Climat : Energie, industrie, transports… Les solutions du Giec pour tenter de rester sous les +1,5 °C

​Et maintenant, place aux solutions. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publie ce lundi le troisième chapitre de son rapport d’évaluation, le premier depuis 2014. Après le constat scientifique du  réchauffement climatique dans la première partie, publiée en août 2021, puis ses conséquences dans le deuxième volet en février, les experts de l’ONU donnent cette fois les clés pour limiter la casse aux 195 Etats signataires.

Ces travaux s’appuient sur des scénarios répartis en huit catégories, de la plus optimiste à la plus pessimiste. En résumé – le Résumé pour les décideurs, soit le résumé du rapport, fait à lui seul 63 pages –, le réchauffement sera limité dans le meilleur des cas à 1,5 °C en 2100. Et dans le pire, il dépasse les 4 °C. Ce qui fait dire à Hoesung Lee, membre du Giec, que nous sommes plus que jamais « à un carrefour. Les décisions que nous prenons maintenant peuvent nous assurer un avenir vivable, sachant que nous avons les outils et les connaissances pour le faire ».

Adieu le fossile

Pour donner une idée de l’étendue du chantier, le Giec est clair : atteindre + 1,5 °C, soit l’objectif de l’accord de Paris, signifie que les émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales connaissent leur pic en 2025 au plus tard et baissent de 43 % d’ici à 2030. Et la neutralité carbone totale est atteinte en 2050. Sans une réduction drastique et immédiate, le 1,5 °C sera « impossible », tranche le rapport.

Un chantier immense, donc, et très large. Premier secteur concerné, l’énergie, qui nécessite des « transitions majeures ». Il faut, dit le Giec, réduire grandement l’utilisation du fossile. Avec les bonnes politiques et la technologique qui suit, cela permettrait de réduire de 40 à 70 % les GES en trente ans. Toujours pour rester à + 1,5 %, l’usage du charbon, du pétrole et du gaz doivent baisser respectivement de 95 %, 60 % et 45 % d’ici à 2050. Et pour limiter à + 2 °C, les objectifs restent très ambitieux : – 85 %, – 30 % et – 15 % pour les mêmes ressources. Il faudra s’appuyer dans le même temps, selon le rapport, sur la baisse continue des coûts des énergies éolienne et solaire et du stockage de l’énergie.

Autre poste majeur, l’industrie, qui représente environ un quart des émissions de GES. L’utilisation d’acier, de ciment et de plastique est globalement en hausse à travers la planète, si bien que les « processus de production vont devoir être revus en profondeur », indique le Giec. Le but : fabriquer mieux en utilisant de l’électricité décarbonée, de l’hydrogène ou des biocarburants tout en ayant une véritable gestion de son empreinte carbone.

Des villes « compactes » et « piétonnes »

Les villes ont elles aussi un rôle à jouer, insistent les experts. Plusieurs axes apparaissent, dont le fait d’arriver (ou de revenir) à des villes « compactes » et « piétonnes » tout en développant les réseaux de pistes cyclables. Les métropoles doivent en outre offrir un réseau de transports au maximum électrifié (en utilisant de l’électricité peu émettrice, évidemment). Toujours dans l’espoir de rester dans les clous du + 1,5 °C, il faut que les rejets de CO2 de ces mêmes transports baissent de 59 % d’ici à 2050. Et de 29 % pour rester sous les + 2 °C. Cela peut notamment être facilité par l’essor du télétravail et de la digitalisation, qui permettent de réduire les déplacements.

La ville, ce sont aussi des espaces verts : miser sur eux est impératif pour accroître la captation de carbone. D’ailleurs, le rapport met en avant le rôle essentiel des terres agricoles et des forêts dans ce domaine. Mais attention, dit le Giec : « La terre seule ne peut compenser les retards pris dans la réduction des émissions de GES par les autres secteurs ».

Et les logements ? Là encore, le défi est immense : il faut espérer que l’ensemble des bâtiments, rénovés ou à construire, soient neutres d’ici à 2050. Enfin, le Giec s’attarde sur l’aspect financier. Pour respecter la limite à + 1,5 °C ou + 2 °C, les investissements liés à la transition énergétique​ doivent être « trois à six fois supérieurs » chaque année jusqu’en 2030. Au minimum.