Coronavirus à Bordeaux : Traité avec un antiviral nommé remdesivir, le patient « n’est plus du tout porteur du virus »

Le Pr Denis Malvy, le directeur du CHU de Bordeaux Yann Bubien, et le directeur de l’ARS Nouvelle-Aquitaine Michel Laforcade — Mickaël Bosredon/20 Minutes

  • Le patient bordelais infesté par le coronavirus est sorti jeudi matin du CHU de Bordeaux.
  • Il a été traité par un antiviral nommé Remdesivir, qui semble être le « candidat prometteur le plus probant pour une évaluation » a indiqué le Pr Malvy.
  • L’équipe hospitalière du CHU de Bordeaux reconnaît que ce patient a vécu une expérience « unique et emblématique » et va bénéficier d’un suivi psychologique.

Hospitalisé depuis le 23 janvier au CHU de Bordeaux, le patient atteint de coronavirus est sorti jeudi matin, guéri, de l’établissement hospitalier. Il n’est «  plus du tout porteur d’aucune trace de présence du virus » assure la direction de l’hôpital, qui est revenue ce vendredi sur les conditions de prise en charge de ce patient. Ce Bordelais d’origine chinoise de 48 ans, conseiller dans le domaine du vin pour la chambre d’agriculture de Gironde, était passé par Wuhan en Chine, en début d’année.

Qu’est-ce qui a permis de décider de la sortie de ce patient ?

Avant de s’assurer que la personne peut sortir de l’hôpital, la doctrine du ministère tourne autour de trois points, a rappelé Michel Laforcade, directeur de l’Agence Régionale de la Santé (ARS) en Nouvelle-Aquitaine : « Il faut deux examens biologiques normaux en 72 h, qu’il n’y ait plus de symptômes, et que la capacité psychosociologique de la personne concernée à un retour à un domicile soit constatée. »

Pourquoi est-il resté si longtemps hospitalisé ?

Vingt-deux jours d’hospitalisation, « cela peut paraître beaucoup », a reconnu le Pr Denis Malvy, responsable de l’unité maladies tropicales et du voyageur au CHU de Bordeaux. « Mais les collègues chinois nous rapportent que pour les cas sur la zone épidémique chinoise, la durée moyenne d’hospitalisation est de 14 jours. Et parfois cela va au-delà de 22 jours. Donc au regard du côté inédit de cette maladie nouvelle, la durée rentre finalement dans la bonne pratique clinique. »

Quels traitements a-t-il reçus ?

Il a reçu un traitement spécifique dont la cible est le virus lui-même, « dans un contexte où il n’existe pas encore de traitement homologué pour ce coronavirus » a rappelé le Pr Denis Malvy. Ce traitement administré au patient bordelais, « un antiviral qui agit directement sur le virus pour empêcher sa multiplication » est une petite molécule « qui diffuse parfaitement dans les poumons, l’organe cible de la maladie. » Ce produit, qui s’appelle remdesivir, « est administré par voie intraveineuse pendant dix jours. » Il s’agit aujourd’hui du « candidat prometteur le plus probant pour une évaluation dans le cadre de cette maladie » assure le Pr Malvy. Le choix de ce médicament s’est fait « en concertation avec l’OMS » (Organisation mondiale de la Santé) et va faire l’objet d’un essai thérapeutique comparatif en Chine.

Le Pr Malvy a évoqué un « deuxième candidat », le lopinavir utilisé contre le VIH-Sida, associé au ritonavir, qui a fait l’objet d’un essai en Chine dont on attend les résultats.

Que sait-on aujourd’hui de la maladie ?

Le virus est désormais dénommé sous son acronyme Covid-19. « Cette maladie émergente, une pneumonie bilatérale, est causée par un coronavirus qui retient toute notre attention dans la mesure où il trouve réservoir dans l’espèce animale, en l’occurrence le pangolin, un mammifère à écailles dont la chair est extrêmement attractive dans la culture des pays d’Asie du Sud-Est, et dans la Chine en particulier » indique le Pr Malvy.

Dans quel état de santé psychologique le patient est-il sorti ?

L’équipe hospitalière du CHU de Bordeaux reconnaît que ce patient a vécu une expérience « unique et emblématique. » Il bénéficiera d’ailleurs d’un support psychologique, « lié au stress qu’il a connu, à cause de ses conditions de confinement imposées par le fait d’avoir été le premier patient atteint de cette maladie sur le sol français. » Durant son hospitalisation, il « pouvait appeler son praticien hospitalier de première ligne, 7/7 jours et 24/24 h, via une ligne téléphonique spécifique » raconte le Pr Malvy. « Un psychiatre est par ailleurs intervenu pour évaluer son état d’anxiété et sa capacité à revenir dans le monde sans trop de crainte. » Son évaluation a été positive, et « il a pu rejoindre sereinement son domicile jeudi matin. »

Maintenant, « la suite de son parcours de soins se construit, et nous allons le revoir régulièrement, sous une échéance de sept jours d’abord, et ensuite au travers des semaines à venir, selon un protocole concerté au niveau national et international. »

Combien de patients potentiellement atteints par ce coronavirus le CHU a-t-il reçus ?

Il y a eu 21 cas possibles qui ont été testés au CHU de Bordeaux, pour un cas positif. « C’est donc quasiment tous les jours que nous avons des cas possibles nouveaux, avec une certaine décélération ces derniers jours » souligne Michel Laforcade.

Le directeur général du CHU, Yann Bubien, souligne toutefois que l’établissement « n’a pas été perturbé par l’arrivée de ce patient, et les services ont continué de fonctionner normalement. Nous avons considérablement communiqué en interne car il fallait rassurer l’ensemble du personnel qui pouvait être inquiet de cet événement. » Une conférence publique à destination de la population, sera par ailleurs organisée le 25 février à Bordeaux, « de manière à informer sur le coronavirus et sur les maladies émergentes. »

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