C’est quoi « Burn after writing », ce livre n°1 des ventes grâce aux réseaux sociaux ?

L’ouvrage, signé d’une inconnue, la Britannique Sharon Jones, est sorti le 4 mars. — Capture d’écran Instagram

Il est en tête du classement des ventes en France, et pourtant très peu de personnes en parlent… Le livre Burn after writing (« A brûler après écriture »), qui s’arrache auprès des lectrices, illustre le fossé entre médias traditionnels et succès viral sur les réseaux sociaux.

L’ouvrage, signé d’une inconnue, la Britannique Sharon Jones, est sorti le 4 mars. Il trône en tête des ventes de livres sur Amazon France, depuis quatre semaines déjà. Il était aussi en tête de la catégorie essais lors de la semaine du 29 mars au 4 avril (et sixième meilleure vente toutes catégories confondues), selon Edistat.

Un questionnaire de Proust géant

Le concept est simple : un questionnaire de Proust géant, multitude d’interrogations plus ou moins profondes, auxquelles on répond en écrivant directement sur les pages, comme dans un journal intime. Depuis « La chose la plus difficile que j’aie jamais réalisée » jusqu’à « Ce qui me fait frissonner de plaisir », en passant par « Le responsable de ma plus grande blessure ».

Et ça marche si fort que l’ouvrage est tombé momentanément en rupture de stock. Amazon évoque un délai d’une à deux semaines pour le recevoir. L’éditeur, Contre-Dires (groupe Guy Trédaniel), n’avait pas complètement anticipé ce succès : en un mois il a vendu tout son stock initial de 120.000 exemplaires.

Le livre fétiche d’une influenceuse TikTok

Sorti en 2014 en Grande-Bretagne, puis en 2015 aux Etats-Unis, ce titre « n’a pas eu beaucoup de succès au départ. Mais fin 2019, il a été relancé : c’était le livre fétiche d’une influenceuse sur TikTok dont j’ai oublié le nom », explique l’éditeur Frédéric Trédaniel. Le livre devient alors un best-seller aux Etats-Unis.

« Je l’ai repéré grâce aux meilleures ventes d’Amazon.com. Donc j’ai contacté l’éditeur américain, qui n’avait pas les droits mondiaux, et qui m’a renvoyé vers l’éditeur britannique. Ici en France, il a aussi marché grâce à TikTok au départ, mais c’est surtout Instagram qui a pris le relais et qui fait vendre des livres », rapporte Frédéric Trédaniel.

Un livre très peu médiatisé

Le lecteur typique est une femme d’entre 20 et 35 ans, hyperconnectée, qui saisit là l’occasion de prendre un peu de recul sur son existence, explique l’éditeur. « C’est un livre paradoxal, avec ce pied de nez aux réseaux sociaux où on a tendance à tout surjouer. Le livre demande d’être honnête. Et si on n’y arrive pas la première fois, peut-être qu’on peut l’acheter une deuxième fois ! »

Malgré le succès, l’auteure du livre Sharon Jones, n’a rien d’une star. Celle que son éditeur présente comme « une graphiste du nord de l’Angleterre » a assuré une présence médiatique et publicitaire minimale, s’effaçant complètement derrière son livre. Tout juste trouve-t-on une interview de 2015, sur le site Internet PsychCentral. Elle y raconte que l’idée « est venue des discussions avec [sa] fille adolescente sur les choses auxquelles nous accordions de l’importance toutes les deux ».

En France non plus, le livre n’a pas retenu l’attention des médias traditionnels : seule la radio France Culture lui a consacré fin mars deux minutes d’antenne, parlant de « livre de développement personnel un peu spécial » car « il n’y a rien à y lire ».

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