« Ces maires en première ligne face aux inondations ne dorment pas bien »
Teddy Régnier, maire de Châteaubourg (Ille-et-Vilaine), consulte le site Vigicrues pour anticiper les débordements de la Vilaine, qu’il connaît bien puisqu’elle a plusieurs fois inondé sa commune. En janvier 2025, des inondations avaient touché le village de Pont-Réan, entraînant la submersion de 150 maisons et commerces.
Chacun a son rituel avant de se coucher. Cependant, lors des périodes d’inondations, tous les maires concernés par le risque de débordement de leurs rivières adoptent un même réflexe. « Je consulte le site Vigicrues. Cela m’aide à anticiper ce qui m’attend », explique Teddy Régnier, maire de Châteaubourg (Ille-et-Vilaine), qui connaît bien les caprices de la Vilaine qui traverse sa commune et a causé plusieurs inondations par le passé. Il reste donc attentif. « Quand la situation est tendue, il m’arrive souvent de me réveiller au milieu de la nuit pour faire une nouvelle vérification. Nous avons la chance de disposer de ces outils aujourd’hui. Ils nous permettent d’anticiper et de savoir quoi faire », précise-t-il.
Cette année, la situation à Châteaubourg n’est pas critique, bien que la vigilance orange soit maintenue dans trois départements bretons. Néanmoins, Teddy Régnier se souvient encore de janvier 2025, lorsque la rivière avait débordé à plusieurs reprises. « Nous avons connu une montée des eaux soudaine. En une nuit, le niveau avait augmenté de 40 centimètres. Cela a surpris de nombreux riverains », rappelle Philippe Salmon.
Il y a un an, le maire de Bruz a dû faire face à cette montée des eaux qui a submergé 150 maisons et commerces à Pont-Réan. « C’était comme si la vie s’était arrêtée. Pendant quinze jours, nous n’avons fait que ça. Avec les élus, nous avions mis tous les autres dossiers de côté, essayant d’être le plus présents possible pour les habitants. Ces moments sont difficiles, car certaines personnes perdent tout. Ils ressentent de la colère et aussi de l’impuissance, ce qui est légitime », témoigne le maire. Lui et ses adjoints ont passé un temps considérable à gérer la crise, jour et nuit. « Il est certain qu’on ne se couche pas tranquilles dans de telles circonstances. Cela crée de l’angoisse », confie l’élu de Bruz.
Face à la nature, un devoir d’humilité
À force de voir leurs rivières déborder, certains maires ont néanmoins appris à garder leur calme. Michaël Quernez, conseiller municipal depuis 2001 devenu maire de Quimperlé en 2014 après de graves inondations, déclare : « Depuis mercredi, je n’ai pris qu’une heure pour faire autre chose que de gérer les crues. Mais c’est la responsabilité d’un maire. Nous avons beaucoup travaillé pour nous préparer ». L’élu admet également qu’il suit de près les prévisions météo jour et nuit. « Notre priorité doit être la protection des populations. Nous sommes confrontés à la nature, ce qui nous oblige à faire preuve d’humilité », souligne Michaël Quernez.
Sébastien Guéret a découvert cette force de la nature il y a un peu plus d’un an. En janvier 2025, le jeune maire de Noyal-Châtillon-sur-Seiche avait pris part à son « premier PCS », c’est-à-dire un plan communal de sauvegarde. Ce dispositif, souvent testé, permet aux communes de prévoir les risques et de gérer les crises. « Nous étions prêts, nous avions eu les bons réflexes. Mais il faut reconnaître qu’il y a toujours une part d’improvisation. Le stress venait de l’incertitude sur la quantité d’eau qui allait tomber. En vingt-quatre heures, nos deux parcs avaient été inondés. Nous ne savions pas si l’eau allait encore monter », raconte-t-il. Cela s’est effectivement produit, submergeant plusieurs dizaines de maisons dans cette commune située au sud de Rennes. Un débordement qui se produit en quelques minutes, mais qui laisse des séquelles pendant des mois dans les logements souillés par la boue.
Se réveiller en pleine nuit pour vérifier
Face à la montée progressive de la Seiche et aux pluies à prévoir, Sébastien Guéret a réinstauré sa « routine spéciale crue ». Chaque soir, il fait le tour de « trois ou quatre points connus » pour évaluer la hauteur de l’eau. « Quand la situation est tendue, il m’arrive souvent de me réveiller en pleine nuit pour revérifier », raconte l’élu. Il consulte Vigicrues, comme ses homologues, mais se rend aussi au bas de son jardin pour observer la rivière. « Je me réveille souvent à 4 heures pour voir. Je sais alors si je peux me rendormir », témoigne Sébastien Guéret.
Au-delà des dégâts matériels, les maires doivent également garantir la sécurité de leurs concitoyens en fermant des routes ou en interdisant l’accès aux berges. « Mais il y a toujours la peur que quelqu’un passe les barrières », confie le maire de Bruz. L’année dernière, un automobiliste avait tenté de franchir le pont sur la Vilaine, bien qu’il fût fermé. Sa voiture était restée coincée au milieu. Heureusement, il a pu sortir à pied. « Ce genre de drame reste dans les esprits, c’est évident. On ne se couche pas serein et on dort mal », affirme Philippe Salmon.
Au cours de ces épreuves partagées avec leurs administrés, les maires contactés ont tous noté un aspect commun. En période de crise, les habitants font preuve d’une véritable solidarité pour s’entraider.

