Budget 2026 : Sébastien Lecornu confronté à l’« État obèse » et ses défis.
Environ un tiers des Français a pris comme résolution de perdre du poids après chaque réveillon. En France, l’industrie ne compte que 9 % du PIB, contre 16 % en Italie et 20 % en Allemagne.
Comme après chaque réveillon, environ un tiers des Français a décidé de perdre du poids. Parmi eux se trouve le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui souhaite réduire un État qu’il juge « obèse ». L’homme fort de Matignon a formulé « 70 propositions concrètes » à ses ministres dans cet esprit.
En ce qui concerne l’Indice de masse corporelle (IMC), les dépenses publiques représentent 57 % du PIB français, contre une moyenne européenne de 47 %. De plus, le taux de prélèvement obligatoire est supérieur de six à sept points dans l’Hexagone par rapport aux autres pays d’Europe. Le déficit, quant à lui, se maintient à 5 %, un sujet souvent évoqué par les politiques tout au long de l’année 2025. De quoi envisager un programme d’austérité.
Cependant, comme pour de nombreux Français, cette bonne résolution pourrait ne pas perdurer. Un gouvernement qui revendique un État trop lourd à alléger rapidement, cela interpelle. À titre d’exemple :
– En 1976, le Premier ministre de l’époque, Raymond Barre, déclarait : « La France vit au-dessus de ses moyens. »
– En 1995, Jacques Chirac, récemment élu président, estimait que « l’État doit donner l’exemple en réduisant fortement les dépenses qu’il a laissées s’accumuler ».
– Deux ans plus tard, Claude Allègre, ministre PS de l’Éducation nationale, provoquait avec son expression de « dégraisser le mammouth ».
– En 2007, Nicolas Sarkozy plaidait pour « la maîtrise des dépenses publiques, comprenez la réduction du poids des dépenses publiques sur notre économie ».
### Une bonne résolution, mais mal formulée
Dès lors, pourquoi, malgré cette volonté politique, le pays peine-t-il à « maigrir » ? L’une des premières erreurs pour échouer dans une résolution est d’avoir un objectif flou. Isabelle This Saint-Jean, professeure spécialisée en politique économique à l’université Sorbonne Paris Nord, souligne : « C’est quoi un État obèse, et l’est-on réellement ? Ça ne veut pas dire grand-chose. » Un objectif imprécis entraîne des réponses tout aussi vagues. Bien que Sébastien Lecornu évoque des mesures « concrètes », il n’a pas fourni de chiffres pour son programme.
« Que veut-il vraiment faire ? Quelles dépenses publiques souhaite-t-il cibler ? Si cela se limite à la simplification et à la fin des doublons entre l’État et les collectivités territoriales, c’est bien, mais cela ne représentera pas les économies de dizaines de milliards escomptées. » C’est un peu comme choisir un soda light avec un menu au fast-food pour se donner bonne conscience.
### Un régime difficile à planifier ?
Les deux principales dépenses en France sont les retraites, qui représentent deux à trois points de plus que la moyenne du PIB, et la santé. Anne-Sophie Alsif, cheffe économique au Bureau d’informations et de prévisions économiques, indique : « En France, nous avons les retraités les mieux traités au monde, et nous sommes le pays qui rembourse le mieux en matière de Sécurité sociale. » Cela peut être un sujet de fierté ou alors une charge trop lourde sur les dépenses.
C’est précisément ce deuxième point qui complique la réduction des dépenses : beaucoup considèrent que le régime à adopter serait trop difficile à instaurer. Isabelle This Saint-Jean rappelle que « nous sommes historiquement un pays qui mise sur les dépenses publiques. Nous avons choisi collectivement de socialiser des fonctions bien au-delà du périmètre régalien. » Changer ce paradigme semble une tâche ambitieuse pour un Premier ministre dont le mandat est limité à cinq ans, et à seulement quelques mois pour Sébastien Lecornu. Anne-Sophie Alsif déplore que « les répercussions de la dette ou du déficit sont perçues comme des enjeux à long terme, peu porteurs électoralement ». Lorsque François Bayrou a fait de la réduction de la dette son combat, il a été évincé de Matignon en quelques jours.
### Absence de remise en question et manque d’industrialisation
Un autre travers courant qui empêche la réalisation de ces résolutions est le déni personnel. À ce sujet, Sébastien Lecornu, membre de l’actuel gouvernement depuis huit ans, ne remet que peu en question la politique économique mise en œuvre jusqu’ici, qui a contribué à l’accroissement du déficit, note l’experte du BIPE. Isabelle This Saint-Jean ajoute : « L’une des raisons de l’explosion du déficit est la baisse des prélèvements, une politique dont Lecornu est issu. »
Pour réduire les dépenses, il est également nécessaire d’accroître son activité économique. Cependant, la France dispose de marges de manœuvre plus limitées comparées à d’autres pays, rappelle Anne-Sophie Alsif : « La France a choisi la désindustrialisation, et elle manque aujourd’hui de gains de productivité pour redresser son économie. » L’industrie ne représente que 9 % du PIB en France, contre 16 % en Italie ou 20 % en Allemagne. La situation devra être reconsidérée d’ici le 31 décembre 2026 pour Sébastien Lecornu.

