Brexit : Londres doit clarifier sa position sur l’Irlande du Nord mardi

L’Irlande du Nord est en crise. La province du  Royaume-Uni est le théâtre de tensions à cause des contrôles post-Brexit. Le gouvernement britannique doit clarifier ses intentions ce mardi à ce sujet.

En raison de l’impasse politique en Irlande du Nord et des perturbations dans les échanges commerciaux entre la province et le reste du Royaume-Uni, Londres veut renégocier en profondeur le protocole nord-irlandais conclu avec l’Union européenne, qui se dit seulement prête à des aménagements.

Bientôt une décision unilatérale ?

Après avoir agité la menace d’actions unilatérales pour outrepasser l’accord, le gouvernement britannique doit exposer son « raisonnement » mardi, selon Downing Street, par la voix de sa cheffe de la diplomatie Liz Truss.

Selon la presse britannique, cela pourrait prendre la forme d’un projet de loi permettant au gouvernement de suspendre unilatéralement certaines parties du protocole nord-irlandais en invoquant son article 16. Une adoption prendrait des semaines et ouvrirait la voie à une longue période de crise entre l’UE et Londres, mais aussi en Irlande du Nord.

Violation du droit international

Le protocole « ne fonctionne pas pour les entreprises, ne fonctionne pour personne en Irlande du Nord », a déclaré mardi sur SkyNews le ministre britannique chargé de l’Irlande du Nord, Brandon Lewis. « Nous ferons ce qu’il faut faire pour garantir que les produits puissent être acheminés vers l’Irlande du Nord de la manière dont ils devraient pouvoir être acheminés vers l’Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne dans le cadre du marché intérieur du Royaume-Uni », a-t-il ajouté.

Pour l’UE, revenir sur ce traité signé en connaissance de cause reviendrait à violer le droit international, et le Royaume-Uni s’exposerait à de sévères représailles commerciales.

BoJo veut « réparer » le protocole

Lundi, le Premier ministre britannique Boris Johnson a affirmé que le gouvernement ne voulait pas « supprimer » le protocole, mais le « réparer ». Il a déclaré qu’il « aimerait » résoudre la question « de manière consensuelle avec nos amis et partenaires » de l’UE, mais a ajouté que le Royaume-Uni avait aussi besoin de « l’assurance » d’une « solution législative en même temps ».

Le dirigeant conservateur s’exprimait lors d’une visite en Irlande du Nord, où il a tenté de convaincre les différentes formations politiques de trouver un compromis et de « retourner au travail ». Car 11 jours après la victoire historique des républicains du Sinn Fein lors d’élections locales, les institutions nord-irlandaises sont à l’arrêt.

Blocage de l’Assemblée locale

Les unionistes du DUP refusent de participer à l’exécutif local, pourtant censé être partagé en vertu de l’accord de paix de 1998 qui a mis fin à trois décennies de conflit sanglant, connues sous le nom de « Troubles ». Et ils ont bloqué l’Assemblée locale en refusant de désigner un nouveau candidat.

Viscéralement attachés à l’union avec la Grande-Bretagne, les unionistes entendent ainsi protester contre le protocole nord-irlandais, l’accord signé entre Londres et Bruxelles pour répondre à la délicate question de la frontière entre l’Irlande du Nord britannique et la République d’Irlande européenne après le Brexit. Ce texte crée une frontière douanière de fait avec la Grande-Bretagne et menace, selon eux, la place de la province au sein du Royaume-Uni.

L’Irlande inquiète

Au cœur du bras de fer politique, le chef du parti unioniste DUP, Jeffrey Donaldson, réclame des « actes » du gouvernement britannique pour régler les problèmes qui affectent l’économie nord-irlandaise et les relations avec la Grande-Bretagne. « Je veux voir le gouvernement promulguer une loi qui apportera la solution dont nous avons besoin », a-t-il déclaré lundi.

Les républicains du Sinn Fein s’opposent eux fermement à un projet de loi britannique. Voisine de l’Irlande du Nord, la république d’Irlande, membre de l’UE, s’inquiète aussi des conséquences d’une éventuelle décision unilatérale britannique. « Toute action unilatérale est préjudiciable et ne peut aider », a tweeté lundi le Premier ministre irlandais Micheál Martin, appelant à trouver une issue par la négociation.