« Convoi de la liberté » : Qui sont les manifestants qui roulent avec « leur cocktail de désarroi et de colère » vers Paris ?

Un mouvement est en route. Au sens propre, puisque routiers et particuliers comptent rallier Paris d’ici ce week-end pour manifester contre la politique gouvernementale liée à l’épidémie de Covid-19 et notamment contre le pass vaccinal. Un convoi exceptionnel directement inspiré de celui d’ Ottawa au Canada où, depuis une semaine, des poids lourds et des voitures bloquent le centre de la capitale. Lancé en France ce mercredi, le mouvement rassemble déjà près de 312.000 personnes sur le  groupe Facebook eponyme. Mais qui sont ces Français en colère ? On fait le point.

Similitudes avec le mouvement des « gilets jaunes »

« J’ai l’impression de revenir à une époque… ». Dans une vidéo d’appel au rassemblement, publiée le 29 janvier dernier sur sa page Facebook, Remi Monde, le porte-parole de la version française du rassemblement initié au Canada, fait un parallèle non dissimulé entre le «  convoi de la liberté » et le mouvement des « gilets jaunes ».

En parallèle, une note de renseignement territoriale datant du 7 février, dévoilée par nos confrères du Parisien, affirme en effet que l’on retrouve au sein du « convoi de la liberté », une mouvance hétéroclite qui s’inscrit dans la lignée des « gilets jaunes ». Selon  Louis Chauvel, sociologue et l’un des principaux théoriciens du déclassement des classes moyennes, pas de doute : « l’épidémiologie sociale du mécontentement est la même que celle des « gilets jaunes ». »

Initié en France en 2018 sur la base d’une contestation des hausses des prix du carburant, le mouvement s’était élargi, avec le temps, à la question plus globale du niveau de vie des classes populaires et moyennes. « Les difficultés identifiées avec le mouvement des « gilets jaunes » se sont encore accumulées, mais avec le Covid-19, les gens sont restés à la maison, longtemps, et n’en peuvent plus », explique le sociologue. Sur le fond du mouvement s’ajoutent, dans ce contexte de Covid-19, des revendications anti-pass et antivax, mais, tout comme la question du carburant en 2018, elles ne sont pas l’essentiel. « Il va de soi que le mouvement cache des tensions bien plus profondes », ajoute Louis Chauvel.

Une pluralité de profils qui peine à se structurer

Si pour le sociologue les adeptes du « convoi de la liberté » sont plutôt « des personnes issues des classes moyennes, de niveau Bac à Bac + 2 notamment », pour les renseignements territoriaux, il n’existe pas encore de profil type clairement identifié. La note de service du 7 février dernier indique d’ailleurs que la pluralité de ces derniers empêcherait déjà le groupe de clairement se structurer. « Des différends opposent déjà les uns et les autres dans les discussions, qui ne sont pas sans rappeler les tensions internes déjà observées dans le mouvement des « gilets jaunes » », indiquent les renseignements.

Et alors que certains comme le porte-parole du « convoi de la liberté », Remi Monde, prônent un mouvement « pacifique afin de ne pas être discrédité », d’autres appels à un « blocage complet » provoquant des « ruptures d’approvisionnement en carburants et en nourriture ».

Côté politique, à ce jour, aucune adhésion à une mouvance particulière ne semble se dessiner. Sur ce point, Remi Monde et la note territoriale tombent d’accord. Le premier affirme que le mouvement est apolitique et en profite pour se désolidariser de Florian Philippot dans une vidéo Facebook du 7 février dernier. Et le second affirme dans sa note qu’aucune « mouvance d’ultra-gauche », comme « d’ultra-droite » ne semble relayer le convoi.

Notre dossier sur les « gilets jaunes »

Si, tout comme celui des gilets jaunes, ce mouvement exprime « un cocktail de désarroi et de colère » pour Louis Chauvel, la mobilisation de ces acteurs va-t-elle être aussi importante que celle observée outre-Atlantique ? C’est la question que laisse en suspens la note gouvernementale. En effet, contrairement aux Canadiens, la plupart des routiers ne sont pas propriétaires de leurs engins et sont soumis au régime du salariat. Un statut grâce auquel ils « ne supportent pas directement les conséquences de l’augmentation des prix des carburants », précise la note et qui désacraliserait le fond de la lutte citoyenne. Sauf si la nature des revendications est ailleurs, tout comme en 2018.