C’est quoi le snus, le tabac à sucer venu du froid et qui déferle sur le marché français ?

Depuis quelques mois, le Snus fait un tabac auprès des jeunes adultes, voire des adolescents. Prenant la forme d’un petit sachet de la taille d’un chewing-gum remplit d’une poudre de tabac humide, cette substance à sucer offre à son consommateur un puissant shoot de nicotine, une molécule très addictive présente habituellement dans les cigarettes. Sur les réseaux sociaux, notamment les plateformes TikTok et Snapchat méga plébiscitées par les jeunes voire les très jeunes, de plus en plus de consommateurs et de vendeurs font même la pub de ce tabac qui ne se fume pas. 20 Minutes fait le point sur le snus qui inonde le marché français, alors que ce produit riche en nicotine y est interdit de vente.

Qu’est-ce que le snus ?

Le snus ressemble à première vue à un vulgaire paquet de chewing-gum. Il est fourni dans des boîtes très colorées, type boîtes de thé. Ces pochons contiennent une poudre de tabac humide, de l’eau, du sel, du carbonate de sodium et des arômes. Ce produit se suce : le sachet est à poser entre la gencive et la lèvre supérieure, là où il va libérer de la nicotine. « Le but étant de produire un jus de tabac », explique l’addictologue et préventologue Stéphanie Ladel contactée par 20 Minutes.

Conçu et commercialisé en Suède, le tabac à sucer est très populaire dans les pays nordiques et en Asie. En Suède, selon Brut, plus d’un million de personnes consommeraient régulièrement cette alternative à la cigarette.

Or, la vente de snus est illégale dans l’Union européenne depuis 1992, à l’exception du Luxembourg et de la Suède. Stockholm a le droit d’en vendre sur son territoire, mais pas d’en exporter. Pourtant en deux trois clics, il est très facile de trouver en ligne un revendeur en France. Une facilité d’accès qui inquiète les spécialistes en addictologie (l’Alliance contre le tabac), notamment en raison de la toxicité du produit.

Pourquoi est-il dangereux de consommer du Snus ?

Comme tous produits à base de tabac, le snus contient de la nicotine. Placer un sachet de snus directement sur la peau fine de la gencive permettrait de décupler l’effet de la nicotine, et de libérer des endorphines de manière plus intense qu’avec une cigarette. « Certes, on ne brûle pas de tabac, mais le taux de nicotine absorbé est très important : une dose consommée durant vingt à trente minutes équivaut à trois cigarettes », affirme Stéphanie Ladel. Une boîte de 20 sachets représente la quantité de nicotine de 60 cigarettes. « Dans ces sachets, on a différents dosages et donc on peut aller de trois milligrammes jusqu’à des dosages de vingt milligrammes de nicotine par sachet. À titre de comparaison, lorsqu’on consomme une cigarette, on a entre un et deux milligrammes de nicotine par cigarette fumée », explique pour sa part Adrien Meunier, infirmier tabacologue au CHR de la Citadelle à Liège à RTL Info.

Cancer de la bouche, de la gorge, du pancréas et globalement du système digestif, lésions bucco-dentaires, déchaussement de la gencive, etc., les consommateurs s’exposent aux mêmes maladies que les fumeurs contrairement à ce qu’ils avancent sur les réseaux sociaux. « Des recherches menées ont confirmé l’existence d’un lien entre la consommation de snus et la survenue d’un AVC ou infarctus », peut-on également lire sur le site Génération Sans Tabac.

« La nicotine irrite la gorge et les bronches et, par la dose présente dans les sachets entraîne rapidement une dépendance », avance l’Alliance contre le tabac. Et d’ajouter : « Le snus peut provoquer des cancers du pancréas dus au passage du tabac dans le système digestif et entraîne des lésions des muqueuses dans la bouche et une rétraction irréversibles des gencives. »

Alors qu’en 2022, un quart (25,1 %) des jeunes de 17 ans fument quotidiennement et que plus de six adolescents sur dix ont déjà fumé, cette utilisation en hausse du tabac à sucer, et la dépendance à la nicotine qui en découle, apparaît également « comme une porte d’entrée à la cigarette », selon les experts.

Et dans des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, des jeunes consommateurs évoquent maux de crâne, migraines, pâleurs, nausées, vomissements ou encore palpitations. « Ce sont des symptômes d’une overdose, d’une intoxication à la nicotine », tranche notre addictologue. D’après Le Parisien, rien que dans l’académie de Créteil (Val-de-Marne), « quatre situations ayant conduit à appeler les urgences » ont été relevées entre fin septembre et mi-octobre.

Pourquoi le snus est-il devenu si populaire auprès des jeunes ?

Selon Stéphanie Ladel, deux mécanismes dopent la consommation de snus. Cherchons d’abord du côté de la sociologique. « Quand on est jeune, naturellement, nous avons envie de faire différemment que les plus vieux. Or, la cigarette peut être associée à quelque chose de ringard. C’est pour ça que les jeunes expérimentent le tabac à sucer, comme pour la consommation de protoxyde d’azote [un gaz hilarant], l’alcool dans les yeux ou encore la puff [une cigarette électronique jetable] », explique l’experte. Cherchons ensuite du côté des… réseaux sociaux. Là, les consommateurs postent fièrement leurs tutos « comment mettre un snus ». Il suffit de taper #snus sur TikTok pour voir déferler des milliers de vidéos faisant massivement la promotion du tabac à sucer. Des vidéos visionnées au total 1,1 milliard de fois, affiche sur son interface Tiktok.

Et sur Snapchat, les revendeurs ne manquent pas d’imagination pour attirer la clientèle. « Le problème, c’est qu’ils reprennent les codes marketing populaires », argumente Stéphanie Ladel. On retrouve ainsi des packagings élaborés avec des goûts frais : menthe fraîche, fraise, vanille, chocolat ou encore melon. Et si les autorités s’inquiètent du nombre grandissant de jeunes se laissant tenter par l’expérience, ces derniers ne sont pas les seuls à essayer le snus. Des sportifs, pour qui tabac ne rime pas avec compèt de haut niveau et qui verrait dans le snus un moyen de doper leur concentration, ont été pris en photo en flagrant délit de « snussage ». Parmi eux, les superstars du foot ultra suivies sur les réseaux sociaux, Zlatan Ibrahimovic, Karim Benzema ou Marcus Thuram.