Canada : Plus de 750 tombes anonymes découvertes près d’un ancien pensionnat pour enfants autochtones

La découverte risque d’alimenter encore un peu plus la polémique autour des anciens pensionnats autochtones du Canada. Moins d’un mois après la découverte des restes de 215 enfants près d’un établissement autochtone, des centaines de tombes anonymes ont été localisées sur le site de l’ancien pensionnat de Marieval, géré par l’Eglise catholique et situé à environ 150 km à l’est de la capitale Regina. Mercredi, la communauté Cowessess de la province de Saskatchewan de la province de Saskatchewan avait annoncé avoir fait cette « découverte horrible et choquante », sans préciser leur nombre.

« Nous avons commencé nos fouilles par géo-radar le 2 juin 2021 et en date d’hier, nous avons repéré 751 tombes non marquées », a annoncé ce jeudi Cadmus Delorme, le chef de la nation Cowessess, lors d’une conférence de presse. « Ce n’est pas une fosse commune, ce sont des tombes non-identifiées », a-t-il ajouté.

150.000 enfants amérindiens, métis et inuits enrôlés de force

Quelque 150.000 enfants amérindiens, métis et inuits ont été enrôlés de force jusque dans les années 1990 dans 139 de ces pensionnats à travers le pays, où ils ont été coupés de leurs familles, de leur langue et de leur culture. Nombre d’entre eux ont été soumis à des mauvais traitements ou à des abus sexuels, et plus de 4.000 y ont trouvé la mort, selon une commission d’enquête qui avait conclu à un véritable « génocide culturel » de la part du Canada.

Les fouilles autour de cette ancienne école de Marieval avaient débuté fin mai après la découverte des restes de 215 écoliers enfouis sur le site d’un autre ancien pensionnat autochtone, celui de Kamloops, en Colombie-Britannique, province la plus à l’ouest du pays. Cette découverte avait provoqué une onde de choc au Canada et relancé le débat sur ces institutions honnies où les enfants autochtones étaient envoyés de force afin d’y être assimilés à la culture dominante. Elle avait également relancé les appels au pape et à l’Eglise à présenter des excuses pour les abus et violences qu’ont souffert les élèves de ces pensionnats. Le souverain pontife s’était toutefois refusé à présenter de telles excuses, provoquant la colère et la frustration des communautés autochtones canadiennes.

« On nous a fait découvrir le viol »

De leur côté, les experts des droits humains de l’ONU ont exhorté Ottawa et le Vatican à mener une enquête rapide et complète. « C’est absolument tragique, mais pas surprenant », a réagi dès mercredi soir Perry Bellegarde, chef de l’Assemblée des Premières nations, qui représente plus de 900.000 autochtones au Canada, sur son compte Twitter.

Le pensionnat de Marieval, dans l’est de la Saskatchewan, a accueilli des enfants autochtones entre 1899 et 1997 avant d’être démoli deux ans plus tard et remplacé par une école de jour. Interrogé sur CBC, un ancien pensionnaire de l’école de Marieval, Barry Kennedy, a estimé que cette nouvelle découverte n’était que la pointe émergée de l’iceberg. « J’imagine que, vous savez, d’après les histoires qui ont été racontées par nos amis et camarades de classe, il y a plusieurs endroits, par école », a-t-il expliqué.

« J’ai eu un ami qui a été traîné au-dehors une nuit, il hurlait », s’est-il souvenu. Il ne l’a plus jamais revu. « Il s’appelait Bryan. Je veux savoir où est Bryan. » « On nous a fait découvrir le viol », a ajouté Barry Kennedy. « On nous a fait découvrir les coups violents. On nous a fait découvrir des choses qui n’étaient pas normales dans nos familles ».

D’autres découvertes macabres attendues dans les prochains mois

Dans la foulée de la découverte des restes d’enfants au pensionnat de Kamloops, des fouilles ont été entreprises auprès de plusieurs de ces anciens établissements scolaires partout au Canada, avec le concours des autorités gouvernementales.

Plusieurs dirigeants de la communauté autochtones s’attendent à d’autres découvertes macabres dans les prochains mois. Début juin, quelques jours après la mise au jour des ossements à Kamloops, des experts des droits de l’Homme de l’ONU avaient exhorté Ottawa et le Vatican à mener une enquête rapide et complète sur cette découverte.