Cité des sciences : « Cancers », l’expo qui ausculte le mal avec poésie et pédagogie

Un vrai « phénomène de société ». On n’aurait pas eu l’idée, avouons-le, de qualifier le cancer ainsi, mais lorsqu’on regarde les chiffres en face, les mots de Maud Gouy, co-commissaire de l’exposition Cancers, à la Cité des sciences, s’imposent : avec quatre millions de personnes touchées par la maladie, plus de 1.000 personnes par jour qui apprennent qu’elles ont un cancer, il devient évident que nous connaissons tous et toutes quelqu’un qui a été ou est frappé par ce mal.

C’est parce que le cancer est si fréquent et si installé dans nos sociétés que la Cité des sciences a décidé de prendre à bras-le-corps le sujet, qu’elle présente au pluriel jusqu’au 8 août 2023. Il n’y a en effet pas qu’un cancer, mais 200 différents, même si le cancer du sein, celui de la prostate, du poumon et le cancer colorectal constituent à eux quatre près de 50 % des cas.

La cancérogenèse expliquée avec du fil de laine

On entre dans l’exposition en saluant un crabe lumineux, qui nous explique que le cancer est vieux de 500 millions d’années. Loin d’être la « maladie du siècle », il date de l’arrivée des premiers organismes multicellulaires, même s’il est vrai que l’augmentation de l’espérance de vie et par là, du nombre de personnes âgées, augmente sa prévalence dans la société. Et pourquoi un crabe, au fait ? Parce que le médecin et philosophe grec Hippocrate aurait comparé, au Ve siècle avant Jésus-Christ, la forme des cancers à celle de ces petites bestioles des mers.

Le parcours est ensuite découpé en cinq espaces. Dans le premier, on regarde confortablement installé un film d’animation tout mignon expliquer avec du fil de laine cardée la cancérogenèse. Ou comment une cellule saine se met à perdre les pédales à cause de la mutation d’un gène de prolifération.

Panneaux interactifs et modélisations en couleur

Des modélisations en couleur permettent dans les espaces suivants de « regarder le cancer en face », comme le résume Laurence Caunézil, l’autre commissaire, et de visualiser les différentes mutations. On peut choisir sur des panneaux interactifs d’écouter tel ou tel spécialiste raconter sa discipline, avec force pédagogie, comme Karine Tarte, immunologue, qui explique notamment comment la recherche sur l’ARN messager, utilisée contre le Covid-19​, était au départ orientée contre le cancer. Dans un autre espace, on suit le parcours de soins de trois patients. De quoi comprendre tous les angles d’attaque contre le cancer.

L’exposition n’oublie pas les aspects politiques, d’une part, et émotionnels, d’autre part, de la maladie, notamment le moment de l’annonce, traité avec une série de témoignages vidéos. Ils racontent la sensation d’être « envahi », « l’ouragan » qui s’abat d’un seul coup, l’absence de mots.

Un film d'animation relate le choc de l'annonce du cancer.
Un film d’animation relate le choc de l’annonce du cancer. – Aude Lorriaux / 20 Minutes

40 % des cancers sont évitables

Entre ces cinq espaces, des totems ou sculptures vulgarisent souvent de façon poétique telle ou telle information sur le cancer. On apprend au passage que certains animaux comme la baleine bleue n’ont jamais de cancer. Ou qu’à l’inverse, le diable de Tasmanie est décimé par un cancer contagieux, qui se transmet par morsure – on rappelle que le cancer n’est pas contagieux chez l’humain (il peut l’être en revanche chez le chien) !

Au final, l’exposition parvient à être didactique et captivante alors même qu’on nous parle d’IRM, de carcinome ou de lymphocytes T. Les deux commissaires de l’exposition, qui ne sont pas spécialistes du cancer, ont réussi à nous rendre compréhensibles une langue étrangère, qui soudain devient fluide. Et à faire passer un message : 40 % des cancers sont évitables, si on adopte un mode de vie sain, avec du sport, des légumes, sans cigarettes, alcool ou aliments brûlés et avec peu de viande rouge, notamment.

  • Cancers, du 6 septembre 2022 au 8 août 2023. Cité des Sciences et de l’industrie. 30 avenue Corentin-Cariou, Paris 19e. Du mardi au dimanche de 10 heures à 18 heures, et jusqu’à 19 heures le dimanche.