« Cold cases » : Comment le pôle spécialisé a obtenu des avancées majeures dans deux dossiers anciens

Dédié aux crimes sériels ou non élucidés, le pôle « cold cases » de Nanterre (Hauts-de-Seine), n’a pas encore un an d’existence. Il a pourtant obtenu récemment des premiers résultats encourageants dans deux affaires sordides, vieilles de plusieurs dizaines d’années. Le 14 octobre dernier, Dominique P., un père de famille de 70 ans, a été mis en examen, par la juge d’instruction Nathalie Turquey, pour le viol suivi du meurtre de Sophie Narme, 23 ans, à Paris, en 1991, et pour la tentative de viol d’une jeune femme de 19 ans, en Seine-et-Marne en 1999. Une avancée majeure qui suscite, pour les proches d’autres victimes dont les dossiers sont traités par ce pôle, « un espoir de plus », estime Me Corinne Herrmann, spécialisée dans les affaires non résolues. « C’est, pour elles, la certitude que ce pôle à un sens et que c’est une chance, pour un dossier, d’être traité par lui », insiste l’avocate.

Ce retraité aurait pu ne jamais être inquiété par la justice s’il n’avait pas été interpellé, en septembre 2020, dans un magasin Leclerc de Carpentras en train de filmer sous les jupes de trois clientes. Après son arrestation, les enquêteurs avaient découvert sur l’ordinateur du suspect, saisi à son domicile de Mazan (Vaucluse), des vidéos montrant son épouse inconsciente violée par des dizaines d’hommes, entre 2010 et 2020. Sur Internet, ils avaient également retrouvé des messages qu’il avait postés sur des forums de rencontres libertines où il proposait à des personnes de venir profiter de sa femme, qu’il droguait avec de puissants anxiolytiques. Il a été mis en examen pour viols aggravés, agressions sexuelles et administration de substances nuisibles, et écroué. Son ADN a été prélevé et versé au Fichier national des empreintes génétiques en août 2022.

Des similitudes troublantes

Dominique P. est désormais suspecté par la justice d’avoir sévi dans les années 1990, en région parisienne. Le 4 décembre 1991, le corps de Sophie Narme, de 23 ans employée par une agence immobilière, est découvert dans un appartement rue Manin, dans le 19e arrondissement de Paris. La jeune femme a été violée et poignardée lors d’une visite des lieux. Pendant plusieurs années, l’enquête, confiée à la brigade criminelle de la police judiciaire, piétine. En mai 2022, la justice décide de relancer les investigations en la rapprochant d’une autre affaire qui présente des similitudes troublantes. Le 11 mai 1999, à Villeparisis (Seine-et-Marne), une jeune femme qui exerce aussi la profession d’agent immobilière a échappé à une tentative de viol lors d’une visite.

Des traces de sang de son agresseur sont retrouvées sur les lieux. Une première analyse a mis en évidence un profil génétique masculin. Mais il faudra attendre plusieurs années pour que la justice mette un nom dessus en le comparant avec les ADN inscrits au Fnaeg récemment. En septembre dernier, la juge d’instruction Nathalie Turquey, fraîchement nommée au pôle « cold cases », a été saisie de ces deux crimes. La magistrate est notamment connue pour être à l’origine de l’élucidation de l’affaire du Grêlé. Le 12 octobre, Dominique P., qui était déjà en détention provisoire, est extrait de sa cellule et placé en garde à vue. Devant les enquêteurs, le suspect a nié le viol et le meurtre de 1991 mais reconnu en partie la tentative de viol de 1999. Il a été mis en examen pour meurtre, précédé, accompagné ou suivi d’un autre crime, et pour une tentative de viol avec arme.

« Des dossiers anciens peuvent être traités rapidement »

« Ces premiers résultats, c’est la preuve que des dossiers très anciens peuvent être traités rapidement, en quelques mois ou en quelques années, s’il y a des moyens et des magistrats qui ont envie », poursuit Me Corinne Hermann. Les magistrats du pôle judiciaire dédié aux « cold cases », créé en mars 2022, « ont accepté de reprendre des dossiers dans lesquels la justice avait échoué et de les regarder autrement. Ils sont détachés et ont le temps de les relire. Cela leur permet de voir des choses qui n’ont pas été travaillées ou qui ont été oubliées », poursuit l’avocate. Ils peuvent s’appuyer sur l’expertise des enquêteurs de la gendarmerie et de la police « qui ont aussi travaillé sur des affaires non élucidées », et sont assez « ouverts d’esprit » pour employer des techniques d’investigation innovantes. « C’est ça la différence » avec les magistrats qui étaient auparavant saisis de ces dossiers, conclut Corinne Herrmann.