Congrès du PS : L’ambiance tourne au vinaigre avant l’élection du premier secrétaire

Est-ce que le congrès du Parti socialiste est intéressant parce que l’ambiance est tendue, ou est-ce que l’ambiance du congrès est tendue parce qu’il est intéressant ? Les militantes et militants du parti doivent désigner leur nouveau premier secrétaire jeudi. Olivier Faure, le sortant, affronte Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen. Sur le papier, ce duel n’a pas de quoi soulever les foules. Mais derrière ces deux noms, les socialistes sont invités à faire un choix stratégique. Olivier Faure défend sa stratégie d’alliance avec le Nupes alors que Nicolas Mayer-Rossignol, plus sceptique, ne cache pas son malaise avec la France insoumise et surtout a désormais le soutien des anti-Nupes du parti.

Car les socialistes ont déjà voté, jeudi dernier. Ils devaient départager trois motions. Olivier Faure, favori, n’a néanmoins pas réussi à totalement tuer le match en n’obtenant « que » 49 % des voix. Nicolas Mayer-Rossignol a réuni 30 % sur son texte (« Refondations ») et Hélène Geoffroy (« Debout les socialistes », contre la Nupes) 20 %. En soi, il n’y a pas de surprises dans ces scores. Mais, malgré sa large avance, le sortant est donc sous la menace du ralliement de la troisième candidate à son challenger du second tour. L’opposition compte jouer sa chance à fond et l’ambiance s’est d’un coup tendue. « On apprend vite quand on rentre au parti ce qu’il y a derrière la formule de politesse  »amitiés socialistes » », ironise un proche du premier secrétaire.

« Ils ont grugé comme des porcs »

Depuis jeudi, dans la plus grande tradition des congrès socialistes, les deux camps s’accusent de tripatouillage. Lundi, lors de ses vœux, Olivier Faure a parlé d’un scrutin dans des conditions « correctes ». Mais ses proches ne se sont pas privés de détailler auprès des journalistes ce qu’ils jugent être des irrégularités de vote dans les fédérations « tenues » par leurs adversaires. « Ils ont grugé comme des porcs », décrit sans pincettes l’une d’elles, qui explique qu’un huissier a même été commandité pour aller vérifier ce qu’il se passait dans une section de Seine-Maritime, le département de Nicolas Mayer-Rossignol. « Dans certains départements, on avait les arguments pour annuler le vote. Mais c’était une demande d’Olivier d’apaiser les choses et de ne pas aller au clash », précise-t-elle, particulièrement magnanime.

D’après les informations de 20 Minutes, lors d’une réunion des représentants de Nicolas Mayer-Rossignol de chaque département, David Assouline, son délégué à la commission de recollement des résultats, aurait rappelé les siens à l’ordre : « Il nous a dit qu’on ne pouvait pas être crédible en disant qu’il y avait des magouilles chez Faure si on faisait n’importe quoi », décrit un participant à cette réunion. « J’ai fait ce qui est à notre honneur, corrige David Assouline. J’ai demandé qu’on soit clean partout, à tous les niveaux, je n’ai pas validé leurs contestations. »

Baiser de la mort

« Ils tiennent l’appareil national et 70 fédérations qui organisent le vote. C’est invraisemblable qu’ils osent nous accuser de ce qu’eux seuls peuvent faire massivement », s’étrangle le sénateur de Paris. David Assouline invite ainsi à s’intéresser aux résultats de la Guadeloupe, de la Seine-Saint-Denis, par exemple, qui ont massivement voté Faure jeudi dernier et fait profil bas : « Nous, on vient de nulle part on n’avait pas de position acquise de courant dans les fédérations. On commence avec des gens novices. »

Chacun assure que ça devrait mieux se passer jeudi, grâce à des observateurs de chaque camp dans les coins les plus chauds. Mais si ça devait se jouer à quelques voix, comme semble l’indiquer le vote de jeudi dernier ? A cela, le camp Faure, extrêmement confiant, a une réponse toute simple : le sortant sera nettement réélu. Un optimisme basé sur les 57 % d’approbation du bilan de la direction sortante lors du vote de jeudi. Paradoxe, leur réserve de voix se trouverait plutôt chez le challenger que chez l’éliminée. Ils sont convaincus que le soutien des anti-Nupes et de François Hollande fonctionnera comme un baiser de la mort. « Dis-moi qui te soutien, je te dirai qui tu es », a cinglé le premier secrétaire sortant lundi au siège du parti.

Déperditions

« Nous ne modifions rien à notre ligne », lui répond Lamia El Aaraje, de Refondations. Elle assure qu’Hélène Geoffroy les soutient « sans contrepartie politique ». Pour le prouver, Nicolas Mayer-Rossignol a créé la surprise en annonçant sa participation au meeting unitaire contre la réforme des retraites, mardi soir, organisé par… la Nupes, et donc notamment avec des orateurs et oratrices insoumises. Sur le reste, elle juge qu’au moins son candidat réuni les socialistes, pas seulement les anciens… comme le député LFI Alexis Corbière, qui a dit cette semaine sa préférence pour une victoire d’Olivier Faure.

Dès octobre un cadre local du PS, soutien de Nicolas Mayer-Rossignol, expliquait qu’en cas d’alliance avec les troupes d’Hélène Geoffroy, il pourrait repartir chez Olivier Faure. Recontacté lundi, il confirmera son vote pour le maire de Rouen, mais considère l’élection déjà jouée. Il confie même avoir déjà été approché par le camp Faure depuis le premier tour comme pouvant intégrer sa probablement majorité au conseil national, le parlement du parti. Signe que les déperditions sont possibles, mardi, la direction sortante a beaucoup communiqué sur le ralliement de Michel Liebgott, député socialiste pendant vingt ans jusqu’en 2017, toujours maire d’une commune de 13.000 habitants et habitantes en Moselle.

Il soutenait Nicolas Mayer-Rossignol jeudi dernier : « Les deux textes sont extrêmement proches pour ce qui est de l’union de la gauche, en tout cas plus que celui d’Hélène Geoffroy. » Pas du tout le profil d’un frondeur (il a soutenu Manuel Valls à la primaire de 2017), l’élu considère qu’il faut « tourner la page » des années Hollande et craint par-dessus tout les « conflits de personnes ». Mais le Parti socialiste s’est divisé cet hiver sur une question stratégique majeure. C’est la première fois depuis cinquante ans qu’une telle question leur est posée. C’est bien pour ça que ce congrès est intéressant et qu’il est si tendu. C’est pour ça aussi que le spectre de la scission du parti plane sur les socialistes. Ce sera le premier job du premier secrétaire élu : recoller les morceaux, à partir de la semaine prochaine, à Marseille.