Canicule : Adieu costard, bonjour short… Le dresscode au bureau peut-il s’assouplir avec les vagues de chaleur ?

« Demain, dès la canicule, à l’heure où rougit la campagne,
Je me vêtirais, car le travail m’attend.
Adieu cravate, adieu costard digne du bagne,
Je ne puis être habillé ainsi par ce temps »

Ça ne vous aura pas échappé, cette semaine, il fait chaud. Mais genre très chauuuuud. Dit plus scientifiquement, la France connaît une plume de chaleur très précoce, avec plusieurs pics à plus de 35 °C ce jeudi. C’est donc parti pour se faire rôtir par le soleil façon cuisson d’escalope. Et calice jusqu’à la lie : le tout en travaillant ! Car en plus de se multiplier et de devenir de plus en plus fréquentes, les vagues de chaleur sont de plus en plus précoces en France. Loin des mois de juillet et août, où une bonne partie des Français sont en vacances et peuvent compter sur la fraîcheur de la plage et des mojitos, le thermomètre grimpe désormais dans un pays au boulot.

Avec ces températures qui s’affolent, n’est-il pas temps d’adapter un peu plus le monde de l’entreprise et son dress code parfois impitoyable ? Va-t-on être encore devoir porter des costumes au bureau alors qu’on pourrait faire cuire un œuf au plat sur le bitume ? La révolution vestimentaire n’a certes pas attendu la chaleur pour démarrer. D’après une étude menée en 2021 par IWG, cabinet spécialisé dans les espaces de travail flexibles, 59 % des sondés déclarent que l’époque des tenues formelles était révolue, 55 % affirment mieux travailler lorsqu’ils s’habillent comme ils le souhaitent, et 64 % des salariés souhaitent aujourd’hui opter pour des vêtements confortables au bureau. Alors avec ces canicules à répétition, voici peut-être l’occasion d’enfoncer définitivement le clou et de se libérer de tout carcan. Partisans des shorts, des débardeurs, des pantacourts, des sandales, des t-shirts à manches courtes et des tongs, fans des épaules dénudés et des mollets saillants, notre heure est-elle enfin venue ?

Tenues libres, mais pas trop

Petit rappel législatif avec Anne-Lise Castell, juriste aux Editions Tissot et spécialiste du
droit du travail : de base, au bureau, vous êtes libre de vous vêtir comme vous le souhaitez. Deux exceptions demeurent : l’employeur peut imposer une tenue de travail pour des raisons d’hygiène ou de sécurité, comme des blouses à l’hôpital ou les équipements de chantier. Dans ce cas-là, c’est l’inverse de l’effet espéré dans ce papier, à savoir que « l’employeur doit veiller à ce que les salariés portent la tenue adaptée et ne troquent pas leurs équipements de protection individuelle – chaussures de sécurité, casques, vêtements de protection – contre des tongs, shorts, chapeaux ou casquettes », atteste la juriste.

Second cas, l’employeur peut imposer une tenue pour faire valoir l’image de l’entreprise. « S’il paraît justifié d’imposer des règles vestimentaires – voire un uniforme – aux salariés en contact avec la clientèle ou aux commerciaux, le débat est beaucoup moins tranché pour les salariés qui travaillent dans des bureaux et ne rencontrent pas de clients », poursuit Anne-Lise Castell. A ce premier flou s’ajoute un deuxième. Si techniquement, la tenue est libre, « une tenue décente peut être exigée, par exemple pas de maillot de bain », précise la juriste. Alors certes, on ne comptait pas aller au travail comme à la piscine, préférant garder nos tenues caleçon-pyjama pour les joies du télétravail. Mais pour peu que notre employeur trouve que les bermudas ou les manches courtes ne sont pas franchement décents, nous voilà à nouveau en train de transpirer.

Adaptation

C’est là que les fréquences des épisodes caniculaires pourraient changer la donne. Non pas que le gouvernement va rendre obligatoire les shortys en entreprise, comme jadis le port du masque. « L’employeur est maître de l’organisation de son entreprise, on ne peut pas lui imposer un code vestimentaire », rappelle Sandra Gallissote, ancienne avocate en droit du travail et désormais spécialiste de justice en gestion sociale et médiatrice du travail pour la région Paca. Dans le Code du travail, « il n’existe aucune température précisée selon laquelle l’entreprise doit s’adapter ».

Mais ne pleurez pas trop vite en enfilant votre jean bien chaud et votre veste, car « il y a obligation générale de l’employeur en termes de sécurité. Il doit évaluer les risques et prendre les mesures d’accompagnement qui s’imposent », précise l’avocate. Et pas besoin d’avoir obtenu un doctorat en médecine pour savoir que les fortes chaleurs comprennent des risques. Dans ce cas précis, « le dress code peut être amené à être assoupli, afin de préserver la santé des employés » confirme l’experte. Au-delà de 33 °C, l’Institut national de recherche et de sécurité estime que le travail présente des dangers pour les salariés, indique Anne-Lise Castell. Généralement, les adaptations concernent plus les horaires et les temps de pauses.

Ne désespérez pas non plus si votre employeur ne vous accorde pas le droit de montrer vos mollets dès ce jeudi. « Dans le cadre d’une alerte rouge canicule, l’entreprise doit réévaluer les risques tous les jours », note Sandra Gallissote. Vous pourrez donc retenter vendredi, ou lors des épisodes de canicule à venir. Selon Météo-France, ils devraient doubler d’ici à 2050. De quoi laisser le temps à votre forcing vestimentaire de passer.