Bretagne : C’est quoi ce musée mondial du cure-dent qui vient d’ouvrir ?

C’est un objet du quotidien qui remonte à la nuit des temps. Depuis la préhistoire, l’espèce humaine a pris goût à se nettoyer les chicots à l’aide d’un cure-dent. Les plus vieux étaient fabriqués avec des os ou des brindilles en bois. Au fil des siècles, le cure-dent s’est ensuite embourgeoisé. Pour se distinguer, les aristocrates utilisaient ainsi à table des bâtonnets piquants fabriqués en or massif, en argent ou en ivoire. Toujours utilisé après les repas pour débusquer les restes de nourriture coincés entre les dents, c’est aujourd’hui un accessoire sans charme, en bois ou en plastique, qui se vend par boîtes de centaines de pièces au supermarché.

Une artiste s’attache tout de même depuis quelques années à rendre ses lettres de noblesse au cure-dent. Il s’agit de Claudine Orvain, alias Carry Bridge. Selon la légende, elle serait née à la fin des années 1950 dans une famille pauvre de Londres, curant les dents de ses dix frères et sœurs pour manger les miettes. Plus réalistement, c’est à la fin des années 1990 que cette ancienne danseuse s’est prise de passion pour le cure-dent.

Une soixantaine de cure-dents exposés

A l’époque, l’équipe du festival Les Uburlesques à Laval, organisé en hommage au poète et écrivain Alfred Jarry, était en quête d’idées pour sa programmation. « J’ai découvert qu’Alfred Jarry avait demandé, comme dernière volonté sur son lit de mort, d’avoir un cure-dent, raconte Claudine Orvain. A partir de cette anecdote, j’ai commencé à bidouiller des objets décalés. » Voilà comment est né le musée mondial du cure-dent, une exposition éphémère et décalée présentée pour la première fois dans le chef-lieu de la Mayenne en 1999.

Claudine Orvain fabrique les cure-dents dans son atelier à partir de tous les objets qui lui tombent sous la main.
Claudine Orvain fabrique les cure-dents dans son atelier à partir de tous les objets qui lui tombent sous la main. – Claudine Orvain

Ce n’est que vingt ans plus tard, en pleine crise du Covid, que ces créations absurdes et stylées sont ressorties du placard. Coresponsable du théâtre de l’Échappée à Laval, Claudine Orvain s’ennuyait alors ferme. « J’ai ressorti les cure-dents pour les exposer, mais je les ai trouvés moches et peu soignés, indique-t-elle. J’ai du coup profité du confinement pour les customiser et en refaire d’autres avec tout ce qui me tombait sous la main. » En tout, une soixantaine de cure-dents, tous plus originaux les uns que les autres, qui sont exposés depuis quelques jours à l’office du tourisme de Saint-Brieuc, qui célèbre cette année les 150 ans de la naissance d’Alfred Jarry.

Chaque cure-dent a une histoire improbable

Les créations sont classées en plusieurs thématiques (les utilitaires, les décoratifs ou les ludiques) avec à chaque fois une histoire improbable et propre à chaque cure-dent. Le visiteur découvre ainsi le cure-dent « spécial fruits de mer », « un superbe spécimen, doré à la feuille, qui a été retrouvé dans l’épave du Titanic », ou le cure-dent « L’Amérindien », accompagné de son petit arc, « pour décocher les débris interdentaires indésirables ». On y retrouve aussi des cure-dents célébrités comme le « Gainsbourg », composé d’un billet enroulé, ou le « Yannick Noah », qui est « assez grand pour se coincer entre ses deux dents de devant. »

Le public pourra découvrir "Adam de la mer", le cure-dent du Capitaine Crochet.
Le public pourra découvrir « Adam de la mer », le cure-dent du Capitaine Crochet. – Claudine Orvain

Loufoque et fidèle à l’esprit d’Alfred Jarry, le musée mondial du cure-dent est à découvrir jusqu’au 20 février à Saint-Brieuc. Et peut-être bientôt dans d’autres villes. « On espère en effet qu’il voyagera dans les prochains mois », souligne Claudine Orvain.