Chantage à la sextape à Saint-Étienne : La justice interdit à Mediapart de publier de nouvelles révélations

La justice a interdit à Mediapart de publier de nouvelles informations tirées d’enregistrements audio du maire de Saint-Étienne Gaël Perdriau, soupçonné d’être impliqué dans une affaire de chantage à la sextape et d’avoir ainsi voulu faire pression sur son ancien premier adjoint Gilles Artigues, filmé à son insu dans une chambre d’hôtel, lors d’une rencontre organisée avec un escort-boy.

« Il s’agit d’une censure préalable sans précédent », a dénoncé ce lundi le média à l’origine de la révélation de cette affaire. « C’est une procédure très exceptionnelle, jamais vue sur le terrain de la presse », estime Edwy Plenel le directeur de la publication.

Vendredi, une ordonnance du tribunal judiciaire de Paris a été rendue en urgence à la demande de Gaël Perdriau. « Mediapart n’était pas informé de cette procédure » et n’a pas pu « défendre son travail et ses droits », dénonce encore Edwy Plenel dans un billet publié lundi.

Atteinte à la vie privée

L’ordonnance interdit à Mediapart de diffuser « de nouvelles révélations sur les pratiques politiques du maire de Saint-Étienne », appuyées notamment sur les mêmes enregistrements audios qui ont permis de faire révéler le scandale, sous peine de s’exposer à une amende 10.000 euros « par extrait publié ». Le tribunal estime que cet enregistrement, qui a été réalisé par Gilles Artigues dans le bureau du maire le 27 novembre 2017, est « illicite ». L’injonction concerne tous les supports « électroniques, papier ou autre », précise le texte.

D’après Mediapart, le maire de Saint-Etienne a invoqué « une atteinte à la vie privée » pour bloquer la publication de ces nouvelles révélations. Le journaliste auteur de l’enquête l’avait au préalable sollicité pour avoir sa position sur des « faits nouveaux ». Selon Edwy Plenel, ces faits « mettent en cause les pratiques du maire de Saint-Étienne, notamment dans le recours à la rumeur comme instrument politique », avec pour cible Laurent Wauquiez, le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes.

« C’est l’hôpital qui se fout de la charité »

« C’est l’hôpital qui se fout de la charité car Gaël Perdriau, qui a utilisé l’atteinte à la vie privée pour se débarrasser d’un de ses adversaires politiques, l’invoque aujourd’hui pour empêcher la parution de propos qu’il a tenus lui-même concernant une personnalité de sa famille politique », réagit André Buffard, l’avocat de Gilles Artigues, pour lequel la démarche est « grotesque ».

« La publication qu’il tente d’empêcher n’est pas une fausse information », poursuit-il en estimant que la « révélation, inévitable in fine » provoquera « des réactions très violentes de la part du milieu politique ». Les avocats de Mediapart « mettent en œuvre tous les recours juridiques possibles pour mettre fin rapidement à cette censure », précise par ailleurs Edwy Plenel.

Pour rappel, l’affaire a débuté en août lorsque le média a publié les confessions de l’ancien compagnon d’un adjoint municipal de droite s’accusant d’avoir piégé Gilles Artigues en le faisant filmer pour le faire chanter dans une chambre d’hôtel avec un escort-boy. Selon ses confessions, cette « barbouzerie » avait été organisée à la demande du maire – lequel a toujours démenti toute implication – et rétribuée via des prestations fictives facturées à des associations culturelles financées par la municipalité.

Le parquet de Lyon a ouvert une enquête judiciaire après une plainte pour chantage de Gilles Artigues. Différents protagonistes de l’affaire, dont le maire, son adjoint et son directeur de cabinet ont été placés en garde à vue puis relâchés, des téléphones et des ordinateurs ont été saisis pour analyse. Les enregistrements très embarrassants publiés par Mediapart ont été faits par Gilles Artigues et ont été versés au dossier, selon les informations de l’AFP.