Congrès de Tours : 100 ans après, le PCF, affaibli mais toujours d’attaque

Photo d’archives du 26 décembre 1920 montrant les délégués de la SFIO prenant part au congrès de Tours, qui a vu la naissance du PCF. — STF / AFP

Cent ans après sa naissance, au congrès de Tours en 1920, le Parti communiste français, qui a connu son apogée après la Seconde guerre mondiale, s’est réduit « comme peau de chagrin » au fil des décennies malgré une bonne implantation locale.

Après avoir alimenté les rangs de la résistance, le PCF est l’un des premiers partis de France au lendemain de la guerre (800.000 encartés fin 1946), quand il intègre le gouvernement du général de Gaulle à des postes clefs (fonction publique, sécurité sociale…). Aujourd’hui, les élections se succèdent et le parti rouge atteint difficilement la barre de 3 %, comme aux dernières européennes quand sa liste a décroché un petit 2,5 %, pointant difficilement à la dixième place du classement des partis en lice.

Le monde ouvrier « massacré »

La faute aux ouvriers qui préfèrent se tourner vers le RN (ex-FN), estiment certains. La faute « au capitalisme et à la désindustrialisation du pays », qui a « massacré le monde ouvrier », affirme Guillaume Roubaud-Quashie, historien et membre de la direction du PCF. Selon lui, « l’abstentionnisme est tel qu’il est difficile de parler de vases communicants ».

Le PCF (qui n’adoptera ce nom officiellement qu’en 1943, à la dissolution de l’Internationale communiste) est né de la scission de la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière) à Tours en décembre 1920, quand la majorité des congressistes décident de rejoindre la IIIe Internationale, créée un an plus tôt dans le sillage de la Révolution bolchévique. Les minoritaires, emmenés par Léon Blum, optent pour la sauvegarde de « la vieille Maison ».

« Programme commun »

« Parti révolutionnaire », comme il continue de se qualifier, le PCF croit toujours en son dessein, même après la fin de l’URSS, le « grand frère soviétique » : abattre le capitalisme honni. « Oui le communisme est d’actualité, il est la réponse pertinente à un système économique qui menace la civilisation humaine », a répété l’actuel numéro un du parti Fabien Roussel le 17 décembre dans son discours d’anniversaire du parti.

Mais s’il refuse tout compromis avec le capitalisme, contrairement à la social-démocratie à laquelle ont fini par se rattacher les socialistes, le PCF ne s’enferre pas dans son utopie : à deux reprises, il revient au gouvernement, sous la présidence de François Mitterrand de 1981 à 1984 puis avec Lionel Jospin, de 1997 à 2002. Quelques années auparavant, en 1972, les communistes avaient réussi à convaincre des socialistes réticents à signer avec eux un « programme commun de gouvernement », qui, contrairement à ce qu’ils espéraient, a finalement bénéficié au parti à la rose. Refondé par Mitterrand en 1971 (congrès d’Epinay), le PS dépasse le PCF pour la première fois aux législatives de 1978.

Résistant pendant l’Occupation, le « parti des 75.000 fusillés » demeure résolument stalinien avec Maurice Thorez (secrétaire général de 1930 à 1964), la figure la plus emblématique de son histoire. Plus tard dévoué à Georges Marchais, personnalité charismatique, qui vantait encore en 1979 « le bilan globalement positif » du communisme à l’Est, le PCF finira par abandonner la doctrine de « la dictature du prolétariat » (1976) et reconnaître le rapport Khrouchtchev sur les crimes de Staline. « Vingt ans trop tard », se désolera Robert Hue, successeur de Georges Marchais.

« Un parti populaire »

Et malgré les conquêtes sociales du Front populaire auxquelles il a grandement contribué, ou celles d’après-guerre avec la création de la sécurité sociale par Ambroise Croizat, le PCF n’est jamais parvenu à séduire une majorité d’électeurs. « Le PCF tire son épingle du jeu », analyse néanmoins Jean-Daniel Lévy (Harris Interactive). Il « reste très présent au niveau local où il est bien mieux implanté que La France insoumise. Son identité perdure et il n’est pas dans une situation catastrophique », ajoute le politologue.

Malgré la perte de plusieurs bastions aux dernières municipales (Saint-Denis notamment), le PCF compte encore 620 maires dans le pays, plusieurs milliers d’élus locaux dont une centaine de conseillers départementaux, un groupe à l’Assemblée, un autre au Sénat et est à la tête d’un département, le Val-de-Marne. Il tire aujourd’hui aussi sa force de la vitalité de ses militants (parmi les 50.000 adhérents « à jour de cotisation »), pour tracter, coller des affiches, vendre L’Humanité le week-end.

« Sa base électorale s’est réduite comme peau de chagrin », remarque Roger Martelli, historien du parti communiste, mais le PCF reste « malgré tout un parti populaire », « incontestablement une force installée » dans le paysage politique français. « Ce qui nous tient debout, c’est le parti. Ici, il y a une vraie solidarité », confie ainsi une retraitée de 76 ans, qui milite activement « depuis l’adolescence ».

Politique

Présidentielle 2022 : Fabien Roussel (PCF) prône une candidature communiste « sans outrance »

Culture

« Pif le Mag »: Frédéric Lefebvre, ex-ministre de Sarkozy, à la tête du magazine

4 partages