César 2020 : Des avocates viennent à la rescousse de Roman Polanski dans une tribune

Lors de la manifestation féministe devant la cérémonie des César, le 28 février à Paris. — LUCAS BARIOULET / AFP

Plus d’une centaine d’avocates pénalistes soulignent les principes de « prescription et respect de la présomption d’innocence » qualifiés de « seuls remparts efficaces » contre l’arbitraire, dans une tribune publiée dimanche sur le site du Monde, une semaine après la cérémonie des César marquée par la polémique Polanski. « On se pique d’avoir à le rappeler, mais aucune accusation n’est jamais la preuve de rien : il suffirait sinon d’asséner sa seule vérité pour prouver et condamner » écrivent ces 114 « femmes, avocates et pénalistes », « viscéralement attachées aux principes qui fondent notre droit » et « confrontées chaque jour à la douleur des victimes mais aussi, et tout autant, à la violence de l’accusation ».

Polanski, récompensé par le César de la meilleure réalisation dimanche dernier pour son film J’accuse, a été visé par plusieurs accusations de viols et agressions sexuelles ces dernières années pour des faits remontant à plusieurs décennies. La dernière accusation, en décembre, émane de l’ex-mannequin française Valentine Monnier, qui n’a pas déposé plainte pour les faits qu’elle dénonce, prescrits.

Polanski est toujours poursuivi

Aux Etats-Unis, il est toujours poursuivi par la justice pour relations sexuelles illégales en 1977 avec une mineure, Samantha Geimer. Dans affaire, il a même fini par plaider coupable. Depuis une semaine, le milieu du cinéma français se déchire entre défenseurs de Polanski, qui critiquent la violence à son égard, et partisans de l’actrice Adèle Haenel, qui avait quitté la salle en signe de protestation au moment où le prix a été attribué au réalisateur.

« Il est urgent de cesser de considérer la prescription et le respect de la présomption d’innocence comme des instruments d’impunité : en réalité, ils constituent les seuls remparts efficaces contre un arbitraire dont chacun peut, en ces temps délétères, être à tout moment la victime », estiment les avocates qui dénoncent le « tribunal de l’opinion publique ». Pour elles, « il est faux d’affirmer que l’ordre judiciaire ferait montre aujourd’hui de violence systémique à l’endroit des femmes ou qu’il ne prendrait pas suffisamment en considération leur parole ».

« Nous constatons au contraire, quelle que soit notre place à l’audience, qu’une inquiétante et redoutable présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles. Ainsi devient-il de plus en plus difficile de faire respecter le principe, pourtant fondamental, selon lequel le doute doit obstinément profiter à l’accusé » ajoutent-elles. D’après les statistitiques en France seuls 22 % des viols déclarés font l’objet d’une plainte. Sur ceux là, 10 % vont jusqu’au procès.

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