Comment l’Aisne et l’Oise se protègent des crues et inondations qui étaient, naguère, dévastatrices

Risques d’inondation accrus. Alors qu’un récent rapport public de la Cour des comptes pointe le manque de préparation de la région Ile-de-France dans ce domaine, le problème a été pris à bras-le-corps, depuis de nombreuses années, dans les départements de l’Aisne et de l’Oise. En 1993 et 1995, l’Oise avait été confronté, coup sur coup, à des inondations historiques. Aujourd’hui, l’Etente Oise-Aisne, établissement public qui s’occupe de la gestion des crues et des inondations, reste vigilante.

« On ne peut pas se comparer avec l’Ile-de-France qui a des problématiques bien différentes à cause de l’urbanisation, signale d’emblée une porte-parole de l’Entente Oise-Aisne. Mais il a fallu agir après les catastrophes de décembre 1993 et de janvier 1995 qui avaient provoqué, à chaque fois, 100.000 sinistrés sur environ 200 communes. »

Prise de conscience collective

Dans ce secteur, on est loin de la violence des épisodes méditerranéens et des orages cévenols qui sévissent dans le sud est de la France (au moins 45 morts et 8 disparus depuis 2015, selon le ministère de la Transition écologique). Moins dangereuse, l’Oise n’en reste pas moins une rivière capricieuse. Et c’est la prise de conscience collective, en 1995, qui avait déclenché de gros chantiers d’investissement.

Deux barrages de régulation des crues ont ainsi été bâtis dans l’Aisne. La construction d’un troisième, plus petit, est en projet pour 2023-2024, à Beaugies-Berlancourt, entre Compiègne et Saint-Quentin. « Le coût des études et travaux de l’ouvrage à Proisy, par exemple, a été de 8,2 millions d’euros. On estime à 70 millions d’euros, les dommages qui ont été évités lors de la crue de janvier 2011 », se félicite Marjorie André, directrice de l’Entente Oise-Aisne.

Dans le département de l’Oise, un autre ouvrage, dit d’écrêtement des crues, a été conçu aux alentours de Longueil-sainte-Marie. Il s’agit tout simplement de reproduire la zone d’expansion naturelle de l’Oise en créant des déversoirs chargés de stocker l’eau sur des parcelles agricoles ou boisées. L’eau est relâchée plus tard lorsque les risques d’inondation ont disparu.

Préparation à la gestion de crise

« Ces stratégies sont mises en œuvre par les collectivités pour réduire le risque et ces aménagements ont été créés pour protéger les biens et les personnes, poursuit Marjorie André. Aujourd’hui, les actions se poursuivent et portent notamment sur la sensibilisation du public et la préparation à la gestion de crise »

Ainsi, un nouveau dispositif d’aides, baptisé Inond’action, permet, après diagnostic, de financer 80 % des travaux de protection chez les particuliers ou les petites entreprises. « Une dizaine de personnes ont déjà engagé des travaux comme surélever une chaudière ou fixer au sol une cabane de jardin, par exemple », explique-t-on à l’Entente Oise-Aisne.

Plantage de haies et de fascines

Par ailleurs, cette lutte contre les crues s’élargit aux effets du ruissellement lors des orages conséquents. Car après les fortes chaleurs de l’été, le risque est d’autant plus élevé cet hiver. « Nous menons des actions avec les agriculteurs pour replanter des haies ou des fascines, sortes de branchages entrelacés, comme à Saint-Pierre-les-Bitry, dans l’Oise, souligne l’Entente. En septembre, un violent orage a touché la commune. Le maire était ravi de ces aménagements qui ont empêché que la boue ne dévale. »

Fascines à Saint-Pierre-les-Bitry
Fascines à Saint-Pierre-les-Bitry – Entente Oise-Aisne

Cet automne, la région Hauts-de-France n’a pas encore affiché de grosses inondations, mises à part dans certaines villes de la Côte d’Opale, dans le Pas-de-Calais ou à Abbeville, dans la Somme. Mais la période critique se situe souvent entre novembre et mars.

« Si la crue de février 1995 se reproduisait aujourd’hui, l’inondation serait bien moindre pour les communes bénéficiaires des ouvrages de régulation qui concernent les départements de l’Oise, de l’Aisne et du Val-d’Oise, assure Marjorie André. Les niveaux d’eau seraient diminués et les dommages sur les logements et les activités seraient, de ce fait, moins importants. »