France

Cercles de Lune et utérus magique : le féminin sacré en danger.

En France, il existe une variété de stages consacrés au « féminin sacré », confirmée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) dans son rapport d’activité 2022-2024. Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victime de sectes (Unafdi), a déclaré : « Nous avons régulièrement des signalements sur le féminin sacré, c’est en recrudescence ».

Imaginez des femmes dansant pieds nus dans l’herbe, enchevêtrées dans un même fil de laine, lors d’un rituel païen. Ce n’est pas une performance de danse contemporaine, mais une scène authentique, filmée pendant un stage de « féminin sacré initiatique », en Ardèche. De Maine-et-Loire à la Côte d’Azur, en passant par la région parisienne, la France offre une multitude de stages – parfois désignés comme « cycles » en référence aux menstruations – dédiés au « féminin sacré ».

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) exprime des préoccupations dans son rapport d’activité 2022-2024 concernant le « retour du corps sacré ». « Nous recevons régulièrement des signalements relatifs au féminin sacré, c’est en forte augmentation », confirme Pascale Duval, porte-parole de l’Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu victime de sectes (Unafdi). Si des stages de masculin sacré existent, leur équivalent féminin est indéniablement plus majorité.

De nombreuses femmes cherchent un soutien, une sororité, dans les pratiques liées au féminin sacré.
De nombreuses femmes cherchent un soutien, une sororité, dans les pratiques liées au féminin sacré.  - Canva

« Il existe une représentation sociale très ancrée selon laquelle la femme est un être spirituel », explique Damien Karbovnik, historien et sociologue des religions et auteur du livre Le développement personnel : nouvel opium du peuple ? (Ed. Les Equateurs). La participation à ces stages aurait pour effet de permettre aux femmes « d’embrasser leur puissance » et de se « reconnecter à leur ventre », du moins d’après celles qui en ont tiré profit.

Une sororité qui pratique le « love bombing »

À une époque marquée par le mouvement MeToo et l’essor du masculinisme, un grand nombre de femmes recherchent une communauté féminine dans laquelle elles se sentent en sécurité. Comme Ella, qui a pris part à cinq cercles de Lune – des cérémonies axées sur les cycles menstruels et la spiritualité féminine. La jeune femme de 32 ans admet : « Je cherchais probablement à me lier à d’autres femmes. »

Les « chamanes » qui organisent ces séances s’appuient sur des promesses de sororité pour séduire des adhérentes. Ces rassemblements sont conçus pour donner aux participantes la sensation d’« entrer en communion » avec le groupe. Une méthode bien connue des dérives sectaires, selon Pascale Duval. « De nombreux mouvements utilisent la technique du « love bombing » ou bain d’amour. Dans une société où l’on ressent moins cette bienveillance, cette méthode peut rapidement devenir addictive et mener à l’emprise. »

« Un reflet du masculinisme »

En soulignant la sororité et « l’énergie divine féminine », les défenseurs du féminin sacré entretiennent une confusion sémantique avec le mouvement féministe. « Ces femmes pensent au départ s’engager dans une forme de féminisme, mais en quoi concentrer tout sur l’utérus peut-il être considéré comme féministe ? », s’interroge Pascale Duval. De nombreux sites dédiés au féminin sacré mettent effectivement l’accent sur cet organe « centre d’énergie » et lieu d’une « puissance intérieure ». L’énergie « utérine » pourrait être éveillée par le biais d’une guidance – moyennant finance, bien entendu. Cette essentialisation est souvent critiquée à l’égard du féminin sacré, tant elle s’avère excluante, notamment pour les femmes transgenres ou celles ayant subi une hystérectomie (ablation de l’utérus).

« Le féminin sacré est un miroir du masculinisme. Deux radicalisations qui se répondent. Même si le masculinisme est de loin plus violent et dangereux dans les actions, les partisans du féminin sacré nous font reculer en tant que femmes », assène Pascale Duval. C’est d’ailleurs ce qui a conduit Ella à se distancier du mouvement. « Un jour, lors d’un cercle de Lune, l’organisatrice a dit qu’elle avait quitté son emploi, traditionnellement masculin, pour se consacrer à sa féminité et être plus fidèle à elle-même et à sa condition de femme », se remémore-t-elle.

« En tant que femme évoluant dans un domaine scientifique et technologique, je n’ai pas apprécié qu’elle désigne ma carrière comme masculine et la sienne, dans le yoga et la vente de cristaux, comme féminine. Ou qu’elle incite les participantes à se tourner vers des métiers plus « adaptés » à leur condition de femme. » Aujourd’hui, la trentenaire ne participe plus à ces événements. Bien qu’elle confirme n’avoir jamais rencontré de « véritable dérive sectaire », l’idée que les femmes « devraient être x, y ou z [la] dérange ». Il est effectivement difficile de parler d’émancipation des femmes lorsque les cases sont aussi restrictives.