Coronavirus à Bordeaux : « Entre 70 % et 75 % de non vaccinés » dans le service de réanimation médicale du CHU

Une vague hospitalière qui monte plus lentement que les précédentes, mais inexorablement. C’est le sentiment qui prédomine à l’heure actuelle au CHU de Bordeaux, qui enregistre 97 patients du Covid-19 hospitalisés, dont 39 en réanimation.

« Petit à petit, on s’approche de la barre des 100 malades, et depuis le 20 novembre cela ne cesse de monter » constate-t-on au sein de la direction du CHU Pellegrin. « On est en train de dépasser le niveau de la quatrième vague, et on va se retrouver dans des proportions que l’on avait connues lors de la troisième vague, au printemps dernier. » Sur ces 97 patients hospitalisés, « 32 ont plus de 75 ans, et en réa nous avons une large majorité de non vaccinés. »

20 Minutes a interrogé le Dr Benjamin Clouzeau, médecin-réanimateur au CHU, qui fait le point sur la situation dans son service de réanimation médicale.

Quelle est la part de non-vaccinés en réanimation actuellement ?

Pour commencer, nous n’avons aucun patient trois doses, c’est important de le souligner. La proportion des malades accueillis en réa est de 70 à 75 % de non-vaccinés, et les autres sont des vaccinés deux doses, qui ont été rattrapés par la maladie il y a de cela quinze jours à trois semaines, alors qu’ils se trouvaient en fin de couverture vaccinale. On n’a pas, non plus, de patients qui font des formes intermédiaires de la maladie, comme on avait eu durant l’été dernier, c’est-à-dire qui restaient 72 heures en réa avec un peu d’oxygène. On a vraiment que des cas graves.

Même des vaccinés avec deux doses, donc ?

Oui, mais il ne faut pas en conclure pour autant que le vaccin ne marche pas, il fonctionne, et protège des formes graves. En revanche, il y a une baisse de la réponse immunitaire avec deux doses, mais heureusement il y a un rebond avec la troisième dose qui permet d’affronter la vague actuelle. Je ne sais pas s’il sera durable, mais ce ne serait pas le premier vaccin pour lequel nous aurions besoin de plusieurs injections pour obtenir une immunité suffisante.

Sur le profil des malades en soins intensifs, y a-t-il une évolution ? Sont-ils plus jeunes ?

On a une poignée de jeunes, mais il n’y a pas non plus de modification fondamentale des profils, par rapport à ce que l’on connaissait jusqu’ici. En revanche, quelqu’un qui a des comorbidités et plus de 70 ans avec trois doses, a beaucoup moins de risque de faire une forme grave qu’un patient plus jeune, sans comorbidité mais non vacciné.

Comment appréhendez-vous le mois de janvier dans votre service ?

L’omicron circule énormément, même s’il y a certainement une part de sur-dépistage actuellement en raison des fêtes de fin d’année. On va recevoir ces patients à l’hôpital dans les jours à venir, car ils se contaminent actuellement, notamment lors des réunions familiales. Il s’agira notamment des irréductibles non-vaccinés, qui vont se faire rattraper par l’omicron et qui risquent de faire des formes graves. Et même si omicron fait moins de formes graves – ce dont nous ne sommes pas encore sûrs – il faut bien prendre conscience qu’il y a des tensions très fortes dans la plupart des services. L’hôpital étant tellement fragilisé après ces deux années éprouvantes, qu’il ne faut plus grand-chose pour faire exploser le système. Mais je vois aussi le côté positif : le virus circulant beaucoup à l’heure actuelle, au sein d’une population assez bien protégée notamment chez les personnes à risque, on peut espérer majorer l’immunité collective par ce biais-là rapidement.