France

Cancer : « Nous pouvons soulager la douleur dans plus de 90 % des cas »

Le professeur Claude Linassier, directeur du pôle prévention, organisation et parcours de soins à l’Institut national du cancer, témoigne que « la sédation de la douleur est un droit fondamental » et qu’il existe des solutions pour soulager la douleur dans plus de 90 % des cas. Selon la Ligue contre le cancer, 60 % des patients souffrant de ces maladies vont être confrontés à des douleurs, dont deux patients sur trois ressentent une intensité égale ou supérieure à 5 sur l’échelle EVA, qui mesure l’intensité de la douleur de 0 à 10.

« Lorsqu’un cancer est annoncé, la première pensée qui vient à l’esprit est souvent « cancer égale douleur et mort » », déclare le professeur Claude Linassier, directeur du pôle prévention, organisation et parcours de soins à l’Institut national du cancer. Cependant, bien que la douleur soit courante à un stade avancé de la maladie, elle ne doit pas être considérée comme un synonyme de cancer. « Il est essentiel d’en parler, de la démystifier, car traiter la douleur est aussi crucial que le traitement spécifique du cancer », souligne le médecin.

Au lendemain de la journée mondiale de lutte contre le cancer, 20 Minutes se penche sur la douleur, car 60 % des patients atteints de ces maladies vont y être confrontés, selon la Ligue contre le cancer. Cette douleur fait peur, puisque deux patients sur trois subissent des douleurs évaluées à 5 ou plus sur l’échelle EVA, qui mesure l’intensité de la douleur de 0 à 10.

« La sédation de la douleur est un droit fondamental »

Bien qu’elles ne soient pas systématiques, ces douleurs peuvent être causées par la tumeur elle-même, par les traitements contre le cancer ou par les soins et examens médicaux nécessaires au diagnostic et au suivi de la maladie, précise l’Institut national du cancer. Même pour les cancers considérés comme les plus douloureux, tels que ceux des os, du pancréas, de la tête et du cou, du foie, ou le cancer du sein avancé, des solutions existent. « La sédation de la douleur est un droit fondamental, affirme le professeur Linassier. La bonne nouvelle, c’est que nous avons les moyens de la soulager dans plus de 90 % des cas ». En ce qui concerne les 10 % restants, le médecin évoque des « situations parfois très douloureuses de fin de vie qui peuvent nécessiter l’augmentation des doses d’antalgiques, au risque d’altérer la conscience. En réalité, le traitement de la douleur n’est jamais impossible. »

La prise en charge de la douleur est multidisciplinaire, bien que « le premier traitement de la douleur consiste à traiter la cause », rappelle Claude Linassier. La chirurgie, la radiothérapie ou la chimiothérapie réduisent la douleur en s’attaquant à la tumeur ou à ses métastases. Un soutien psychologique est également essentiel, « car l’angoisse est un facteur aggravant important », selon le médecin. Ce soutien est proposé dans le cadre des soins de support, qui font partie intégrante du traitement.

Plusieurs types de médicaments pour soulager les différentes douleurs

Dans l’approche médicamenteuse, les antalgiques sont les médicaments les plus couramment utilisés, agissant sur le système nerveux pour bloquer les signaux de douleur. Les médicaments varient du paracétamol pour les douleurs légères à la morphine et ses dérivés pour les douleurs les plus intenses, pouvant être administrés par voie orale, en patch transdermique ou par intraveineuse.

S’ajoutent à cela des médicaments co-antalgiques, qui renforcent ou complètent l’efficacité des antalgiques. Certains antidépresseurs et antiépileptiques peuvent être employés pour traiter les douleurs d’origine neuropathique. Les traitements sont, là encore, adaptés individuellement afin de minimiser les effets secondaires pour les patients, tels que la somnolence ou la constipation.

Des progrès sur plusieurs fronts

Peut-on encore améliorer le traitement de la douleur ? La recherche avance sur plusieurs fronts, avec de nouveaux médicaments non opioïdes, des techniques interventionnelles ciblant les nerfs, des approches de radiothérapie de précision et des outils numériques pour personnaliser le suivi de la douleur. Le médecin Claude Linassier souligne l’introduction de nouveaux médicaments, comme des patchs traitant des douleurs neuropathiques périphériques, ou le sufentanil sublingual, un analgésique utilisé en milieu hospitalier, qui est sept à dix fois plus puissant que le fentanyl chez l’homme.

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Concernant le cannabis médical, utilisé dans des pays pionniers comme le Canada ou les Pays-Bas depuis plus de vingt ans, « son utilisation très encadrée est possible dans les centres de traitement de la douleur », précise l’oncologue. Depuis le premier Plan cancer de 2003, « de nombreux progrès ont été réalisés dans la gestion de la douleur », estime le professeur Claude Linassier, qui met en avant la large palette d’outils disponibles pour évaluer le niveau de douleur et adapter le traitement du patient. « Si vous ressentez de la douleur, n’attendez pas pour le signaler à votre médecin traitant ou à votre oncologue, afin d’être rapidement soulagé », insiste le professeur. Car des solutions personnalisées existent pour chacun.