Chine : Derrière les fastes des 100 ans du Parti communiste, tout ne va pas si bien pour Pékin

100 ans et toute puissante ? La manière dont la Chine fête actuellement le centenaire du Parti communiste chinois (PCC) a de quoi impressionner par son faste. Et vu d’un peu loin, les choses ont l’air d’aller plutôt bien pour Pékin. Xi Jinping, l’homme fort du régime, n’a pas manqué dans son discours de souligner la sortie de l’extrême pauvreté de dizaines de millions de personnes depuis la prise du pouvoir du PCC, en 1949… et surtout depuis les réformes politiques mises en place à partir de 1979. Le PCC, justement, compte toujours 95 millions de membres et se montre plutôt dynamique : « 2 millions de nouveaux membres sont recrutés chaque année », estime Alice Ekman, analyste responsable de l’Asie à l’Institut des études de sécurité de l’Union européenne interrogée par 20 Minutes.

Sur le plan international, la Chine est devenue en une vingtaine d’années le nouveau grand rival des Etats-Unis. Dernièrement, elle a su se débarrasser de l’épidémie de Covid-19 rapidement, en tout cas officiellement. Enfin, Pékin montre sa fermeté – le mot est faible – contre toute forme de protestation ou d’opposition, comme à Hong Kong et au Xinjiang, entre autres, sans que les pressions étrangères n’y changent quoi que ce soit. « En apparence, on a là tous les instruments d’une puissance très autoritaire », résume Valérie Niquet, maîtresse de recherche à la Fondation de la recherche stratégie et autrice de La Puissance chinoise en 100 questions (ed. Tallandier).

Une croissance économique au ralenti

En apparence ? « La réalité est que bien souvent, les régimes très autoritaires qui cherchent à renforcer leur contrôle ne sont pas en très bonne santé », analyse Valérie Niquet. Et d’abord pas en si bonne santé économique. La croissance chinoise a fortement ralenti : officiellement, elle n’a été que de 2,3 % en 2020, un chiffre très faible pour le pays. Or, « elle permet d’assurer un certain degré de légitimité au Parti », affirme Alice Ekman. Certes, il y a eu la crise sanitaire, mais plus globalement, « les bénéfices de la croissance commencent à ralentir », prévient Valérie Niquet.

Ces trente dernières années, les fruits de cette croissance, qui restent très inégalement répartis, ont tout de même fait naître une grande classe moyenne. Les générations les plus anciennes, qui ont connu la Révolution culturelle (jusqu’à 20 millions de morts suivant les estimations) voire le Grand bond en avant (jusqu’à 50 millions de morts), profitent de ces nouvelles marges et du contraste avec la Chine d’avant 1979. « Les plus jeunes n’ont pas ce référentiel, rappelle Valérie Niquet. On peut les calmer seulement si l’accès à l’emploi et à la consommation est facile ». Ce qui est parfois plus difficile.

Une reprise en main qui fait peur à l’intérieur…

Parmi les Chinois privilégiés, qui ont le plus profité du boom économique national, on commence aussi à s’inquiéter. « Ce sentiment d’impunité, cette impression que l’on pouvait faire fortune sans trop de problèmes pour peu qu’on ne s’intéresse pas à la politique, commence à s’effriter », poursuit Valérie Niquet. Exemple avec la disparition, pendant plusieurs mois, du richissime fondateur du site de commerce en ligne Alibaba, Jack Ma, après un discours critique sur le régime.

Des « disparitions » qui ne sont pas isolées : c’est la marque de la reprise en main du régime depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2012. Le président chinois a renforcé le parti par différents biais. Notamment en renforçant sa doctrine : « Le Parti est encore communiste et léniniste. Ce n’est pas qu’une étiquette », explique Alice Ekman, par ailleurs autrice de Rouge vif – l’idéal communiste chinois (éd. de l’Observatoire). Xi a aussi renforcé « la surveillance mutuelle entre camarades avec des séances de critique et d’autocritique héritées de l’ère Mao et de confessions forcées ».

…et à l’extérieur

Dans ses discours, le président chinois affirme désormais sans complexe et sans nuance la puissance nationale. Résultat : contrairement à il y a quinze ou vingt ans, la Chine fait de nouveau peur à l’Occident. Et c’est un problème, car les partenariats se font plus rares, les relations plus fraîches… Quand on n’est pas carrément au stade de la confrontation économique. « Les dirigeants précédents étaient plus rusés, croit savoir Valérie Niquet. Même s’ils avaient les mêmes ambitions, ils avaient compris qu’avoir l’apparence d’un système plus ouvert et aimable était profitable. »

Loin de l’autonomie proclamée, la Chine est au contraire très dépendante de l’extérieur. Elle a un besoin vital que les marchés les plus riches, en Europe et en Amérique du Nord, lui restent ouverts. Sur le plan stratégique, la Chine réprime certes dans le sang à Hong Kong ou toujours au Tibet, car elle est chez elle. « Mais elle prendrait un risque énorme en voulant s’emparer de Taïwan ou si elle venait à proclamer que la mer de Chine est dans ses eaux territoriales », juge Valérie Niquet.

Comme l’URSS de Brejnev ?

La stratégie de Xi Jinping ne fait d’ailleurs pas l’unanimité. Mais la peur et sa politique de lutte contre la corruption dans l’administration suffisent à faire taire les cadres du parti. Dans le reste de la population, alors que les oppositions sont réprimées sans merci, la principale option, en cas de mécontentement, est le retrait. « On voit ce phénomène chez des jeunes, un peu comme chez les hippies des années 1970, remarque Valérie Niquet. On est là, on ne dit rien, mais on participe peu, on est en retrait. »

D’autres, ayant les moyens, vont jusqu’à quitter le pays. Car sauf à être fonctionnaire, voyager ou étudier à l’étranger n’est finalement pas si difficile. Comme si l’ouverture des frontières agissait comme une soupape. A l’inverse de l’Union soviétique, où les populations étaient quasiment prisonnières. Pourtant, selon Valérie Niquet, la Chine de Xi, en pleine reprise en main autoritaire, fait penser à l’URSS de Brejnev, qui s’est refigée après la déstalinisation. Reste à savoir si des dirigeants réformateurs attendent, en silence, au PCC, alors que Xi Jinping pourrait être au pouvoir pour une décennie encore.