Convention citoyenne pour le climat : 300.000 coups de fils pour dénicher 150 citoyens

La convention citoyenne pour le climat, dont le recrutement des 150 citoyens commence ce lundi, est l’une mesures proposées par Emmanuel Macron en conclusion du grand débat national. — Vincent Loison/SIPA/SIPA

  • Quelque 150 citoyens sont à trouver pour former la future convention citoyenne pour le climat, annoncée par Emmanuel Macron, fin avril dernier. Pas si simple : cette convention doit être la représentation parfaite de la société française.
  • La convention se réunira ensuite pour six week-ends de travail de trois jours, à Paris, entre octobre et février, avec pour mission de proposer des mesures pour réduire au moins de 40 % les émissions de gaz à effet de serre françaises.
  • Des ONG environnementales craignent un écran de fumée. Le réalisateur Cyril Dion, l’un des garants de cette convention, rappelle lui les engagements d’Emmanuel Macron à ancrer cette convention dans le concret.

Votre téléphone pourrait bien sonner ce lundi avec, au bout du fil, l’Institut Harris Interactive et une proposition étonnante : intégrer la convention citoyenne pour le climat. Sa création avait été annoncée le 26 avril dernier par Emmanuel Macron en conclusion du Grand débat. Le président de la République évoquait alors un conseil de participation citoyenne qui intégrerait 150 citoyens tirés au sort et dont la mission sera de proposer une série de mesures pour lutter contre le réchauffement climatique.

La mise en route de cette assemblée a pris du retard -Emmanuel Macron annonçait ses débuts pour juin-, mais ça y est, on entre dans le vif du sujet avec le début, ce lundi, du recrutement des 150 citoyens. La campagne s’étalera sur quinze jours, le temps que Harris Interactive passe les quelque 300.000 appels prévus pour ce recrutement. « L’institut générera des numéros de téléphone de façon aléatoire, indique Mathilde Imer, initiatrice du mouvement des « gilets jaunes » citoyens, membre du comité d’organisation de la convention citoyenne pour le climat.

Trois cent mille appels pour choisir 150 citoyens… Le comité d’organisation craint-il des refus en masse ? Il faut dire que rejoindre cette convention citoyenne ne doit pas être une décision prise à la légère. « Ils seront certes défrayés et rémunérés sur le modèle de ce qu’on fait pour les jurés d’assises [une indemnité de 86,24 euros est prévue]», commence le réalisateur et militant écologiste Cyril Dion, l’un des trois garants de cette convention citoyenne pour le climat. Mais il faudra pouvoir y consacrer du temps. Six week-ends de travail de trois jours sont prévus à Paris, entre octobre et février. « On va les former à la question climatique, leur faire rencontrer un certain nombre d’experts, et les trois semaines espaçant les week-ends de travail devront être mises à profit pour nourrir la réflexion avant les délibérations », reprend Cyril Dion.

Parvenir à recréer une mini-France

Bref, il y aura du travail. Mais la raison de ces 300.000 appels n’est pas tant due à la crainte d’essuyer des refus en cascade. « L’enjeu est surtout d’arriver à ce que ces 150 citoyens soient une représentation quasi parfaite de la société française, explique Mathilde Imer. C’est l’un des gages de réussite. »

Autrement dit, recevoir le coup de fil d’Harris Interactive et répondre par un grand « oui » n’est pas la garantie pour autant de décrocher une place dans cette convention citoyenne. La sélection se fera au regard de plusieurs critères. Le sexe déjà. Il faudra dans cette convention 52 % de femmes pour 48 % d’hommes. L’âge ensuite. Les citoyens seront de six tranches d’âge différents et des jeunes de 16 ou 17 ans pourront également participer. « Nous serons aussi attentifs à l’origine socio-professionnelle et géographique des participants, indique Mathilde Imer. Ce fut l’une des principales limites du Grand Débat. Les personnes issues de CSP + et habitant de grandes villes étaient surreprésentées parmi ceux qui prenaient la parole dans les débats. » Le comité d’organisation veillera par exemple, dans cette convention, à ce que 28 % des membres soient sans diplôme ou seulement détenteurs du niveau brevet.

« Comment réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 40 % ? »

Les 150 participants trouvés, il ne restera plus qu’à commencer le travail. Le premier week-end de réunion est prévu les 4, 5 et 6 octobre. L’ordre du jour ? « Dans l’énoncé, il est simple et c’est le même qui guidera d’ailleurs l’ensemble des week-ends de travail, répond Cyril Dion. La convention citoyenne doit répondre à une question : comment diminuer d’au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre françaises à brèves échéances. Ces 150 citoyens auront toute la latitude pour se saisir de cette question. Le comité de pilotage sera juste là pour leur facilité le travail et les guider dans la réflexion, en les orientant par exemple sur les secteurs des transports, de l’agriculture et du logement, trois postes importants aujourd’hui dans nos émissions de GES (gaz à effet de serre). Mais, cette convention pourra aussi aller chercher des solutions plus macroéconomiques en questionnant, plus globalement, notre modèle économique. »

Cette convention citoyenne pour le climat laisse sceptique plusieurs associations environnementales. Le soir de son annonce, Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France, redoutait une « instance de réflexion supplémentaire qui ne fait que repousser le moment où nous passerons réellement à la mise en œuvre des mesures concrètes ». Une crainte répétée cette semaine encore par le Réseau action climat (RAC), une fédération d’associations environnementales.

Une convention ancrée dans le concret ?

« Les gouvernements sont alertés depuis 1980 sur une crise écologique qui va en s’accélérant et sur la nécessité d’agir, répond Cyril Dion. Mais personne n’est encore parvenu à les contraindre à prendre des mesures radicales à la hauteur de cette crise. Pas plus les ONG que les autres. La démocratie délibérative, qu’on essaie avec cette convention citoyenne pour le climat, est aujourd’hui une des pistes pour débloquer la situation. »

Cyril Dion, tout comme Mathilde Imer, rappellent alors qu’ils ont obtenu des garanties pour que cette convention citoyenne pour le climat « ne soit pas une instance de concertation de plus mais bien ancré dans du concret ». « Les 150 tirés au sort auront pour mission de formuler des propositions sous forme législatives, précise le réalisateur de Demain. Emmanuel Macron s’est engagé à les soumettre ensuite, sans filtre, à référendum. Et pour propositions ne pouvant aller au référendum – comme celles concernant la fiscalité qu’on peut traiter en France par voie référendaire-, elles devront au moins être soumises au parlement. »

Les 150 citoyens remettront leurs conclusions et propositions courant février prochain.

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