Bretagne : La patte d’une illustratrice jeunesse change l’image des pas si méchants loups et renards

Ses parents avaient eux aussi la patte. A la maison, son père comme sa mère aimaient dessiner. « Ils se débrouillaient très bien, ils me montraient comment dessiner mais sans jamais faire à ma place. Ils préféraient que je me débrouille toute seule. » Naïade a suivi la méthode de ses parents et a appris à dessiner elle-même. A peindre aussi. La gouache, l’aquarelle, l’encre de Chine mais aussi la création numérique sur ordinateur… Elle a tout découvert seule, sans jamais prendre un véritable cours de dessin. Elle a bien suivi un cursus d’arts appliqués au lycée Vauban, à Brest, mais elle y a surtout étudié l’histoire de l’art et du design. « Moi, je voulais dessiner tout le temps. » Après avoir échoué à intégrer les écoles supérieures d’arts, Naïade n’a pas abdiqué et poursuivi son ambition de faire du dessin son métier. Du haut de ses 23 ans, il semblerait qu’elle y soit parvenue grâce à son style qu’elle décrit comme « doux et chaleureux, ponctué de petits détails ».

Cette patte, la jeune Bretonne vient de la mettre à profit pour publier son premier ouvrage comme autrice et illustratrice. Derrière son pseudonyme Naïade Lacolomb​ qu’elle présente comme « l’uniforme de travail », Nolwenn a imaginé les aventures de Fennec et Loupiotte ( qui vient de paraître aux éditions Ilion). L’histoire d’un renard et d’un loup qui sortent de leur terrier à l’assaut d’un monde qu’ils connaissent peu. Un scénario classique pour la littérature jeunesse mais qui porte un véritable message à destination des enfants.

« J’ai envie de démystifier l’image de ces animaux. J’ai grandi avec des contes où le renard est un vilain chenapan qui mange les poules et le loup est un imbécile qui doit faire peur. Je ne cherche pas à dire qu’ils sont gentils, juste à rappeler que la réalité de la vie est un peu plus compliquée qu’être bon ou mauvais. »

Dans son ouvrage, le lecteur est amené à s’interroger sur la place de chaque animal dans la nature, de son rôle dans la chaîne alimentaire. Avant elle, bon nombre d’auteurs et d’autrices ont voulu dédiaboliser l’image du loup cruel et du renard chapardeur. Mais la réflexion de Nolwenn va plus loin. « Je me suis beaucoup documentée sur le loup et le renard avant de me lancer dans l’écriture. On se rend compte que souvent, c’est l’humain qui dérègle tout. Dans le passé, on nous a habitués à faire porter la responsabilité des attaques cruelles aux animaux. Ils avaient bon dos. Oui, ils mangent des poules, des lapins. Mais les humains aussi, non ? », interroge la jeune illustratrice installée à Lannion (Côtes d’Armor).

La jeune illustratrice bretonne décrit ses dessins comme doux et chaleureux, ponctués de détails.
La jeune illustratrice bretonne décrit ses dessins comme doux et chaleureux, ponctués de détails. – Naïade Lacolomb

Pour faire passer le message, elle s’amuse à humaniser ses personnages. « Nous ne sommes pas sauvages au point de dévorer nos nouveaux amis, ne vous en faites pas. De manière générale, c’est impoli de prendre comme repas les gens qu’on connaît et qu’on aime bien », glisse le loup dans le livre. Comme lui, bon nombre des personnages sont inspirés par des enfants qu’elle a pu croiser lors de ses missions comme animatrice, son « autre » job qu’elle a longtemps conservé. Aujourd’hui, celle qui n’a jamais pris un cours de dessin a le culot d’en donner ici et là.

A la lecture de son ouvrage, le troisième de sa carrière comme illustratrice, on peut s’interroger sur la pertinence d’écrire une centaine de pages pour éduquer un public sans doute déjà grand. Un choix assumé par la Bretonne. « J’ai la sensation que l’on peut apprendre à tout âge. On n’est pas éveillés sur tout, même à l’âge adulte. »