Bretagne : Le préfet régularise l’extension d’une porcherie de 12.000 cochons à Landunvez

« On se fout ouvertement de nous ». Laurent Le Berre, président de l’Association pour la protection de la côte des légendes (APPCL), est en colère. Il faut dire qu’à Landunvez, en Bretagne, les riverains sont en train de perdre leur bras de fer contre l’élevage baptisé Avel Vor (« vent de la mer » en breton). Le préfet du Finistère a en effet annoncé mercredi avoir signé l’arrêté régularisant l’extension d’une porcherie de 12.000 cochons, pourtant retoquée à deux reprises par la justice administrative.

« J’ai signé l’arrêté d’extension de cet élevage », a déclaré le préfet Philippe Mahé, confirmant une information du quotidien Le Télégramme. « Cet élevage répond aux conditions légales d’extension », a-t-il souligné.

Une instance locale de suivi de la qualité de l’eau

Vendredi dernier, le conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) avait donné un avis favorable au nouveau dossier déposé par cet élevage. Pour répondre aux préoccupations des habitants, le préfet a toutefois annoncé la mise en place d’une « instance locale de suivi » de la qualité de l’eau sur ce territoire. « On mettra en toute transparence, sur la table, le suivi de la qualité de l’eau. S’il y a des pollutions, on en cherchera l’origine », a-t-il assuré. « Ce n’est pas satisfaisant de savoir que des plages sont polluées mais personne n’a pu dire de manière précise l’origine des pollutions ».

Plages fermées, eau dégradée, pollution de l’air… Les opposants dénoncent les multiples nuisances liées à cet élevage, qui viennent s’ajouter, selon eux, à celles des élevages voisins, dégradant l’environnement de la commune. L’enquête publique menée en 2015 avait d’ailleurs émis un avis défavorable à cette extension. Mais le préfet de l’époque l’avait néanmoins autorisée en avril 2016.

Saisie par les opposants, la justice administrative a annulé l’arrêté d’extension en première instance et en appel, en 2019 et 2021. Mais la porcherie était alors déjà agrandie, produisant 27.000 porcs charcutiers par an dans une commune d’à peine 1.500 habitants, en vertu d’une autorisation préfectorale provisoire.

« Ce n’est pas normal de régulariser par-derrière »

Selon Laurent Le Berre, les associations vont désormais boycotter l’instance de suivi de la qualité de l’eau proposée par le préfet, qu’il a qualifiée de « vaste plaisanterie ». « On va demander l’abrogation de ce nouvel arrêté qui est de toute évidence parfaitement illégal », a-t-il ajouté. « Des décisions de justice sont tombées, ce n’est pas normal de régulariser par-derrière. » Les associations comptent aussi déposer plainte au pénal pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Dans le pays du Léon, la production de cochons dépasse par endroits 3.000 porcs au km2. La Bretagne se place en sixième position européenne pour la taille de son cheptel porcin.