Coronavirus : 2 % seulement des patients hospitalisés pour Covid-19 en 2020 ? Pourquoi il faut prendre ce chiffre avec du recul

Seuls 5 % des malades en réanimation et 2 % de tous les malades hospitalisés en 2020 l’ont été pour cause de Covid-19 ? Ces chiffres marquants ont été avancés par le médecin Martin Blachier sur le plateau de LCP mardi. Depuis, la séquence  est reprise sur les réseaux sociaux et vous avez été plusieurs lecteurs à nous demander de vérifier ces pourcentages.

Martin Blachier explique s’appuyer sur un rapport de l’agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH), une agence dépendant du ministère de la Santé chargée, notamment de collecter des données des établissements de santé. « Vous [y] lisez ainsi qu’au cours de l’année 2020, les patients Covid représentaient 5 % de l’ensemble des patients pris en charge dans les services de réanimation, lance-t-il sur le plateau de La Chaîne parlementaire. Vous continuez un petit peu la lecture et vous lisez que les patients Covid représentaient 2 % des patients hospitalisés pendant cette année 2020. »

Il nuance son propos en notant que « les hospitalisations Covid sont un peu plus longues que les hospitalisations standard » et que « le phénomène est étalé dans le temps ».

FAKE OFF

Ce rapport, publié en octobre, est disponible en ligne. Ses auteurs font eux-mêmes le constat que la pandémie a fortement perturbé les hôpitaux. Ainsi écrivent-ils dans la première page du rapport : « En 2020, la crise sanitaire induite par la pandémie de COVID-19 a fortement impacté l’activité des établissements de santé ».

Ce chiffre de 2 % figure lui en page deux du rapport : « Les patients Covid représentent 2 % de l’ensemble des patients hospitalisés au cours de l’année 2020, tous champs hospitaliers confondus », précise l’ATIH. Ce chiffre, toutefois, est à recontextualiser : il est valable pour l’ensemble du territoire, ne disant rien des différences régionales. L’Alsace avait ainsi été durement frappée par la première vague.

De même, ce chiffre ne prend pas en compte toutes les hospitalisations pour Covid-19, comme l’écrivent les auteurs du rapport. Les patients qui ont commencé à être hospitalisés à la fin de l’année 2020 dans les services de prises en charge de pathologies aiguës et de courts séjours mais dont l’hospitalisation s’est prolongée en 2021 n’ont pas été pris en compte. Cela a pour effet de faire baisser, de manière artificielle, les chiffres d’hospitalisation de décembre 2020, alors que l’épidémie circulait encore à l’époque de manière élevée, selon Santé publique France.

Ce chiffre de 2 %, présenté pour l’ensemble de l’année 2020, n’est pas non plus révélateur de la saisonnalité du virus. La première vague a débuté en mars 2020, avec une envolée des hospitalisations à partir de la mi-mars, ce qui signifie que les chiffres d’hospitalisations pour janvier et février étaient plus bas.

Ce virus a connu des vagues et des pics de contaminations, lors desquels les services hospitaliers étaient plus sollicités. Ainsi, « le nombre quotidien de patients Covid hospitalisés a été supérieur à 30.000 au cours de la période du 30 mars au 16 avril 2020 », notent les auteurs du rapport. Ce seuil de 30.000 a également été franchi, a minima, entre le 9 novembre et le 17 décembre. A l’inverse, moins de 5.000 patients ont été hospitalisés chaque jour pour ce motif en juillet et août.

Quant aux patients Covid-19 admis en réanimation, ils y ont représenté 11 % des hospitalisations totales dans ce service, et non 5 % comme l’ont annoncé Martin Blachier et d’autres commentateurs. Ce chiffre de 5 % correspond aux hospitalisations en soins critiques, qui comprennent les services de réanimation, de soins intensifs et de soins continus.

Signe de la crise, les malades sont restés en moyenne près de 16 jours en réanimation, contre 11 jours en 2019 pour ceux qui souffraient de la grippe. Par ailleurs, « près d’une journée d’hospitalisation en service de réanimation sur cinq a été consacrée à la prise en charge des patients COVID-19 », ajoutent les auteurs du rapport.