Chute des naissances : Mais pourquoi les Français ne font plus de bébés ?

Les Français ne font plus de bébés… ou presque. À l’occasion du lancement de la nouvelle campagne de recensement le 19 janvier, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a présenté, ce mardi, son bilan démographique de l’année 2022. Et une donnée attire l’attention en particulier, le nombre de naissances qui a atteint en 2022 un niveau historiquement bas.

En effet, depuis 1946 et la création de l’Insee, jamais les Français n’avaient si peu procréé. Seulement 723.000 bébés sont nés en France selon les dernières estimations réalisées par l’Institut, soit 19.000 de moins que l’année précédente (-2,6 %). Rien d’exceptionnel pourtant. Si 2021 avait connu un léger regain d’activités dans les maternités, attribué au premier confinement, cette évolution s’inscrit dans la tendance de la décennie passée avec une baisse constante des naissances depuis 2010.

Une baisse exceptionnelle

« Ce qui est exceptionnel, c’est la régularité et la longueur dans le temps de cette baisse », commente Didier Breton, professeur de démographie à l’université de Strasbourg et chercheur associé à l’Institut national de démographie. Ce qu’on appelait, il y a quelques années encore, la « singularité française » en Europe, c’est-à-dire un taux de fécondité proche de deux enfants par femmes, s’étiole doucement puisque ce chiffre est passé sous les 1,8 (1,796) en 2022.

De tels pics inversés avaient déjà eu lieu par le passé, les naissances étaient descendues sous les 750.000 par an au milieu des années 1970 et au milieu des années 1990. « Il s’agissait de changement de régime de fécondité », précise Didier Breton. Comprenez : un trou générationnel pour les femmes en âge de procréer. Un phénomène qui était aussi prévisible pour le milieu des années 2010.

Covid, Ukraine, inflation et réchauffement climatique

Mais ce qui surprend, c’est que contrairement aux épisodes précédents, cette baisse se poursuit dans le temps. Si des études sont en cours pour comprendre cet événement, certaines réponses semblent évidentes pour le professeur de démographie : « Les années 2020 connaissent de gros bouleversements. Il y a une conjonction des peurs à même de freiner la natalité. » Covid en 2020, guerre en Ukraine en 2021, auxquels il faut ajouter une aggravation de la situation du marché de l’emploi et un réchauffement climatique qui se fait sentir davantage chaque année.

Des ingrédients qui ne donnent pas envie de passer à la casserole selon Didier Breton : « La décision d’avoir un enfant est liée, la plupart du temps, à une vision optimiste de l’avenir à long terme. C’est compliqué pour les parents de se dire qu’ils vont peut-être donner vie à un enfant dans un tel monde. Dans une situation qui pourrait encore se dégrader. »

La courbe des naissance en France
La courbe des naissance en France – Insee

Pour le chercheur, on peut faire un parallèle avec le marché du travail actuel qui peine à recruter. Les jeunes, notamment les moins diplômés, sans perspectives, ont du mal à s’inscrire dans le long terme, à s’engager.

Autre raison possible, le déclassement économique. Chez les femmes en âge de procréer, on constate moins de naissances chez les diplômées qui ne bénéficient pas d’un emploi qui les rémunèrent à la hauteur de leurs qualifications, contrairement aux femmes sans diplôme et celles à forts revenus. 

Report ou abandon ?

Cette baisse peut-elle se poursuivre ? « C’est très difficile à prévoir, répond Muriel Barlet, responsable du département de la démographie de l’Insee, on ne sait pas encore s’il s’agit d’abandon ou de report du projet d’enfant. » Pour expliquer ce flou, elle avance des chiffres : « Les femmes de 50 ans ont un indicateur conjoncturel de fécondité de 2 en moyenne. Pour celles qui sont nées en 1982, encore en âge de procréer, ce chiffre est de 1,992. Donc on ne sait pas encore si cela va se traduire par une baisse de la descendance finale. »

« Ce qui est visible, c’est que lors de la chute du taux de fécondité à 1,63 en 1995, l’âge moyen pour avoir un enfant était de 29 ans. Il est aujourd’hui de 31 ans. Ce qui signifie que petit à petit, la marge se réduit », précise toutefois Didier Breton. Une marge qui ne serait pas compensée par l’immigration selon le chercheur : « La surfécondité constatée chez ces populations ne suffirait pas à faire passer le taux au-dessus de 2. »

De quoi craindre un scénario similaire chez plusieurs de nos voisins européens avec une baisse de la population ? C’est envisageable selon le démographe : « Le solde naturel [différence entre les naissances vivantes et les décès] est le moteur de la démographie. » S’il s’essouffle, nous pourrions donc connaître le même destin que l’Italie, la Pologne ou la Grèce.