Box-Office 2019 : Quelle est la morale des dix films les plus vus au cinéma en 2019 ?

«Le roi Lion» de Jon Favreau — Walt Disney Pictures

Des remakes et des suites. Comme prévu, le top 10 des films au box-office français de 2019 fait la part belle au manque d’originalité des studios. Captain Marvel et Joker sont les deux seuls films vaguement « originaux » de cette liste qui compte aussi deux films français (mais en fait plutôt un seul, on y reviendra) : Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon dieu et Nous finirons ensemble.

Laissons aux spécialistes de l’analyse économique trancher la question de savoir s’il s’agit, ou bon, d’une bonne année pour le cinéma, et concentrons-nous sur… la morale. Ces films fédérateurs ont en effet la lourde tâche d’incarner une forme de tronc commun éthique de l’année 2019. Rien de moins.

Commençons par le numéro un du classement, et allons decrescendo, jusqu’au numéro 10.

Le Roi Lion, de Jon Favreau (+ de 10 millions de spectateurs)

Remake du dessin animé culte, le film en prises de vues « réelles » reprend l’intrigue de son modèle quasiment plan pour plan. La morale est donc naturellement la même à la fin. Mais derrière le joli conte sur le respect de la nature et des traditions, Le Roi Lion cache un message plus sombre qui a déjà été plusieurs fois analysé. Certains voient ainsi dans le sombre dessein de Scar, un projet communiste. Le voir battu en brèche montre donc que le film favorise l’ordre établi. L’ascenseur social pour les hyènes ? Non merci. « L’immutabilité des choses et du poids des traditions qui pèse sur les jeunes générations est évidemment présentée par le film comme quelque chose de tout à fait bénéfique pour les générations futures », analyse même un critique de Slate. Rester dans le rang, ne pas faire de vagues, et fuir la marginalité proposée par Timon et Pumba, voilà le message. Le cycle de la vie est une roue implacablement bien huilée.

Avengers : Endgame, d’Anthony et Joe Russo (près de 7 millions de spectateurs)

La fin des aventures des Avengers était sans doute le film le plus attendu de l’année. Long et pénible pour les uns, juste long pour les autres, Endgame narre la victoire finale des super-héros sur le très méchant Thanos. Le film a la particularité de montrer nos héros déprimés et impuissants au début du film. Sans vouloir trop spoiler, disons qu’ils s’en sortent au bout d’un moment. Comment ? En se serrant les coudes. Le message derrière Avengers, au-delà du sens du sacrifice pour le bien commun, est qu’il faut compter les uns sur les autres. Endgame montre que les Avengers les plus puissants sont aussi ceux qui vivent le plus mal l’échec. Et qu’il faut aussi prendre soin de ceux que l’on pense invulnérables.

Qu’est-ce qu’on a (encore) fait au bon dieu, de Philippe de Chauveron (6,7 millions de spectateurs)

On prend les mêmes et on recommence. Le second volet des aventures de Chantal Lauby et Christian Clavier, leurs filles et leurs gendres a creusé le sillon du premier avec une succession de gags autour des clichés plus ou moins racistes sur différentes communautés. La défense des auteurs consiste à dire : tout le monde en prend pour son grade, et le Français moyen, incarné par Christian Clavier, n’est pas épargné. Difficile de sortir une morale à cette histoire, si ce n’est qu’ on peut effectivement rire de tout, si on n’est pas trop difficile sur le niveau de l’humour.

La Reine des neiges 2, de Jennifer Lee et Chris Buck (au moins 6 millions de spectateurs d’ici le 31)

Disney aura mis le temps avant de donner une suite à son carton de glace. La suite des aventures d’Elsa et Anna se déroulent en automne. Outre de splendides décors, cela donne l’occasion à Elsa de s’interroger sur son histoire et celle de ses parents, et sur l’origine de son pouvoir. Plus intéressante, sa sœur Anna découvre son propre rôle. La « vraie » reine, c’est elle. Au-delà des destins personnels des héroïnes, cette suite résonne aussi comme un plaidoyer anticolonialiste où les ancêtres du peuple d’Elsa n’ont pas le beau rôle, et en faveur du métissage pour la concorde.

