City-Tottenham: Pep Guardiola perd-il ses moyens en Ligue des champions?

Trait de génie incoming. — Dave Shopland/BPI/REX/SIPA

Petit jeu très amusant qui occupe les suiveurs des Citizens lors des moments de désœuvrement. Deviner quels câbles vont faire court-circuit dans le cerveau de grand malade de Guardiola pour déboucher sur un onze de départ improbable dans un grand match de C1. Du genre Foden au milieu et Mangala en défense, en cherchant bien. Ne riez pas, l’international français vient de prolonger son contrat alors qu’il ne joue pas un radis (un signe ?), et toute la ville est encore traumatisée de la compo pepesque du match aller à Tottenham. « On était un peu étonnés de voir l’équipe alignée là-bas, admet Simon Bajkowski, journaliste au Manchester Evening News. « Sané sur le banc, Mahrez sur le terrain, Fabian Delph à gauche… Delph c’était vraiment étrange. Tout comme c’était étrange de voir De Bruyne sur le banc ce soir-là puis titulaire contre Crystal Palace en championnat. Dominer à ce point le championnat et pourtant changer ses plans pour la Ligue des champions, tu envoies un message à l’adversaire ».

Des choix de coaching discutables

Comme l’an passé quand il avait décidé de sortir Sterling pour Gundogan à Liverpool et que l’équipe avait explosé de partout à Anfield (3-0). Comme avec le Bayern quand son choix de placer Muller sur le banc contre l’Atletico en 2016 avait fait hurler de dépit toute la Bavière. Comme face au Real l’année d’avant, un épisode longuement raconté dans le livre de son ami Marti Perarnau.

« La plus grosse erreur de ma carrière d’entraîneur », y reconnaît Guardiola, qui se laisse attendrir par des joueurs désireux de partir à l’abordage du but madrilène à l’Allianz Arena après une courte défaite à l’aller (1-0). « Les gars, ce soir ce n’est pas une question de sortir pour passer un bon moment. Ce soir vous allez rentrer sur la pelouse pour leur faire mal. Attaquez à la jugulaire. Vous êtes Allemands, alors soyez Allemands et attaquez ». 3-0 pour le Real à la mi-temps, danke schoen, auwiderzen, vous me viderez la poubelle en partant. Et Pep qui se fouette devant son miroir : « J’ai passé toute la saison à refuser d’utiliser le 4-2-4. Toute la saison j’ai dit non. Et je décide de le faire pour le match le plus important de l’année. J’ai tout fichu en l’air ».

C’est que l’étoile de Guardiola a drôlement pâli depuis quelques saisons en Europe. Depuis qu’il n’a plus Messi pour le couvrir, raillent ses détracteurs. Pas une finale, que ce soit avec le Bayern ou City, malgré des équipes monstrueuses et total open bar sur le marché des transferts. Pas une victoire à l’extérieur non plus à partir des quarts depuis 2011, une défense passoire (des défaites combinées 5-0, 5-3, 6-6, 5-1 en match aller/Retour), et des craquages inexplicables sur des tranches de 10-15 minutes contre des équipes pas nécessairement plus fortes.

  • >> Trois buts du Real en une mi-temps en 2014 (4-0)
  • >> Une avance envolée au bout d’une demi-heure à Monaco en 2017 (3-1)
  • >> Une équipe qui explose dans le dernier quart d’heure au Camp Nou (3-0) en 2015
  • >> Le quart de finale plié par Liverpool entre la 12e et la 30e minute l’an passé à Anfield (3-0)

« ll y a une pression, un défi mental autour de la Ligue des champions, estime notre collègue Simon. Gundogan en a parlé après Tottenham. Il disait en gros que l’équipe ne réagissait pas forcément bien dans certaines circonstances, quand les choses ne vont pas bien. Mais c’était aussi vrai au Bayern, on s’en rend compte, quand les équipes de Guardiola ne vont pas très bien elles prennent plusieurs buts en très peu de temps. Ça peut être tactique, ça peut être mental… ». En gros, une sorte de paralysie collective qui s’installe au pire moment dans une équipe habituée à s’essuyer les crampons sur la concurrence en championnat et dans les Coupes nationales.

Aucune finale de C1 sans Messi

Guardiola lui-même semble buter sur cette nouvelle barrière psychologique. D’ordinaire si policé, le Catalan, qu’on surprend de plus en plus à ronchonner sur les arbitres, ressemble à Mourinho dans sa façon de se chercher des excuses concernant ses échecs répétés en Ligue des champions. Écoutez-le mardi en conf avant de retrouver les Spurs, après avoir ironisé en se qualifiant de « raté ».

« Je sais que les gens disent que je suis venu ici pour gagner la Ligue des champions, mais honnêtement ce n’est pas vrai. Je suis venu ici pour jouer de la façon dont on joue depuis 20 mois. Bien sûr que je veux gagner la C1. Je sais qu’à Munich, après trios années à remporter absolument tous les autres trophées, avoir échoué en C1 était considéré comme un énorme échec. Qu’est-ce que je peux répondre à ça ? »

Des propos qui font écho à la polémique à deux livres sterling mise sur le compte de la rivalité historique entre le Real et le Barça, quand Guardiola avait omis l’équipe de Zizou au moment de citer les clubs de référence des dernières saisons dans les grands championnats. Tout Madrid était monté au créneau, et Pep avait eu cette précision perfide : « Je vais être gentil avec les supporters du Real qui sont en colère contre moi. Lors des trois dernières années, ils ont gagné et je pense qu’ils sont de loin la meilleure équipe en Europe au cours de la dernière décennie. Mais le Real Madrid n’est pas la meilleure équipe de la décennie si on compte les championnats et les coupes »

Manière à peine voilée de faire passer la Ligue des champions pour une aimable Coupe des foires par comparaison avec le pain quotidien du championnat. Cela revient un peu à se ficher du monde, considérant que les mastodontes européens, dont fait partie City, poussent depuis plusieurs saisons pour que la C1 devient l’unique étalon sportif (et financier) digne d’intérêt. L’entraîneur de City est tombé dans le bon club, puisque les supporters de City ne semblent pas vouer une passion incroyable​ aux joutes européennes, eux qui sifflent l’hymne de l’Uefa avant chaque représentation à l’Etihad Stadium. « Les propriétaires, ils sont venus ici pour gagner ce trophée et pour s’installer réellement au sein de la caste des grands clubs européens, juge Simon. Mais pour les supporters, s’il gagne la Premier League et si vous ajoutez à ça le fait qu’il a apporté une certaine philosophie de jeu et fait éclore beaucoup de jeunes comme Sané, Sterling, Jesus… ça devrait aller pour lui ».

D’une humeur de bouledogue mal léché, l’intéressé leur a d’ailleurs mis la pression mardi. « Si mercredi les supporters ne nous aident pas… Je leur dis « Faites-le pour les joueurs », ils sont si fiers. On a besoin d’eux dans les moments difficiles, à ce niveau on ne peut pas passer sans eux. Je suis vraiment curieux de savoir comment les fans vont se comporter contre Tottenham ». Un indice, Pep ? Ils attendant peut-être de voir la compo baroque que tu leur réserves histoire d’être sûrs.

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