Bretagne : « Ils veulent faire respecter leurs droits », défend l’avocat des voisins de la crêperie d’Erquy

Ils n’ont pas très bien vécu l’emballement médiatique et on les comprend. A Erquy, dans les Côtes-d’Armor, les voisins d’une crêperie ont essuyé de vives critiques de la part de très nombreux internautes. Leur tort ? Se plaindre du bruit et des odeurs de crêpe du restaurant situé juste à côté de chez eux. Ce conflit de voisinage qui dure depuis plus de deux ans était resté confidentiel jusqu’à ce que les propriétaires de la crêperie du Pêcheur ne lancent une pétition en ligne qui a alerté la presse. « J’ai la sensation que nous avons fait beaucoup d’efforts. Ça tourne à l’acharnement. Nous, on en a marre, on veut juste travailler », expliquait Alex Polge, à 20 Minutes, pour justifier l’idée de la pétition. Avec sa compagne, il a lourdement investi pour tenter d’obtenir la paix. Allant jusqu’à démonter la cabane de jeux installée pour les enfants afin de limiter le bruit des clients.

Cette banale histoire de querelle de voisinage a alors pris une autre tournure. Ce lundi, le texte d’Alex et de sa compagne Marlène avait été signé par plus de 50.000 personnes. Parmi elles, beaucoup s’érigent contre les voisins, qui ont notamment pour tort d’être originaires de Paris. Le couple a fait construire leur maison secondaire à Erquy en 2000 pour se mettre au calme, avant de voir leur voisin transformer sa maison en 2009 pour en faire une crêperie. Une transformation qui a soulevé quelques problèmes de cohabitation mais sans plus.

Une expertise judiciaire sera demandée

La situation s’est davantage tendue en 2016 quand le couple est venu s’installer à plein temps en Bretagne pour sa retraite. Depuis la reprise du restaurant par Alex et Marlène en 2019, les choses se sont envenimées, jusqu’à une invitation à comparaître pour le 16 février, sauf si un renvoi est demandé. « Mes clients ne demandent pas une condamnation. Ils veulent juste faire respecter leurs droits », explique calmement Me Christophe Samson.

En Bretagne, Marlène Dupont et Alex Polge ont acheté la crêperie du Pêcheur (en arrière plan) en 2019. Depuis, le couple s'écharpe avec un voisin qui se plaint du bruit et des odeurs.
En Bretagne, Marlène Dupont et Alex Polge ont acheté la crêperie du Pêcheur (en arrière plan) en 2019. Depuis, le couple s’écharpe avec un voisin qui se plaint du bruit et des odeurs. – A. Polge

Cet avocat est spécialisé dans les nuisances liées au bruit. Partout en France, il intervient pour défendre les personnes incommodées par les nuisances sonores. « Nous avons un rapport détaillé d’huissier qui atteste notamment des nuisances liées à l’extracteur de la cuisine. Il est bruyant et ne fonctionne visiblement pas très bien car les odeurs sont encore très fortes », explique l’avocat. Ce dernier va demander une expertise judiciaire afin de faire constater l’existence, ou non, des nuisances. « Il faut que l’on puisse savoir si elles sont acceptables aux yeux de la loi », poursuit l’avocat. Le problème, c’est que l’installation de l’extracteur était censée résoudre le problème des odeurs de crêpe, ce qu’il fait visiblement assez mal et avec fracas.

Une première tentative de conciliation avait échoué en fin d’année mais le conseil des voisins ne désespère de trouver une solution à l’amiable. La demande d’une fermeture à 19 heures par les plaignants n’avait pas plu aux restaurateurs, qui avaient refusé. « Mes voisins ne sont pas en colère. Ils n’attendent pas la fermeture de l’établissement, ils demandent juste à pouvoir vivre normalement », explique le conseil du couple de retraités. De l’autre côté de la clôture, les restaurateurs ont également fait appel à un avocat pour défendre leur dossier. Et espèrent pouvoir rouvrir sereinement en février, quand les travaux d’extension de leur véranda seront achevés.