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Colombie, Mexique, Cuba : après Maduro, qui sera ciblé par Trump ?

Samedi, l’administration américaine a mené une opération d’enlèvement du président du Venezuela, Nicolás Maduro, et de son épouse Cilia Flores, accusés de « narcoterrorisme ». Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a appelé ses voisins à « serrer les rangs » face aux Etats-Unis, après l’enlèvement du président vénézuélien.


Après des mois de tensions, un acte marquant s’est produit. Samedi, l’administration américaine a orchestré l’enlèvement du président vénézuélien, Nicolás Maduro, et de son épouse, Cilia Flores, tous deux accusés de « narcoterrorisme ». Donald Trump a déclaré que les États-Unis étaient « aux commandes » du Venezuela, malgré la nomination intérimaire de Delcy Rodriguez.

Cette situation a créé un choc diplomatique. « L’Amérique latine a de quoi s’inquiéter face à l’administration Trump, surtout pour les pays qui ne sont pas alignés sur ses intérêts », explique Franck Gaudichaud, professeur en histoire et études latino-américaines contemporaines à l’université Toulouse Jean-Jaurès. Cette politique de « sécurisation hémisphérique » s’inscrit dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis dévoilée en décembre. Le président américain multiplie les attaques contre d’autres dirigeants. Sont-ils les suivants ?

À Cuba, Miguel Diaz-Canel a appelé ses voisins à « serrer les rangs » face aux États-Unis après l’enlèvement du président vénézuélien. L’homme politique, réélu en 2023 et successeur de Raúl Castro, a dénoncé « l’attaque brutale et perfide » de Washington.

Peut-il être dans le viseur ? Marco Rubio, le secrétaire d’État américain et adversaire acharné du castrisme, a été explicite. « Si je vivais à La Havane et que je faisais partie du gouvernement, je serais au moins un peu inquiet », a-t-il averti. « Depuis plusieurs décennies, le Venezuela est perçu par les États-Unis comme un régime hostile. Cuba peut également entrer dans cette catégorie », rappelle Laurent Giacobbi, professeur à l’université des Antilles et chercheur associé à l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS).

Cependant, une opération militaire ne semble pas à l’ordre du jour. « Je ne pense pas que nous ayons besoin d’agir. Il semble que tout s’effondre », a commenté Donald Trump. « Le régime castriste est en crise profonde depuis des décennies », renchérit l’universitaire. De plus, La Havane a récemment perdu son principal allié. « Son influence est minimale, il n’y a pas de question de ressources. C’est presque un vestige de la Guerre Froide », observe Michael Stricof, maître de conférences en civilisation américaine à l’université Aix-Marseille. Cet héritage avait été durement éprouvé lors de l’invasion avortée de la baie des cochons, ce qui avait temporairement contenu les ambitions régionales des États-Unis.

En Colombie, les tensions entre le président Gustavo Petro et son homologue américain sont vives. Dimanche, Donald Trump a suggéré qu’une opération militaire en Colombie serait une « bonne idée », tout en lançant des accusations contre Gustavo Petro, président depuis 2022. La veille, il avait même conseillé à Petro de « faire gaffe à ses fesses ».

« La Colombie est très malade, dirigée par un homme malade, qui fabrique et vend de la cocaïne aux États-Unis, et cela ne va pas durer longtemps », a déclaré le président américain. Gustavo Petro a réagi sur les réseaux sociaux en déclarant : « Cessez de me calomnier, M. Trump ».

« Le niveau de confrontation diplomatique entre Petro et Trump est très élevé, provoquant une rupture des relations de coopération, notamment militaires, alors que la Colombie était un pilier de la stratégie américaine », analyse Franck Gaudichaud. Cependant, les experts s’accordent à dire qu’une intervention militaire imminente semble peu probable. « Ce serait très compliqué, c’est un pays plus armé et aguerri par des décennies de conflits internes », ajoute le professeur.

Concernant le Mexique, Donald Trump a déclaré : « Il va falloir faire quelque chose avec le Mexique ». Invité à s’exprimer dans l’émission « Fox & Friends », Trump a décrit Claudia Sheinbaum, la présidente, comme une « femme bien », mais a soutenu qu’elle n’était pas aux commandes de son pays. « Les cartels dirigent le Mexique », a-t-il affirmé. « Elle a très peur des cartels », a-t-il ajouté, insistant sur le fait que « le Mexique doit se ressaisir, car [la drogue] afflue à travers le Mexique, et nous allons devoir faire quelque chose ».

Les menaces commerciales de Trump s’intensifient et les relations entre Sheinbaum et Trump se détériorent, bien qu’elle cherche une approche négociée plutôt qu’affrontement, explique Franck Gaudichaud. Pourtant, les experts ne prévoient pas une opération contre la dirigeante. « En revanche, une intervention militaire, utilisant des drones ou des chasseurs pour frapper un site identifié par les États-Unis comme un lieu de narcotrafic, pourrait survenir sans accord du Mexique, et cela ne serait pas surprenant », imagine Michael Stricof. Cela constituerait une grave violation.

Bien que l’opération au Venezuela soit « exceptionnelle », avec un précédent dans l’enlèvement du général Manuel Noriega, président du Panama en 1989, les experts demeurent prudents face à l’imprévisibilité de Donald Trump. Plus profondément, « ce qui se passe dans les Caraïbes est une manière de discipliner et de faire pression sur l’ensemble de la région », souligne Franck Gaudichaud. Au-delà des situations individuelles des pays, « tous les équilibres sont menacés », conclut Laurent Giacobbi.