Changement d’heure : Pourquoi l’heure d’été est-elle la pire pour la santé (surtout pour les couche-tard) ?

C’est elle est notre préférée. Elle marque (enfin) le retour du printemps et des beaux jours. Et annonce dans son sillage les longues soirées d’été. Elle bien sûr, c’est l’heure d’été.
Et comme chaque année, le dernier dimanche de mars, à 2 heures du matin, il sera trois heures. Mais alors que tout le monde s’apprête à savourer cette heure d’ensoleillement supplémentaire, ce changement d’heure, marqué par une heure de sommeil en moins, est-il bon ou mauvais pour nos organismes ? Quelles sont les personnes qui y sont le plus sensibles ?
De multiples effets délétères
Si pour beaucoup, elle booste notre moral, côté santé, l’heure d’été n’est pas forcément notre meilleure alliée. Pourquoi ? « Le passage à l’heure d’été serait plus compliqué à gérer pour l’organisme que le passage à l’heure d’hiver, compte tenu, d’un côté, de la perte d’une heure de sommeil, et de l’autre, du fait que l’horloge biologique devra être avancée d’une heure », rappelle Claude Gronfier, neurobiologiste, chercheur à l’Inserm et président de la Société francophone de chronobiologie.
Mécaniquement, « il va accentuer la dette de sommeil que nous avons tous déjà plus ou moins : depuis cinquante ans, on a perdu 1h30 de sommeil par nuit, complète Armelle Rancillac, chercheuse en neurosciences à l’Inserm, spécialiste du sommeil. Forcément, ce changement d’heure est plus difficile à encaisser en une nuit. Tous les effets du manque de sommeil vont être accentués, surtout ceux qui sont à court terme, avec une augmentation de la somnolence et une baisse de la vigilance, ce qui peut être dangereux, voire mortel si on est au volant. On observe d’ailleurs chaque année lors du passage à l’heure d’été qu’il y a davantage d’accidents liés au manque de sommeil, avec à ce moment-là plus d’accidents de la route et d’infarctus du myocarde ».
Et la liste des effets délétères de ce changement d’heure ne s’arrête pas là. « Cela va aussi fragiliser les défenses immunitaires puisque le sommeil aide à les consolider. Et entraîner des effets sur le métabolisme, que le sommeil aide normalement à réguler, développe la spécialiste du sommeil. Cela peut se traduire par des petits troubles digestifs, mais aussi des problèmes de concentration et de mémorisation, ou encore influer sur l’humeur et l’irritabilité. De récentes études ont ainsi démontré qu’un manque de sommeil diminuait l’empathie ».
Plus dur pour les couche-tard
Et à l’occasion de ce passage à l’heure d’été, certains profils vont être plus vulnérables. « Les petits enfants et les personnes âgées ont plus de risques de ressentir des effets négatifs, indique l’Inserm. Mais c’est aussi le cas des travailleurs de nuit et de tous ceux souffrant d’un trouble du sommeil, qui auront plus de difficultés pour s’adapter au nouvel horaire », précise l’Inserm.
Sans oublier « les adolescents, qui sont naturellement couche-tard, lève-tard, et pour lesquels cette heure de sommeil en moins va accentuer leur jetlag social, souligne Armelle Rancillac. D’ailleurs, le passage à l’heure d’été est particulièrement douloureux pour les personnes ayant un chronotype tardif : les couche-tard lève-tard ».
Pourquoi ? « En moyenne, nos organismes ont tendance à accumuler un retard de 10 à 15 minutes sur notre rythme circadien de 24 heures. Avec une heure de sommeil en moins due au changement d’heure, cela requiert d’avancer son rythme d’une heure, ce qui demande plus d’efforts à notre organisme pour tenter de rattraper son retard », détaille Armelle Rancillac. Or, « les chronotypes les plus tardifs enregistrent une moyenne de 30 minutes de retard sur leur cycle de 24 heures », rapporte l’Inserm. D’où un passage à l’heure d’été plus difficile à surmonter pour ces profils.
Resynchroniser son horloge interne
Et en pratique, « l’adaptation de l’organisme à ce décalage horaire varie d’un individu à l’autre et peut durer de quelques jours à plusieurs mois », rappelle l’Inserm. Même si, pour une large majorité, « l’adaptation se fait en quelques jours, rassure Armelle Rancillac. Quelques petits changements mis en place dans les jours précédents le passage à l’heure d’été peuvent aider à resynchroniser son horloge interne et adoucir les effets du changement d’heure ».
On peut ainsi « tenter d’amortir cette heure de sommeil en moins en essayant de se coucher chaque soir 15 à 20 minutes plus tôt les trois-quatre jours précédant le changement d’heure, préconise la spécialiste du sommeil. Il ne s’agit en revanche pas de mettre son réveil plus tôt, le but ici étant de ne pas amplifier sa dette de sommeil ». Autre astuce : « penser à bien s’hydrater, insiste Armelle Rancillac, pour s’épargner maux de tête et troubles digestifs liés au manque de sommeil. Cela limite l’effet d’ivresse de fatigue ».
Quant au sempiternel débat autour de la suppression du changement d’heure et l’hypothèse d’un passage définitif soit à l’heure d’hiver, soit à l’heure d’été, si 59 % des Françaises et Français plébiscitent largement l’heure d’été, selon la consultation citoyenne organisée en 2019 par l’Assemblée nationale, les scientifiques ne sont pas du tout sur le même fuseau horaire. Alors que le grand public pense avec délice aux longues soirées d’été, « on ne se rend pas compte que si on restait à l’heure d’été toute l’année, le soleil ne se lèverait qu’à 9h40 à Paris au pic de l’hiver, le 21 décembre, rappelle Armelle Rancillac. Et là, l’enthousiasme autour de l’heure d’été ne serait pas le même ! »