« Ça sent le touriste », quand les agents de la ville de Paris contrôlent les locations meublées touristiques

« Vous venez pour nous fliquer, c’est ça ? » A l’interphone, une voisine, méfiante, refuse d’ouvrir la porte. Insistante, Marlène réussit finalement à entrer, suivie de Corinne, sa collègue contrôleuse des changements d’usage. Les trois femmes frappent à toutes les portes, à tous les étages. « Agents de la Ville de Paris, on est là pour parler des logements locatifs privés, de type Airbnb », prévient Marlène, en sortant sa carte d’assermentation. Ce mardi, huit binômes d’agents publics du Bureau de la protection des locaux d’habitation lancent une opération de contrôle des logements locatifs privés.

« En ce moment, on constate une reprise forte de l’activité, affirme Amandine, cheffe de projet d’étude du Bureau. Depuis mars, tous les mois, on a 3.000 nouvelles demandes d’enregistrement de logements. » Après un arrêt des contrôles pendant la crise sanitaire, la première campagne de contrôle débute, près de Pigalle. Les agents surveillent particulièrement les quartiers touristiques, autour de Montmartre et de la tour Eiffel, ainsi que les quatre premiers arrondissements.

Les agents de la mairie de Paris en train de mettre des prospectus de sensibilisation dans des boîtes aux lettres.
Les agents de la mairie de Paris en train de mettre des prospectus de sensibilisation dans des boîtes aux lettres. – © Mathilde Desgranges

Les contrôles consistent à vérifier que les propriétaires ont enregistré leurs logements auprès de la mairie, et qu’ils ne louent pas leur résidence principale plus de 120 jours par an. La réglementation diffère pour les logements secondaires. Pour les mettre en location, le propriétaire doit verser une compensation financière car « ils retirent un logement du parc immobilier pour en faire un bien marchand », explicite Alice Veyrié, sous-directrice de l’habitat de la Ville de Paris. Nombreux sont les propriétaires qui tentent de s’y soustraire.

Les contrôles de terrain

Un homme, à moitié réveillé, aux vêtements larges qui laissent penser à un pyjama, ouvre la porte. « Ça sent le touriste », affirme Marlène. Aux explications des contrôleuses, il fronce les sourcils et répond en anglais. Marlène et Corinne ont repéré une annonce suspecte sur Airbnb, qui présentait un nombre de nuitées réservées anormalement élevé pour une résidence principale. Sur place, elle cherche des preuves que le propriétaire n’y habite pas pour constituer un dossier en justice.

Les trois collègues enchaînent rue des Martyrs, pour controler un autre logement. Elles croisent le régisseur de l’immeuble, venu réparer une fuite d’eau dans un appartement. Celui qu’elles viennent contrôler. « Les locataires du Airbnb viennent de sortir », lui expliquent-elles. Embêté, le régisseur peste contre le propriétaire. « Je ne vais même pas pouvoir le joindre, il habite au Brésil », lâche-t-il au cours de la discussion. Voilà la confirmation qu’elle attendait. De quoi entamer des procédures judiciaires.

Anticiper les JO de Paris 2024

« On est vraiment bloqués par la nécessité de prouver que l’appartement avait déjà un usage d’habitation en 1970, affirme Amandine. De nombreuses fiches sont introuvables, ou mal remplies. » Le Bureau de la protection des locaux d’habitation aimerait qu’une fourchette, entre 1970 et 1990, soit accordée. Une demande déjà formulée avec plusieurs amendements mais « toujours rejetée, notamment parce que la majorité présidentielle est contre », selon Amandine. Avec la nouvelle composition de l’Assemblée nationale, elle estime que « c’est le moment de réessayer ».

D’autant que le service anticipe une explosion du recours aux plateformes de locations privées à l’approche des Jeux olympiques de Paris 2024. « On craint que des logements qui étaient revenus sur le marché longue durée ne retombent dans la courte durée », détaille-t-elle. Les Jeux ayant lieu pendant l’été, de nombreux Parisiens pourraient être tentés de mettre leur logement en location pendant leurs vacances. « On réfléchit à créer un service, qui passerait par la Mairie de Paris, pour accompagner cela », ajoute-t-elle, arguant que la ville de Tokyo avait mis cela en place pour les JO de 2024. Mais ce n’est encore que projet.