Confinement : Amazon représente-t-il 20 % du commerce en ligne en France, comme l’affirme Cédric O ?

Un entrepôt Amazon. (illustration) — Hasan Bratic/SIPA

  • Interpellé au Sénat sur la situation des petits commerces français, contraint de tirer le rideau en période de confinement, et le risque d’une hégémonie accrue des géants de la vente en ligne, le secrétaire d’Etat au Numérique a dénoncé une « psychose française sur Amazon qui n’a pas beaucoup de sens ».
  • « Le e-commerce, c’est 10% du commerce en France, Amazon c’est 20% du e-commerce en France ! », a affirmé Cédric O.
  • Des chiffres conformes aux dernières statistiques publiées par deux spécialistes du secteur. On fait le point.

Les citoyens et élus qui s’inquiètent, en cette période de reconfinement, de voir la fermeture des petits commerces français favoriser le chiffre d’affaires du mastodonte de la vente en ligne, Amazon, ont-ils tort de prêter au groupe américain une position hégémonique dans l’Hexagone ?

C’est ce qu’a laissé entendre Cédric O, secrétaire d’État au numérique, mercredi 4 novembre au Sénat, en réponse à une question sur ce sujet : « Il y a actuellement une psychose française sur Amazon qui n’a pas beaucoup de sens. Le e-commerce, c’est 10% du commerce en France, Amazon c’est 20% du e-commerce en France ! »

Son affirmation a toutefois suscité l’incrédulité de plusieurs élus présents dans l’hémicycle comme de certains internautes.

FAKE OFF

Contacté par 20 Minutes pour en savoir plus sur l’origine de ces chiffres, le cabinet de Cédric O n’avait pas donné suite à nos sollicitations avant la parution de notre article.

Les statistiques avancées par le secrétaire d’État au Numérique correspondent cependant aux derniers chiffres relayés par la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad). Dans son dernier rapport sur les « chiffres clé du e-commerce », publié en juillet dernier à partir des chiffres de 2019, la Fevad notait : « Le-commerce [hors carburants, pharmacies, articles médicaux et orthopédiques] représente 9,8% du commerce de détail mais toujours moins de 2% du commerce alimentaire, hors drive. »

La fédération nous précise en outre l’origine des « 20% » de parts de marché du e-commerce français avancés par le secrétaire d’Etat au Sénat : « Les chiffres sur Amazon cités par Cédric O sont des chiffres de Kantar », une entreprise spécialisée dans le conseil et les études de marché.

Une part de marché d’environ 22%

En mars dernier, Kantar, à l’aide des dernières données recueillies auprès de son échantillon « de 12 000 individus représentatifs des Français de 18 ans et plus [déclarant] en continu leurs achats réalisés sur internet », soulignait la croissance record d’Amazon France. « Le top 10 des sites où les français dépensent le plus est le suivant : Amazon, Cdiscount, Veepee, Fnac, Darty […] Logiquement, la part de marché valeur de Amazon en France progresse nettement (+2,2 pts) et s’établit à 22,2%, soit 2,7 fois plus que la part de marché du second site, Cdiscount (8,1% ) », relevait Kantar.

Ce qui fait d’Amazon « l’acteur le plus important » des ventes de bien physiques en ligne (hors réservation de transport), comme le soulignait récemment auprès de nos confrères de Capital Frédéric Vallette, directeur du service Distribution, de Kantar.

Reste que tous les autres indicateurs de mesure du e-commerce confirment la position largement majoritaire d’Amazon face à ses concurrents dans l’Hexagone. D’abord en matière d’audience, puisqu’au deuxième trimestre 2020, le nombre de visiteurs mensuels uniques de la plateforme représentait l’équivalent de 49,7 % de la population française, avec une avance importante sur Cdiscount (37,3%) et Fnac.com (27,5%). Amazon reste par ailleurs au sommet du dernier classement de la Fevad sur le nombre de clients (et pas simplement de visiteurs) de ces plateformes, à 53,7%, loin devant la Fnac (27%) et Cdiscount (18,2%).

Toutefois, si l’évolution des dépenses en e-commerce a connu une croissance importante pendant le confinement (avec une progression de 37 % de valeur sur le cumul des mois de mars à mai 2020), comme 20 Minutes a pu le constater à partir des données « Kantar – panel Worldpanel » de septembre, ces dernières indiquent aussi que « la période de crise a été nettement défavorable à Amazon en France ».

« Sur 100 % dépensés [en ligne] par les Français, 13 euros le sont sur Amazon », note Kantar, soit un recul de 8 points de la part de marché du géant américain, tandis que des sites comme Fnac, Darty et Boulanger ont progressé sur la même période. Ce qui n’a pas empêché Amazon, au troisième trimestre 2020, de tripler ses bénéfices au niveau mondial.

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