Congrès des maires 2019 : Face à l’offensive de charme de Macron, les élus locaux réclament des « actes »

Emmanuel Macron au 102e Congrès des maires de France, ce mardi 19 novembre 2019. — LUDOVIC MARIN / AFP

  • Absent l’an dernier, Emmanuel Macron s’est rendu ce mardi après-midi au Congrès annuel des maires de France.
  • A quatre mois des municipales, le président multiplie les signes en direction des élus, avec notamment le projet de loi « Engagement et proximité ».
  • Après une année émaillée de bouleversements (agressions, suppression de la taxe d’habitation, Grand débat national), les élus locaux ont réservé un accueil poli et reservé au chef de l’Etat.
  • Emmanuel Macron s’est engagé à bâtir et offrir une place de choix aux maires dans l’acte II de son quinquennat.

Opération reconquête des élus locaux pour Emmanuel Macron, ce mardi après-midi à Porte de Versailles, à Paris, pour l’ouverture du Congrès des maires de France, à quatre mois des  municipales. Quelques représentants des 34.967 communes de la France attendaient de pied ferme le président, absent l’an dernier de ce rendez-vous annuel.

Accompagné d’une délégation de ministres (Sébastien Lecornu, Jacqueline Gourault, Christophe Castaner) – aux aguets sur les dossiers qui préoccupent les édiles – le chef de l’Etat s’est présenté devant une assistance qui lui a réservé un accueil réservé – et qui en avait gros sur le cœur. Comme en a témoigné dès son arrivée le silence de plomb qui a suivi son apparition sur les écrans géants.

La main tendue des élus locaux

Une certaine tension, ressentie dès les propos liminaires des figures de l’Association des maires de France (AMF), André Laignel et François Baroin. « Si le ton a changé, le fond est le même. Il semble que nous ne serions plus trop nombreux, dépensiers, clientélistes mais les fantassins de la République », tacle le premier, vice-président exécutif de l’AMF, en quête d’actions et non de paroles.

Le maire PS d’Issoudun (Indre) n’a pas omis de faire mention des sujets qui fâchent entre l’exécutif et les édiles, à savoir : « la calamiteuse réforme de la taxe d’habitation » et de sa compensation à l’euro près, « une fable que seule la proximité de Noël peut expliquer », la baisse des dotations et le partage des compétences entre les communes et les intercommunalités (notamment sur l’eau et l’assainissement). « Notre demande est simple : la liberté de choix de nos communes », a-t-il déclaré aux termes d’un discours offensif récoltant assentiment et applaudissements.

« Des maires au cœur de la République », aux termes d’un mandat difficile, a salué pour sa part François Baroin, le président de l’AMF. Dans son allocution consensuelle, le maire de Troyes a dénoncé les « 16 milliards d’investissements publics » en moins des communes et intercommunalités par rapport au mandat précédent. Il a également réaffirmé la disposition des maires à participer à « un grand débat » sur la décentralisation « qui sera une chance pour nos administrés, les usagers des services publics, mais qui peut être aussi une grande chance pour l’Etat ». Il a également rendu hommage à Jean-Mathieu Michel, le maire de la ville de Signes (Var), décédé le 5 août dernier, « symbole de l’exercice, de la difficulté des fonctions, de la nécessité de l’accompagnement des maires ».

« Rien ne sera fait sans vous »

Des vœux bien reçus par leur interlocuteur, Emmanuel Macron. Le président s’est montré déterminé à flatter et mettre les maires au centre de l’acte II de son quinquennat. « Ces heures passées ici à vos côtés ont agi et agissent comme un concentré d’expériences » a-t-il lancé, en réponses aux critiques sur son absence de mandat local. « Rien ne se fera sans vous », a-t-il assuré. « J’ai besoin de vous », a martelé le président aux édiles. « Cet acte II [du quinquennat], j’ai voulu le bâtir autour de quelques sujets où votre rôle est déterminant. Le premier est celui de la transition écologique (…) Le deuxième sujet est la République sociale solidaire », sans oublier l’économie, l’éducation, la santé et la sécurité, a-t-il expliqué. « Je n’ai d’autre obsession que d’agir, de réformer et de faire avec vous », a-t-il surenchéri, refusant « la fatalité ».

« Je veux être jugé sur les actes », a plaidé le chef de l’Etat, en énumérant les dispositifs lancés par le gouvernement pour le territoire. « Les actes, c’est une augmentation de la couverture numérique du territoire (…). Les actes, c’est l’ouverture des 460 premiers [maisons] France Services en janvier 2020, de 1.000 nouveaux cafés dans nos petites villes d’ici quelques mois. Les actes, c’est la transformation en cours des logements des centres-villes et des quartiers, le choix résolu de privilégier le commerce de proximité, pour revitaliser les centres-villes. Les actes, ce sont les 42 quartiers de reconquête républicaine, qui bénéficient de renforts policiers spécifiques. Les actes, c’est ce travail quotidien, résolu, pour faire en sorte que chaque terre de France soit une chance pour celles et ceux qui y vivent », a-t-il déroulé suivant une anaphore, une figure de style chère à son prédécesseur François Hollande, qui a peu ébranlé son audience.

