Climat : « La révolution écologique doit être féminine », explique Claire Le Floch

Peut-on lier genre et climat ? Quel rôle jouent les femmes dans la lutte contre le changement climatique ? 20 Minutes a interrogé Claire Le Floch, ancienne élève d’ AgroParisTech, l’institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement où des étudiants avaient fait le buzz il y a quelques semaines en appelant à « bifurquer ». Ils dénonçaient une « formation qui pousse à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours » lors d’une remise de diplômes.

Une démarche que la militante salue, tout en rappelant l’importance d’« intégrer tous les acteurs dans la lutte contre le changement climatique afin de créer des coalitions ». Pour elle, « il faut des actions globales pour qu’elles soient vraiment puissantes ».

Quels liens existent-ils entre le système de genre et le changement climatique ?

Claire Le Floch, militante écologiste, animera une conférence sur le genre et le climat samedi.
Claire Le Floch, militante écologiste, animera une conférence sur le genre et le climat samedi. – Claire Le Floch

Le climat est un système extrêmement complexe, sur lequel un nombre infini de variables agissent. Ces variables peuvent être abordées par le prisme du genre, car les changements climatiques (et donc également les solutions proposées) ont des impacts différents sur les femmes et les hommes, que ce soit sur les effets d’épisodes extrêmes (sécheresse, inondations), la possession de la terre et l’utilisation de cette dernière.

Partons de l’exemple de l’agriculture, un des leviers majeurs de l’action climatique. Des études montrent que les femmes qui possèdent une parcelle et choisissent leurs cultures conserveraient une biodiversité de semences afin d’assurer une alimentation locale et saine du groupe, quand les hommes utiliseraient des cultures de rente pour utiliser les revenus afin d’acheter des denrées alimentaires exportées. L’équilibre entre les rentes, la santé du groupe et des sols est donc en jeu…

Pourquoi la notion de genre doit-elle être prise en compte dans la lutte contre le changement climatique ?

On le sait, il ne nous reste pas beaucoup de temps pour agir. Pour être à la hauteur des enjeux, il faut repenser notre rapport à des concepts, comme la domination, le temps, la cyclicité, l’incertitude et la résilience. Les mouvements écoféminismes mettent en avant l’intérêt d’intégrer les femmes, le féminin à la table des négociations. Les mouvements féministes pensent les changements sociaux et politiques en se basant sur le consentement, avec une gouvernance partagée prônant les synergies plutôt que l’asservissement des humains et du non-humain. Si on veut une révolution écologique, elle doit être féminine.

En quoi la vision des femmes est-elle écologique ?

Le genre permet de repenser de façon globale l’équilibre de notre environnement et donc d’aller vers le changement. La réflexion des femmes en matière de consommation va d’abord vers le groupe. Ainsi, elles repensent la productivité vers plus de localité. Les femmes ont une vision très holistique : « Si je plante, je n’ai plus besoin d’acheter. »

D’autant plus que les femmes figurent parmi les premières victimes du changement climatique…

Si on n’est pas propriétaire de sa terre, que son mari a émigré pour tenter de rapporter des revenus au ménage, on est en première ligne pour voir les impacts directs des changements climatiques ! Ces personnes sont souvent des femmes. N’hésitez pas à lire les derniers rapports de l’ONU sur ces sujets.

Comment intègre-t-on l’égalité de genre dans l’ensemble des politiques climatiques ?

Je pense que cela passe d’abord par les formations sur le féminisme et sur la gouvernance partagée afin de rendre les temps de parole les mieux répartis possible. Dans les sphères décisionnelles, la parité me paraît nécessaire, en même temps que la diversité sociale. A l’Acad [jeune association dont Claire Le Floch est présidente] nous organisons des formations sur la prise de parole en public, mais aussi sur les modes de gouvernances plus démocratiques et plus inclusifs.

Une conférence dédiée et un festival consacré à l’économie engagée

Claire Le Floch sera présente ce samedi 18 juin à l’Académie du Climat (Paris 4) pour une conférence autour du genre et du climat qui débutera à 17 heures. Cet événement s’inscrit dans le cadre du Festival de l’économie engagée dont 20 Minutes est partenaire.
Ce samedi après-midi, trois conférences s’enchaînent : une première à 14 heures sur « Les mouvements de la jeunesse décryptés », une seconde à 15h30 sur « Comment s’unir pour le climat » et une dernière à 17 heures sur « Genre et climat ».

En marge de ces conférences, d’autres animations auront lieu : fresques du climat, expositions, projections de courts-métrages par Cinéfac, jeux, stands d’associations, et un atelier sur l’écoféminisme.

Vers 18h30, une prise de parole plus institutionnelle aura lieu, en présence de la Maire de Paris, avant un dj set et un repas participatif. L’événement est gratuit et ouvert à tous.