Congrès du PS : « C’est moche tout ça… » L’élection du chef du parti vire au fiasco

« C’est moche tout ça… Heureusement qu’on ne gère pas le pays… » Déjà affaibli, le Parti socialiste est entré dans la nuit de jeudi à vendredi dans une violente crise interne. Olivier Faure, le premier secrétaire sortant, et Nicolas Mayer-Rossignol, son adversaire, maire de Rouen, se sont successivement déclarés vainqueur du vote des militants et militantes pour désigner le nouveau chef du parti avant le congrès de Marseille, le week-end prochain. Une semaine après un premier tour où chacun s’était envoyé à la figure des accusations d’irrégularité de votes, on nous avait promis un second tour plus serein. Il n’en a donc rien été.

Tout a même très mal commencé. Dès 17 heures, à l’ouverture des bureaux de vote, le courant Nupes-sceptique « Refondations » de Nicolas Mayer-Rossignol, tente de prouver via son compte Twitter l’existence d’irrégularités en postant des photos et des vidéos… sur lesquelles on ne voit en vérité pas grand-chose. La direction du parti, pro-Faure et pro-Nupes, n’a pas tardé à réagir, organisant un point presse à 18 heures. Corinne Narassiguin, numéro 2 du PS, y a dénoncé l’agression de militants des jeunes socialistes qui venaient observer le vote dans une section de Seine-Maritime… le département de Nicolas Mayer-Rossignol, donc. Sans que l’on sache vraiment si l’agression est liée au scrutin.

Deux proclamations

Tard jeudi soir, après la fermeture des bureaux de vote, la direction du PS a annoncé une première projection, basée sur 50 % des bulletins, donnant une victoire d’Olivier Faure autour de 52 %. « Nous sommes fondés à penser que la tendance ne s’inversera pas », assurait même Corinne Narassiguin. Au même moment, chez Refondations, on annonçait que Nicolas Mayer-Rossignol avait dix points d’avance. Mais le pire est arrivé plus tard : à 1h30, Nicolas Mayer-Rossignol annonce sa victoire. Quelques minutes après, Olivier Faure publie à son tour une vidéo affirmant également avoir gagné. Au petit matin, la direction a publié la liste les résultats « bruts » de chaque département qui donne une courte victoire à Olivier Faure avec 50,8 % des voix.

On aurait pu penser l’affaire pliée… pas du tout. Ce résultat n’a pas été validé par le camp Mayer-Rossignol lors de la réunion de recollement au cours de laquelle les uns et les autres peuvent demander l’annulation de tel ou tel résultat en cas d’irrégularités. La direction affirme que l’opposition a refusé de participer à cette réunion, à 4h30 du matin, après l’arrivée des résultats des Antilles. Pourtant, des irrégularités semblent bel et bien avoir eu lieu : en Charente, par exemple, à cause de la pluie, on a conseillé aux militants de voter par mail, au mépris donc des règles de confidentialité. Côté « NMR », lors d’une conférence de presse aux côtés du maire de Montpellier, Michaël Delafosse, et surtout de Paris, Anne Hidalgo, on a menacé d’aller jusqu’au tribunal pour faire valoir ses droits.

Désescalade

« La question qui est posée n’a rien de judiciaire, elle doit se régler sur le terrain politique », juge, dépité, un pro-Faure, pas mécontent d’être loin du siège du parti ces dernières heures. Dans l’autre camp, également, on confie se sentir mal à l’aise de la tournure des événements. Certains dans l’entourage des deux têtes de liste reconnaîssent en privé que personne n’a les pattes blanches dans l’affaire. Le pro-Faure décrit de manière presque clinique la « pathétique spirale médiatique » dans laquelle sont tombés les deux camps cette nuit : « Vous en avez un qui se déclare vainqueur, si l’autre camp ne réagit pas, c’est le récit du premier qui l’emporte. A partir de là, il y a une rupture et un engrenage. » Personne n’a été capable jusque-là d’engager la désescalade et les positions semblent figées.

Olivier Faure et Nicolas Mayer-Rossignol peuvent-ils renouer le dialogue ? Ils n’ont pas vraiment de passé commun. Le second a soutenu le premier lors des deux précédents congrès, un peu par défaut, et une distance s’est progressivement installée pendant les régionales jusqu’à l’accord de la Nupes. « Il nous faudrait quelqu’un, même pas forcément neutre, qui siffle la fin de la récrée », imagine le pro-Mayer-Rossignol interrogé par 20 Minutes. Lui voit une Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, très anti-Nupes, à qui on prête des ambitions pour 2027. « Elle aurait tout à gagner à sortir du bois en disant :  »Ok Faure a gagné, mais il ne peut pas faire sans les autres. » » Sans ça, « ça va être très chaud à Marseille. Si ça reste comme ça, moi j’irai au Mucem », ironise ce cadre avant le congrès de la semaine prochaine.

La « vielle maison » qui chancelle

Le Parti socialiste n’est pas le seul parti où la notion de démocratie interne est parfois relative. L’élection à la présidence des Républicains a été entachée par des révélations de fraude dans la presse. Chez LFI, Manuel Bompard, désigné coordinateur du mouvement sans élection, a déclaré que « le vote n’est pas forcément l’alpha et l’oméga de la démocratie ». Le PS lui-même est presque célèbre pour ses congrès-règlement de compte (Rennes, en 1990) et aux scrutins particulièrement contestables (Reims, en 2008). Le parti s’en est à chaque fois sorti, et à même retrouvé le pouvoir après ces déchirements étalés en une des médias.

C’est peut-être bien la « chance » du PS : il n’intéresse plus grand monde en ce moment. Il n’est en tout cas plus au centre des attentions comment en 1990 ou 2008. En revanche, les précédents clashs tournaient autour d’affrontements de personnalités : entre Lionel Jospin et Laurent Fabius en 1990, et entre Ségolène Royal et Martine Aubry en 2008. Cette fois, le PS se déchire sur un choix stratégique majeur : continuer ou non la Nupes, avec ou sans la France insoumise ? Le genre d’alternative qui peut rendre difficile le retour de chacun dans la « vieille maison ».