En revanche, le chef de l’Etat a marqué des points en évoquant la hausse de la rémunération des maires ou la question de la consigne des bouteilles plastiques pour laquelle « rien ne sera fait sans l’accord des maires ». Emmanuel Macron est revenu sur la nouvelle étape de décentralisation, que le gouvernement doit présenter à la fin du premier semestre 2020, issue du grand débat national mis sur pied pour sortir de la crise des « gilets jaunes » : « Oui à la décentralisation ! Mais à la décentralisation où les compétences sont accompagnées d’une décentralisation claire des financements et des responsabilités qui vont avec », a-t-il annoncé sans plus de précision. Ciblant le « communautarisme » et « l’islamisme politique » qui dans « certains quartiers progressent avec des projets de séparation avec la République », il a assuré que le gouvernement porterait « des actions nouvelles concrètes dans les prochaines semaines » sans plus de précisions et s’est prononcé contre l’interdiction des listes communautaires aux municipales de mars.

« La République ne peut pas vous demander tant, sans vous assurer une sécurité », a promis le chef de l’État, après avoir salué la mémoire de Jean-Mathieu Michel, le maire de Signes tué cet été. Concernant la controversée suppression de la taxe d’habitation, le chef de l’Etat a pris le pas de l’humour : « Si durant votre campagne, beaucoup de vos électeurs vous reprochent la baisse (d’impôt)… Faites-le moi savoir ! Et qu’ils viennent se plaindre ! Et parfois, peut-être, vous aurez le droit d’empocher les félicitations qu’ils vous livrent à vous et pas au gouvernement ».

« Ecouter c’est bien, entendre c’est mieux »

« Le discours est un peu long. Ecouter c’est bien, entendre c’est mieux », a réagi le maire de Rives-en-Seine (Seine-Maritime), Bastien Coriton (UG – PS), qui a quitté la salle pendant l’allocution du chef de l’Etat. « On s’attendait à des réponses concrètes, pas un prêche sur la politique du gouvernement, loin de nos préoccupations », a-t-il ajouté. Même son de cloche pour Bertrand Saget, maire de Chazé-sur-Argos (Maine-et-Loire) plus séduit par les propos de François Baroin. Le maire de 70 ans ne briguera pas un nouveau mandat l’an prochain. « Chez nous, trois maires sur cinq ne se représentent pas », poursuit-il. « Les gens aujourd’hui ne veulent plus s’engager et c’est dommage », regrette l’élu qui voit sa future candidate aux municipales de 2020 peiner à former une liste.

Patrick Theveniaux, maire du village de Marnay (Haute-Saône) salue les « bonnes idées » du président mais estime que « les actes ne suivent pas forcément ». « Avec le transfert des compétences, on se sent dépossédé de notre mission. J’ai trois employés et nous sommes en permanence en contact avec nos concitoyens mais nous ne souhaitons pas en être réduits à ça [un rôle de porte-parole] », développe-t-il, inquiet. Pour le maire d’Etaules, Vincent Barraud, Emmanuel Macron « redécouvre la France des territoires ». « On a toujours les mêmes revendications qui sont plus fortes en ces temps difficiles avec la baisse des dotations », assure l’élu.

Jérémy Giuliano, maire de la commune de Val (Var), est ressorti partagé de cet après-midi de discours. S’il a ressenti la « forte volonté [du président] de remettre les maires au cœur de la République », certaines de ses questions restent en suspens. Voilà pourquoi il remettra demain soir à l’Elysée une lettre au président. « On assiste à un changement de posture [du président] avec ou après la crise des « gilets jaunes » », fait remarquer Elie Califer, maire de Saint-Claude (Guadeloupe). « On a senti un mea culpa sur le fait qu’il a avancé dans sa réflexion », jauge, de son côté, Christian Leclerc, le maire de Champlan (Essonne). Toutefois, l’édile juge que le président reste superficiel quant aux réponses et moyens financiers apportés aux élus. « En six ans, nous avons perdu 300.000 euros de dotations », confie le maire sans étiquette, absorbé dans une intercommunalité. L’élu qui ne sait pas encore s’il va se représenter est aussi très soucieux face aux inégalités croissantes entre les élus nationaux et locaux : « On répond aux sollicitudes du quotidien, c’est tout aussi important que faire des lois. »

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