Castres-Montpellier : La révolution Saint-André au MHR, passé de moribond à finaliste du Top 14

3 janvier 2021. Montpellier se retrouve dans les limbes du Top 14. Après un an et demi à la tête de l’équipe première, Xavier Garbajosa est remplacé. « Le costume était trop grand pour lui. Il n’était pas prêt », estime le président du MHR, Mohed Altrad. Un an et demi plus tard, l’évolution est spectaculaire. Montpellier est redevenu un grand du Top 14, toujours en quête de son premier bouclier de Brennus, mais qualifié pour la huitième fois en onze ans en phases finales.

Pas de quoi usurper le statut de favori. « On n’est pas favoris, on le sait. On joue une équipe qui a l’habitude de faire des finales », tempère Philippe Saint-André, l’artisan de ce renouveau. Et de les gagner puisque le CO en a raflé cinq sur les sept de son histoire. Mais sur ce qu’ils montrent l’équipe depuis un an et demi, les Héraultais ont les moyens de rivaliser. « Notre groupe atypique, avec des grands anciens, des joueurs qui ont été en échec dans certains clubs et qui reviennent. Il y a des histoires d’hommes, du talent aussi », reprend l’entraîneur du MHR.

« On nous appelait la franchise sud-africaine. Ça a bien changé »

C’est l’une des grandes différences entre ce Montpellier et ses prédécesseurs. « On nous appelait la franchise sud-africaine il y a quelques années. Tout ça a bien changé », rappelle Mohed Altrad. Avec des jeunes espoirs français, des joueurs recrutés en Pro D2 et toujours quelques stars pour encadrer cette équipe, le cap est radicalement différent.

« Il n’y a plus ces groupes qui vivaient un peu les uns à côté des autres », explique Sébastien Kuzbik. L’ancien ailier de Bordeaux-Bègles, Clermont et du MHR, dont il a porté le maillot plus d’une centaine de fois, est resté proche de nombreux joueurs. « C’est l’une des explications de cette réussite. Il y a toujours des affinités, c’est normal, mais il me semble que le groupe est beaucoup plus soudé qu’il ne l’était par le passé. Le rôle des anciens en dehors du terrain, comme Fufu |Ouedraogo] ou Benoît Paillaugue y est pour beaucoup. Mais le staff l’a favorisé, y compris dans ses choix : il y a de la concurrence partout et plus de places privilégiées. » A l’image du poste d’ouvreur où le jeune italien de 22 ans Paolo Garbisi sera une nouvelle fois titularisé contre le CO à la place du champion du monde sudaf Handré Pollard.

« Beaucoup de place laissée à ses adjoints »

Un groupe, un club. C’est l’une des autres réussites de l’ancien sélectionneur de l’équipe de France, qui a poursuivi la direction prise par Xavier Garbajosa : « Du centre de formation à l’équipe première, il y a une ligne directrice, explique le codirecteur du centre Joan Caudullo, avec Anthony Floch. On travaille avec les mêmes systèmes de jeu, les mêmes annonces, jusqu’aux annonces en touche. Les relances, les façons de jouer sont les mêmes. La matrice, le socle est identique. Quand un joueur arrive en équipe première, il a déjà gagné beaucoup de temps ». Les espoirs sont complètement intégrés au fonctionnement de l’équipe une. Jusqu’aux entraînements. Dans la semaine, Philippe Saint-André et son staff leur ont par exemple demandé de produire les mêmes lancements de jeu que le CO pour mieux les contrer.

« Je trouve Philippe très humain, très ouvert, reprend Joan Caudullo. Il peut être à la fois sérieux et exigeant mais lâcher un peu pour que les choses se passent bien. Mais sa plus grande force, c’est de mettre les personnes au bon endroit. » Arrivé en tant que directeur rugby, Philippe Saint-André a gardé de la distance avec le terrain et offre beaucoup de responsabilités à ses adjoints, notamment Jean-Baptiste Elissalde et Z, alias Olivier Azam. Confirmation de Mohed Altrad : « Il a amené un staff dont les membres s’entendent très bien entre eux et qui sont très compétents. A l’image de l’ancien arbitre international Alexandre Ruiz. Nous sommes l’une des équipes les moins sanctionnées du Top 14 et ce n’est pas sans raison ».

A Montpellier, PSA a retrouvé le plaisir d’entraîner. Et de gagner, lui que le monde du rugby avait mis au ban, après son échec avec les Bleus et une humiliation en quart de finale de Coupe du monde contre les Blacks (62-13). « C’est la première fois où je me sens totalement en confiance avec un entraîneur », évoque Mohed Altrad. Une image de vainqueur façonnée en Angleterre, à Gloucester et Sale, avant d’être écornée avec le XV de France. Sa renaissance deviendra éclatante si le MHR soulève son premier Brennus ce vendredi soir.