Brexit : Les questions qui se posent après la décision de la Cour suprême britannique

Boris Johnson, seul contre tous — SIPA

  • La Cour suprême a jugé illégale la décision de Boris Johnson de suspendre le parlement fin août.
  • Un nouveau épisode de ce soap opera qu’est devenu le Brexit.
  • Agnès Alexandre-Collier, spécialiste de la vie politique britannique, nous dessine l’avenir plus que flou du pays.

L’actualité traite le Brexit comme un boucher nous vend sa viande : « Il m’en reste encore un peu, je vous le mets quand même ? ». Nous voilà donc parti pour un énième rab de ce Brexit, qui compte plus de retournements de situation que le couple Ross et Rachel. Ce mardi, la Cour suprême a jugé ce mardi illégale la décision de Boris Johnson de suspendre le Parlement en août. Plutôt que de lister les 3.987 futurs possibles, à 20 Minutes, on est concis (et gentils). Voilà donc un condensé des questions que ce nouveau plot twist brexitien pose, avec Agnès Alexandre-Collier, professeure à l’université de Bourgogne et coautrice de Les partis politiques en Grande-Bretagne.

L’avenir des Britanniques est-il encore plus flou qu’avant ?

C’est l’incertitude la plus totale. Il faut bien comprendre qu’il est très difficile de prévoir l’avenir car la situation est totalement exceptionnelle et inédite, et les ressorts constitutionnels employés usuellement sont rendus caducs. Jamais les Britanniques n’ont connu une telle crise, entre des institutions en panne ou stériles et un gouvernement extrêmement contesté. Aujourd’hui, qui peut mener la barque du pays ? Boris Johnson n’a jamais été aussi controversé et cette annonce de la Cour suprême lui fait perdre encore un peu plus de légitimité. Le parlement lui est extrêmement divisé et ne peut être un contre-pouvoir efficace. Certains pressent même la Reine d’intervenir, mais constitutionnellement, elle ne peut rien faire. Et une position trop claire contre le gouvernement ne ferait que fragiliser l’ensemble politique.

Boris Johnson est-il condamné ?

La Cour n’a pas indiqué qu’il avait menti ou qu’il avait commis u outrage. Son poste n’est donc pas menacé directement par ce verdict. De plus, Boris Johnson a directement contre-attaqué en accusant la Cour de rendre le Brexit impossible. Il s’est toujours placé dans un rôle de politicien seul actif face à des institutions stériles, du coup la décision de la Cour ne fait que le renforcer dans ce personnage.

De toute manière, Boris Johnson a un fusible idéal si la situation devient trop tendue pour lui : Dominic Cummings, son conseiller en communication. Un homme très controversé et très clivant. Beaucoup l’accusent d’avoir encore plus électrisé le Brexit par ses stratégies et ses prises de position. Pour Boris Johnson, le plan est simple : si la stratégie de Dominic Cummings est efficace, c’est lui qui en tirera les bénéfices. Si elle ne marche pas, Dominic Cummings sautera. Evidemment, il faut voir si son plan va marcher. Sa survie politique n’est pas assurée. Mais le Premier ministre est loin d’être enterré.

On ne sait pas grand-chose, mais est ce qu’on ne peut pas se dire que les Britanniques vont droit au désastre ?

On a en tout cas de sérieuses raisons d’être pessimistes sur la suite des évènements. C’est une crise constitutionnelle majeure et les Britanniques semblent totalement naviguer à vue. Quant au Brexit, Boris Johnson souhaite maintenir la date du 31 octobre, mais elle semble extrêmement irréaliste désormais. Qui aura la légitimité pour mener l’accord ? On commence même à se dire que l’Union Européenne devrait intervenir, mais c’est un problème national avant tout, et une ingérence européenne passerait extrêmement mal. Mais ce genre de scénario extrême montre bien l’impasse dans laquelle se trouve le Royaume-Uni.

Monde

Brexit : La Cour suprême juge « illégale » la suspension du Parlement décidée par Boris Johnson

Monde

Brexit : Le Parti travailliste britannique se réunit pour clarifier sa position

34 partages