« Ce deuxième séjour à bord de l’ISS sera plus difficile que le premier », confie Thomas Pesquet à trois jours du départ

Thomas Pesquet à l’entrainement, le 19 juin 2020, au Neutral Buoyancy Laboratory (NBL) à Houston (Texas). — BILL STAFFORD / NASA / AFP
  • Thomas Pesquet repartira jeudi dans la Station spatiale internationale, pour six mois.
  • Sa mission, nom de code Alpha, visera à contribuer à une centaine d’expériences scientifiques internationales. L’astronaute prendra aussi les commandes de l’ISS pendant plusieurs semaines, vers la fin de sa mission.
  • A trois jours du départ et avant une ultime répétition du décollage mercredi, Thomas Pesquet s’est confié lors d’une conférence de presse depuis la Floride.

Paré au décollage. Souriant et calme, Thomas Pesquet s’est présenté devant les journalistes, ce lundi après-midi, pour une ultime conférence de presse avant le grand décollage prévu ce jeudi, peu après midi, depuis Cap Canaveral, en Floride.

L’astronaute français, devenue une rock star en France depuis son premier séjour à bord de la Station spatiale internationale (ISS), entre novembre 2016 et juin 2017, retourne ce jeudi dans l’Espace. Direction toujours l’ISS, laboratoire en apesanteur à 400 km au-dessus de la Terre, qu’il rejoindra pour six mois avec trois coéquipiers : deux Américains et un Japonais.

Décollage cette fois-ci à bord du Crew Dragon de Space X

Cette mission Alpha – son nom de code – présente tout de même une nouveauté pour son lancement. Thomas Pesquet ne décollera pas à bord d’un lanceur russe Soyouz, comme pour sa première mission, mais avec le vaisseau Crew Dragon 2 de Space X. Le Français sera ainsi le premier Européen à voyager à bord d’une capsule de l’entreprise du milliardaire Elon Musk. L’équipage y restera 23 heures avant d’atteindre l’ISS.

Un changement de taille ? « Le public ne s’en rendait peut-être pas compte, mais le Soyouz comprend deux volumes : le poste de pilotage, que l’on voit toujours dans les photos prises des décollages, et un volume d’habitation juste au-dessus, où l’on peut manger, dormir… , répond l’astronaute français. Le Crew Dragon, lui, n’en a qu’un. Mais ça ne change pas grand-chose au final, cet unique volume étant plus spacieux. » Et question pilotage, la capsule de Space X « est plus moderne, plus automatisée, avec des modules de représentations d’informations pour l’équipage super confortables… », reprend le Français.

Une répétition générale a eu lieu dimanche, une dernière aura lieu ce mercredi. « La fusée est prête, le vaisseau spatial aussi…, assure ce lundi Thomas Pesquet. Et l’équipage est heureux et en grande forme […] Tout est bien pour qu’on puisse profiter de nos derniers jours sur Terre avant de quitter la planète pour six mois. »

Un deuxième séjour plus difficile que le premier ?

Un séjour qu’il appréhende ? Thomas Pesquet semble en tout cas serein sur la partie décollage. « Je pense que le deuxième séjour sera plus difficile que le premier, répond-il. Physiquement, peut-être pas, parce que j’ai l’impression d’être dans la meilleure forme de ma vie en ce moment, même si je suis un peu plus vieux de quelques années. » Par contre, mentalement, Thomas Pesquet s’attend à ce que ce soit plus difficile. « Pour un premier voyage, on part à l’aventure, on sait que ça va être difficile parce qu’on vous l’a dit et qu’on l’imagine, raconte-t-il. Mais on ne sait pas à quel point, qu’est-ce qui exactement va être difficile et quand. La deuxième fois, si. »

La pandémie de Covid-19 n’a pas aidé non plus. « Elle n’a pas rendu la préparation facile, puisque nous nous sommes retrouvés isolés dès les entrainements, raconte Thomas Pesquet. On se prépare à quitter nos proches pour six mois mais malheureusement, cela fait déjà presqu’un an qu’on est en isolement. Ce n’est pas génial. Comme tout le monde, j’aurais aimé plus de liberté dans l’année qui vient de s’écouler. Mais évidemment, quand on va dans l’Espace, on ne peut pas se plaindre. »

Commandant de l’ISS pendant trois mois

D’autant plus qu’à bord de l’ISS, Thomas Pesquet n’aura pas le temps de s’ennuyer. Plus d’une centaine d’expériences scientifiques l’attendent à bord de l’ISS. « Une qui me plaît beaucoup, c’est une expérience sur des « mini-cerveaux ». L’environnement spatial, c’est comme un modèle accéléré du vieillissement, merveilleusement réversible, donc on va essayer de regarder ses effets sur le cerveau, en assemblant des cellules dans des boîtes de Petri », racontait-il à l’AFP le 16 mars dernier.

Quatre sorties « extra-véhiculaires » sont en outre programmées, dont la plus importante consistera en l’installation de nouveaux panneaux solaires, « des énormes tubes de 350 kilos ». Surtout, Thomas Pesquet prendra le commandement de l’ISS pendant plusieurs semaines, vers la fin de sa mission. Il sera ainsi le premier Français à commander la Station spatiale internationale en même temps qu’il deviendra, à l’issue de ce second voyage, le Français ayant passé le plus de temps dans l’Espace.

La photographie pour occuper le temps libre ?

Voilà pour l’emploi du temps officiel. Il restera à Thomas Pesquet à occuper ses dimanches et soirées. Pourquoi pas en ressortant son appareil photo, lui qui avait pris de si nombreux et jolis clichés de la Terre lors de son premier passage à bord de l’ISS. Ce lundi, en tout cas, l’astronaute français a reçu une première commande de la part des collégiens de Chamalières, dans le Puy-de-Dôme et relayée par la rédactrice en chef de la revue Espace & Exploration : celle de photographier la Chaîne des Puys que forment les volcans d’Auvergne et classée au patrimoine mondial de l’Unesco. « On va essayer », a promis Thomas Pesquet, en espérant que la station passe au-dessus du Puy-de-Dôme lors d’un de ses temps de repos. « Et qu’il fasse alors beau ».

Dans les assiettes des astronautes ? Du Thierry Marx !

Pour rendre ces six mois à bord de l’ISS agréable, il faut aussi soigner la nourriture. De ce coté là, Thomas Pesquet et ses équipiers seront bien soignés… « A chaque mission européenne, il est fait en sorte d’amener de la nourriture nationale provenant des pays des astronautes concernés par la mission », explique Thomas Pesquet.

Pour cette mission Alpha, la gastronomie française sera donc mise à l’honneur. « Pour ma première mission, on avait fait appel à Thierry Marx qui m’avait concocté trois plats, reprend l’astronaute français. Il a récidivé pour cette nouvelle mission avec trois nouveaux plats. Et nous avons demandé également à la Servair – le traiteur d’Air France et de nombreuses autres compagnies aériennes- d’en préparer trois autres encore. » Au menu alors ? « Du bœuf bourguignon, une tarte amandine aux poires, des crêpes suzette, un risotto d’épeautre… », liste Thomas Pesquet.

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