Bretagne : Peut-on enquêter librement sur l’agroalimentaire breton ? Des médias et journalistes pensent que non

Illustration d’une entreprise agroalimentaire en Bretagne. — C. Allain / 20 Minutes

Elle n’avait pas hésité à évoquer « une désinformation qui semble contenter tout le monde » quand nous l’avions rencontrée l’an dernier. L’auteure de la bande dessinée «  Algues vertes, l’histoire interdite » Inès Léraud s’attaquait alors à l’un des sujets qui fâche en Bretagne : l’agriculture intensive et ses dérives. Son travail de journaliste indépendante l’a poussée à enquêter sur l’agroalimentaire dans la région, notamment sur les effets dramatiques subis sur le plan sanitaire par des salariés de ce secteur. Les témoignages recueillis par Inès Léraud n’ont pas plu à tout le monde. Jean Chéritel, patron du groupe Chéritel Trégor Légumes, a attaqué la journaliste en diffamation après la parution d’un article sur le site Bastamag publié en 2019. Son entreprise, condamnée à plusieurs reprises par la justice, avait déjà attaqué le quotidien Le Télégramme en 2015.

Si l’audience doit se tenir en janvier 2021 à Paris, la journaliste a déjà reçu de nombreux soutiens. Une importante mobilisation s’est même établie afin de faire pression sur les élus régionaux et leur demander qu’ils garantissent « une information libre » sur la question de l’agroalimentaire en Bretagne. Plus de 250 journalistes et médias ont signé une pétition et demandent la création d’un « observatoire de la liberté de la presse ». Les signataires demandent notamment au conseil régional de « contribuer à garantir une information et une parole publique libres sur les enjeux de l’agroalimentaire en Bretagne ». « Nous ne nous résignons pas face à ces attaques envers la liberté d’informer », précisent-ils dans un courrier rendu public lundi.

Le président de la région prend position, l’opposition s’agace

Le président du conseil régional Loïg Chesnais-Girard, qui a succédé à Jean-Yves Le Drian à la tête de la région, a répondu favorablement aux demandes des médias, militants associatifs, avocats et auteurs signataires du texte. « Oui, je suis d’accord pour contribuer à garantir une information et une parole publique libres, sur les enjeux de l’agroalimentaire en Bretagne, comme sur n’importe quel autre sujet », y affirme notamment l’élu socialiste.

« La liberté de la presse est un droit constitutionnel non négociable et je m’engage à participer, à mon niveau, au démantèlement de toutes les autocensures qui empêchent les journalistes de travailler sereinement ». Une prise de position que n’a pas goûtée le député Les Républicains des Côtes-d’Armor Marc Le Fur. Dans un message posté sur Twitter, l’élu a reproché au président de la région Bretagne de « courber l’échine devant le lobby écolo-parisien ».

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