Cancer: Cet appareil permet de guérir les tumeurs du rectum sans opération

C’est une révolution dans le domaine de la médecine et dans la lutte contre le cancer. Au Centre Antoine-Lacassagne de Nice, l’appareil de contacthérapie Papillon 50, vient d’être reconnu scientifiquement au congrès de l’Asco (Society of Clinical Oncology) à Chicago comme un traitement efficace pour le cancer du rectum.

« J’ai traité mon premier patient à Lyon il y a 50 ans avec cette méthode apprise du docteur Papillon dont j’étais l’assistant, c’est pourquoi l’appareil a ce nom aujourd’hui, développe le professeur Jean-Pierre Gérard, radiothérapeute au centre de lutte contre le cancer de Nice, à l’initiative de la recherche. Cette reconnaissance c’est comme quand on envoie une fusée sur la Lune et qu’elle atteint l’orbite, c’est la même sensation. »

90 % des patients guéris grâce au Papillon 50 en plus de la radiothérapie externe

« C’est la première fois que l’on peut guérir des petits cancers du rectum sans opération, poursuit-il. La méthode était tombée dans l’oubli dans les années 1990 et c’est un appareil qui coûte cher. Philipps, qui s’occupait de la fabrication, a arrêté dans les années 2000. J’avais alors fait une première étude en 2004 puis une autre internationale Opera [Organ Preservation in Early Rectal Adenocarcinoma] qui a commencé en 2014. Cet essai randomisé prend huit ans pour montrer son efficacité. Il faut 140 malades, 70 qui utilisent le traitement et 70 qui ne le font pas puis attendre trois ans pour être sûr que ça fonctionne. »

A raison de 25 patients par an au centre de Nice, il a fallu être patient. Et les résultats parlent d’eux-mêmes : Avec une radiothérapie externe classique, 60 % des personnes de l’essai étaient guéries, et 90 % de celles qui avaient bénéficié des séances de contacthérapie Papillon 50 n’avaient plus de tumeur.

Seule la tumeur est irradiée

La machine, dont seuls trois exemplaires existent en France, se présente avec un tube que l’on place à l’intérieur du rectum. Elle est efficace pour des tumeurs qui ne dépassent pas 5 cm de diamètre et qui font si possible, 3 cm ou moins. Le Papillon 50 envoie 20 gray de rayons X en deux minutes, ce qui correspond à dix fois plus de rayons qu’en radiothérapie classique.

Le Pr Gérard avec l'appareil Papillon 50
Le Pr Gérard avec l’appareil Papillon 50 – E. Martin / ANP / 20 Minutes

« On contrôle l’irradiation ce qui veut dire qu’il n’y a que la tumeur qui est touchée et que ce n’est absolument pas toxique », précise le Pr Gérard. Seules trois séances de cinq minutes sont nécessaires, combinées ensuite par cinq semaines de radiothérapie externe. « En une séance, 50 % de la tumeur est neutralisée, à la deuxième c’est 80 %. Dans 99 % des cas, le traitement se déroule comme prévu, sans séquelle, sans douleur et surtout sans risque de vivre avec un handicap qui aurait pu être causé par une intervention chirurgicale », ajoute-t-il.

10 % des cancers pourraient bénéficier de cette méthode

Et le Papillon 50 ne s’occupe pas seulement des cancers du rectum. Les cancers de la peau peuvent aussi être traités de cette manière. « Cette machine pourrait également être efficace pour les paupières, la bouche, le vagin et sur tout le corps à la surface. Plus de 10 % de tous les cancers en France pourraient bénéficier de cette technique, indique le professeur qui espère un développement dans tout le pays. Il faudra alors donner davantage de formations car très peu de radiothérapeutes sont capables de manipuler cet appareil qui nécessite un geste difficile. »

La Dr Cyrielle Scouranec fait partie de ceux qui savent, notamment grâce à la transmission du savoir du Pr Gérard. Depuis un an, elle pratique alors cette méthode aux patients. « Il y a un côté technique avec un challenge car il faut bien se positionner pour bien traiter la tumeur, explique-t-elle. D’un point de vue médical, c’est très intéressant et très satisfaisant de voir la tumeur répondre à ce traitement. »

Au centre Antoine-Lacassagne, un autre appareil, le Papillon+, est cette fois unique au monde. « Il permet de guérir le cancer du sein en un jour, en une minute, affirme Jean-Pierre Gérard. C’est une révolution car on change le reste de la vie des patients, ils sont enchantés de pouvoir guérir sans opération. »