Cinq conseils pour avoir l’air de s’y connaître en matière de vin

Jadis, les soirées chez Corentin étaient une valeur sûre, en toute simplicité. Des rires, des amis. Et de la bière. Mais voilà : l’âge aidant et la trentaine passée, « Coco » a délaissé la binouze des soirées étudiantes pour le vin, et nous ne sommes plus jamais totalement sereins sur son canapé. On ne sait que répondre au moment où il nous fait goûter « sa meilleure bouteille », avec dans son regard l’attente d’un commentaire. On ne le comprend plus lorsqu’il parle de « cépage » ou de « vin rond ». Et on hésite de longues minutes, seul au supermarché, lorsqu’il demande que chacun ramène une bouteille.

Comme nous, vous êtes des millions à être perdus au moment fatidique de parler de vin. Alors 20 Minutes s’occupe de tout, et a contacté trois experts pour nous éduquer et ne plus jamais être un nullosse chez Corentin. Voici leurs conseils.

Au moment où l’on vous sert du vin

Si on peut le boire jusqu’à la lie, on ne tient pas le calice entre ses mains. Cela peut réchauffer le vin et lui faire perdre nombre de ses subtilités. En bas ou en haut de pied, ça, c’est à votre convenance, indique Ewa Crétois, responsable communication spécialisée en vin et spiritueux. Et tant qu’on y est dans les gestes à éviter : non, on ne met pas de glaçons, même dans le rosé, bande de foufous.

Autre erreur très répandue : penser qu’au moment où l’on vous fait goûter un peu de la bouteille avant de la servir, on vous demande votre avis sur le vin en question. Pas du tout ! (le vigneron/caviste/restaurateur s’en fiche plutôt pas mal). Ce que vous cherchez à savoir, c’est si le breuvage n’est pas détérioré – par exemple s’il a un goût de bouchon.

Plus ambitieux, vous pouvez briller en regardant la couleur du liquide. Un jeune vin rouge possède généralement des reflets violets sur les bords, et ambrés s’il est vieux, schématise France Gerbal Médalle, géographe du vin et spécialiste de l’œnotourisme. Un jeune blanc abordera des bords jaune-vert, plutôt doré s’il est âgé. Et généralement, un vin jeune sera fort, tandis qu’un vieux vin a tendance à être plus fin et léger.

On déconseillera par contre d’en faire trop si vous débutez. Inutile donc de faire tourner le vin ou de le goûter en le laissant en bouche trop longtemps. « Dans le doute, il vaut mieux ne pas en faire assez qu’en faire des caisses, c’est vite repéré », explique Ewa Crétois.

Le vocabulaire à adopter

« Muscle ton vocabulaire, Robert » Là encore, rien de très sorcier, il faut juste métaphoriser vos premières impressions. Ainsi, on ne dira pas qu’un vin est « moins fort en étant vieux », mais « qu’il s’est assagi avec l’âge », voire « qu’il est rond » (il est plus sage donc il arrondit les angles), indique France Gerbal Médalle. Alors à vos plus belles plumes !

Deux termes – techniques- restent néanmoins incontournables. Le cépage, qui définit le type de raisin utilisé pour faire le vin. Chaque variété de cépage apportera son goût propre et ses particularités. Et le tanin (ou tannin, les deux orthographes fonctionnent), avec son dérivé « un vin tanique », qui concerne uniquement les vins rouges. Rapide définition : le tanin est une molécule végétale plus ou moins présente. Ce qu’il faut retenir vous, c’est que plus les tanins sont présents dans le vin, plus ce dernier sera foncé. Un vin très tannique est tout simplement un vin avec beaucoup de tannins.

Les phrases pour briller

Hugo Millet, oenologue de l’Abbaye de Lérins, nous a concocté deux, trois phrases à placer à table :

  • « Avec la canicule, le vin n’a pas été chaptalisé. »

La chaptalisation est le fait d’ajouter du sucre dans le jus de raisin qui n’a pas encore fermenté, pour qu’il soit transformé en alcool. Il est de moins en moins nécessaire avec le dérèglement climatique et la hausse des températures.

  • « Pas d’assemblages, c’est un monocépage »

Un monocépage est, comme son nom l’indique, un vin constitué d’une seule variété de raisin.

  • « On ne se ferait pas une petite verticale ? »

Se dit d’une dégustation où l’on boit la même cuvée sur plusieurs millésimes

Les vins un peu originaux

Tous ces efforts ne serviront à rien si vous faites ensuite un choix impersonnel avec un vin passe-partout, typiquement un Côte du Rhône ou un Bordelais, prouvant au monde que vous êtes aussi peu original que celles et ceux qui ont mis l’Argentine comme favorite de la Coupe du monde.

On va donc chercher quelques nouvelles sensations. « Les vins blancs des Côtes de Gascogne, notamment les Saint Mont, amènent une découverte et une vraie belle surprise. Sur les rouges, il y a quelques cépages spécifiques dans le Sud-Ouest, vous pouvez faire découvrir à un amateur les vins de Cahors, un cépage Malec, un Gaillac ou un Tanat de Madiran », conseille France Gerbal Médalle. Vous pouvez aussi prendre un vin de lAbbaye de Lérins de notre cher Hugo, ce dernier s’étant montré très sympathique avec nous.

Important aussi à rappeler : vous avez le droit d’aimer n’importe quel vin – oui, même les rosés. « Il ne faut avoir honte d’aucune préférence, le vin est une affaire de goût, et ce dernier est subjectif. Il n’y a pas de hiérarchie Si vous aimez un vin, buvez-en », rassure Ewa Crétois.

N’ayez pas peur !

Tous ces conseils devraient vous aider à vous en sortir chez Corentin ou ailleurs. Mais passé ces quelques ruses de Sioux, il est important de ne pas trop se mettre de pression, rappellent nos trois experts. Car si le vin entretient son mystère et ses codes bien à lui, non sans plaisir, il reste un milieu accessible.

Le mot de la fin pour Hugo Millet : « Le vin est avant tout un produit que l’on prend plaisir à déguster avec des amis. Et avec lequel la question la plus importante demeure  »On l’apprécie, cette bouteille, ou pas ? ». Après, chacun le fait avec ses mots et sa subjectivité. »