Bretagne : Cette crêperie assignée en justice à cause… de l’odeur de ses crêpes

Il y a des conflits de voisinage qui vous rendent fou. A Erquy, dans les Côtes-d’Armor, les patrons de la crêperie du Pêcheur en savent quelque chose. Depuis trois ans et son arrivée dans la région, le jeune couple à la tête du restaurant s’écharpe avec un voisin qui leur reproche de subir les odeurs et le bruit de leur établissement. Des travaux ont bien été engagés, mais ils ne suffisent pas à satisfaire les deux parties, qui continuent de se quereller sur fond d’odeur de crêpe. Au point qu’une assignation en justice a été adressée aux responsables de la crêperie, qui sont convoqués le 16 février pour s’expliquer. Fatigués de la situation, ces derniers ont lancé une pétition qui a trouvé un bel écho sur Internet notamment en raison de la combinaison résidence secondaire + retraité parisien + atteinte à la tradition culinaire.

Alex Polge et Marlène Dupont ont acheté la crêperie du Pêcheur en 2019. Cet établissement est installé dans une maison d’habitation située à deux pas du grand parking du cap d’Erquy. Sauvage et majestueux, l’endroit fait partie des sites touristiques les plus visités en Bretagne et voit chaque année passer des centaines de milliers de curieux. En 2009, la maison aux pierres apparentes a été transformée en crêperie par l’ancien propriétaire. « Nous avons racheté en 2019. Pour nous, c’était le rêve d’une vie. On a beaucoup emprunté pour s’installer ici mais on savait ce qu’on voulait », raconte Alex Polge à 20 Minutes. Avec sa compagne, il a quitté l’Aube pour ouvrir sa crêperie à Erquy et refaire sa vie.

La crêperie du Pêcheur s'est installée dans une maison transformée en restaurant en 2009 par l'ancien propriétaire, qui l'a revendue en 2019.
La crêperie du Pêcheur s’est installée dans une maison transformée en restaurant en 2009 par l’ancien propriétaire, qui l’a revendue en 2019. – A. Polge

A peine arrivé, le couple a rapidement fait la connaissance de son proche voisin. Cet homme originaire de région parisienne avait fait construire cette maison comme résidence secondaire en 2000 pour passer ses week-ends au bord de la mer. « Il n’y avait pas de crêperie à ce moment-là. Si ça avait été le cas, je serai parti en courant ! À l’époque, nous nous sommes installés sur une zone Natura 2000, protégée, calme et paisible », a expliqué le voisin à nos confrères d’Actu.fr.

« Ça tourne à l’acharnement »

Retraité depuis 2016, il s’est installé à Erquy à l’année. La petite commune fait partie de celles qui comptent le plus de résidences secondaires en Bretagne : plus de 80 % des maisons construites ici restent vides une bonne partie de l’année. Avant le changement de propriétaire, le voisin avait déjà causé quelques tracas à l’ancien patron mais une conciliation avait permis de régler les choses. Or, depuis l’arrivée d’Alex et de Marlène, les doléances n’en finissent plus. « Nous l’avons rencontré, il nous a d’abord dit qu’il était incommodé par les odeurs de crêpes et par le bruit des assiettes qui s’entrechoquent », rapporte Alex. Le couple a donc installé une nouvelle hotte pour extraire les fumées, avant de déplacer sa plonge et d’isoler la pièce. « Mais ça ne suffit toujours pas, s’étonne le gérant. J’ai la sensation que nous avons fait beaucoup d’efforts. Ça tourne à l’acharnement. Nous, on en a marre, on veut juste travailler » Fermée depuis le 30 septembre pour travaux, la crêperie accueillera bientôt une grande véranda mieux isolée, qui devrait atténuer le bruit.

Ces lourds investissements, le patron de la crêperie les assume : « On ne veut pas de conflit ». Alex Polge assure que seul ce voisin se plaint et explique avoir le soutien de la mairie et de l’Umih, qui représente les métiers de l’hôtellerie. « Nous avons beaucoup fait pour lui mais là, on en a marre. C’est pour ça qu’on a lancé une pétition. Pour que les gens comprennent ce qu’il se passe ». Publié il y a cinq jours, le texte avait déjà été signé par près de 9.000 personnes à l’heure où nous écrivions ces lignes. La tentative de conciliation amorcée s’était soldée par un échec. « Il veut qu’on ferme à 19 heures. En fait, il veut qu’on ferme tout court », s’agace le crêpier. Au-delà des arguments balancés par presse interposée, c’est devant un juge que les différentes parties devront bientôt s’expliquer.