Champs-Élysées : On s’est glissé dans les coulisses de la conception des nouvelles illuminations

De notre envoyé spécial à Apt (Alpes-de-Haute-Provence)

Pour les illuminations de Noël des Champs-Elysées, les lutins sont provençaux. Et pour les voir à l’œuvre, il faut se rendre à Apt, à une heure de route au nord d’Aix-en-Provence, en plein Luberon. C’est ici, dans la zone industrielle de la sous-préfecture des Alpes-de-Haute-Provence que l’entreprise Blachère Illumination « réinvente Noël chaque année », explique Julie qui nous guide ce jour.

Des bureaux aux ateliers, la société, leader mondial dans son domaine, emploie près de 150 personnes en France, 400 dans le monde. Et ça grouille sur les lignes de productions en cette période de rush de Noël. A côté des deux imprimantes 3D qui dessinent des panneaux à base de plastique de bouteilles recyclées – dernière innovation en date –, les ferronniers soudent, les ouvriers fixent l’habillage des structures : des guirlandes rouges, vertes, blanches. Des lumineuses aussi, toutes fixées à la main. Ainsi prennent forme ours, danseuses, pères Noël, étoiles et autres flocons. Chaque année, 35.000 pièces de séries et 6.000 uniques sortent de cet atelier. En cette mi-novembre, c’est aussi la valse des camions. « On en charge entre 50 et 60 par jour », détaille le chef logisticien. Ils prennent ensuite la route pour desservir aux communes leurs habits de Noël. « 70 % des villes de plus de 5.000 habitants sont nos clients », se réjouit Johan Hugues, le co-PDG.

« Pour les Champs, c’est sensible et confidentiel »

Et parmi ces clients, le comité des Champs-Elysées qui s’occupe des illuminations de la « plus belle avenue du monde ». Cette année, après quatre années du « Projet rouge », toute la scénographie y a été revue. La nouvelle décoration s’appelle « Sobriance », avec une première technologique : des illuminations dynamiques. « Avant, le scénario était figé. Ça s’allume, ça s’éteint. Maintenant, il y a trois phases. Le scénario 1, le scénario 2 et le scénario 1+2, résume Johan Hugues. C’est une chose que l’on ne pouvait pas faire avant du fait des limites techniques des circuits. Là, toutes les cinq minutes, l’ambiance change. Ce qui fait qu’entre le moment où vous entrez dans un magasin et celui où vous en sortez, c’est une nouvelle ambiance. C’est plus vivant. »

Ce projet qui habille les 400 arbres de l’avenue et de ses contre-allées de 750.000 LED a été développé « en équipe restreinte. Pour les Champs, c’est sensible et confidentiel. Même en interne peu savent finalement ce qui est fait », raconte le co-PDG qui pilote cette équipe de 4-5 personnes en échangeant régulièrement avec leur client. « Ce qui compte sur les Champs, c’est cette perspective. Moi, je les vois comme un diadème, avec au sommet de la couronne l’arc de Triomphe. Le défi, c’est de trouver de nouvelles choses, en respectant les codes des Champs-Elysées, élégance, tradition… » Les LED sont couleurs champagnes. « Sobriance » inclut aussi un impératif de sobriété. Pour y parvenir, la plage horaire des illuminations a été réduite. Elles s’arrêtent à 23h45 au lieu de 2 heures du matin et seront démontées une semaine plus tôt, autour du 10 janvier. « Il faut voir aussi qu’en 25 ans, nous sommes passés de 100.000 à 750.000 points lumineux en divisant la consommation par 40 », a calculé Johan Hugues.

La société réalise 80 % des 100 millions d’euros de son chiffre d’affaires en un mois. « Un modèle économique périlleux, on n’a pas le droit à l’erreur », souligne le chef d’entreprise. La société familiale fondée par Jean-Paul Blachère et co-pilotée par Johan Hugues, son neveu, essaye de s’ouvrir à de nouveaux marchés. « On travaille un peu avec les pays du Golfe pendant le ramadan, il y a aussi le Nouvel an chinois ». Et tout cela se pilote en Provence.