portent aussi sur l’examen en lui-même. Habituellement le concours comporte cinq épreuves, d’une durée allant de 30 minutes à 1h30. Là, les candidats vont jouer leur avenir professionnel sur une seule session d’1h15. Elie Serrano, le doyen de la faculté de médecine de Rangueil, reconnaît que « les fortes contraintes organisationnelles prennent le pas sur les contraintes pédagogiques ». Si le nombre d’épreuves a été réduit, c’est pour que les corrections et donc les résultats tombent suffisamment tôt pour affecter les étudiants (de médecine et des autres filières) avant la rentrée de septembre. Et si le temps d’examen est si court, c’est tout simplement pour leur sécurité.

Mais les étudiants pétitionnaires n’en démordent pas, ils trouvent la solution inéquitable. « Nous n’ avons plus cours depuis le 12 mars, explique Lou*, une doublante. Pour beaucoup, la bibliothèque universitaire était un refuge où nous n’avons pas pu aller pour réviser. Certains ont dû travailler au milieu de familles nombreuses ou dans des conditions difficiles ». Bref, les dés seront pipés à l’arrivée la feuille d’examen.

Annulation ou pondération

Lou et ses camarades suggèrent d’autres solutions : « L’annulation pure et simple » de l’ultime examen pour ne garder que les notes du premier semestre, « sachant que les classements bougent généralement peu entre les deux », par exemple. Mais les étudiants ont conscience qu’une telle décision prêterait le flanc à de nombreuses contestations. L’autre option serait selon eux de pondérer la note du deuxième semestre. Et elle a, elle, plus de chances d’aboutir. « Nous sommes dans l’attente de la réponse du ministère à une demande de modification des coefficients du second semestre, écourté par le confinement », indique en effet Elie Serrano.

La dernière alternative prônée par les frondeurs est « d’augmenter le numerus clausus » dans les trois facultés toulousaines qui n’admettent chacune cette année que 85 élèves en deuxième année. D’autant que le numerus clausus est voué à disparaître.

* Le prénom a été changé

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