Joker, de Todd Phillips (5,5 millions de spectateurs)

Trouver une morale à ce film, véritable carton « indé » de l’année et étonnant Lion d’or à Venise, est ardu et dangereux. Ardu parce que le déroulé du film se veut justement amoral et semble ne pas vouloir porter de jugements sur le parcours de son sociopathe de héros. Et dangereux parce que l’on peut voir, dans cette absence de morale, une forme de légitimation de la violence. En évitant ce débat, on peut tout de même constater que Joker démontre que les maladies mentales et l’isolement social pathologique sont nuisibles aux individus et à la société. Quelque part, Joker milite pour l’amélioration de moyens mis à disposition des services psychiatriques.

Toy Story 4, de Josh Cooley (4,6 millions de spectateurs)

Encore une suite, encore un carton. Eternelle ode à l’enfance, la saga des Toy Story a usé jusqu’à la corde la question de la place qu’il faut se faire dans le cœur des autres pour trouver la sienne. Ce quatrième volet introduit un nouveau personnage, Fourchette, qui a du mal à s’accepter (classique), et à assumer qu’on puisse l’aimer. Le salut viendra de Woody qui, mettant sa propre soif d’amour en sourdine, lui donnera confiance. Il accède ainsi à un statut paternel, père d’une drôle de famille, celle qu’il s’est choisie.

Captain Marvel, d’Anna Boden (3,8 millions de spectateurs)

Premier film du MCU centré sur une héroïne, Captain Marvel est évidemment une ode à  l’empowerment féminin. Personnage légendaire, indépendant et profondément altruiste, Captain Marvel, c’est toutes les femmes de nos vies rêvées. Détestée par les fans mascu de Marvel tout comme Black Panther avait fait pleurnicher les fragiles racistes, Captain Marvel porte un autre message, plus sombre quand l’héroïne reconduit à la frontière les exilés Skrulls…

Dragons 3 : le monde caché, de Dean DeBlois (3,4 millions de spectateurs)

Le troisième et dernier volet de la saga Dragons raconte comment un énième ennemi veut s’emparer des dragons de Krokmou. Outre la victoire de Harold, la fin du film montre un choix radical du héros. Celui-ci constate, avec sagesse, que les dragons ne pourront jamais vivre en paix parmi les humains. Il interroge même sa propre « amitié » avec son dragon domestique. Il décide ainsi de rendre leur liberté aux dragons dans une séquence émouvante où les Vikings débarrassent les animaux fantastiques de leurs selles. Cette morale antispéciste en a surpris plus d’un, surtout quand on sait qu’il s’agit du dernier film de la saga.

Spider-Man : Far From Home, de (3,2 millions de spectateurs)

Le deuxième volet de la suite du remake des aventures de Spider-Man ne se démarque pas vraiment des autres productions de la franchise. Il s’agit encore et toujours, pour un adolescent, de découvrir le sens des responsabilités. Une question plus intéressante traverse tout de même cet épisode : la volonté de Peter Parker de recevoir un peu des lauriers auxquels il pourrait prétendre. En même temps qu’il commence à assumer l’héritage de Tony Stark, il doit accepter la part d’ego essentielle à tout héros. Cette question culmine à la toute fin du film quand il dévoile son identité aux yeux du monde, et de celle qu’il essaye maladroitement de draguer depuis le début. Définitivement un ado comme les autres.

Star Wars IX : L’ascension de Skywalker, de J.J. Abrams (au moins 2,8 millions de spectateurs)

Dans le classement, là, maintenant, c’est le film de Guillaume Canet, Nous finirons ensemble, qui figure en dixième position. Mais parce que Star Wars IX devrait sans peine lui passer devant d’ici le 31 décembre, et aussi parce que nous serions bien en peine de trouver une morale au jeu de massacre sur fond d’huîtres, nous avons choisi de placer L’Ascension de Skywalker à cette position.

Que nous dit le dénouement de la saga Star Wars (à part qu’une large part de ses fans sont pénibles et toxiques) ? On pourrait en écrire des tartines (on l’a déjà fait d’ailleurs). La saga semblait s’orienter vers une morale du genre : le sang n’est rien, l’essentiel réside dans nos choix. Un truc du genre. Et puis patatras, l’héroïne Rey est en réalité « bien » née puisqu’elle est la petite-fille de Palpatine a.k.a. pas-n’importe-qui. La fin du film valide malgré tout la morale susnommée quand Rey dépasse sa vocation de Sith pour embrasser la carrière de Jedi. Dans le même ordre d’idée, Finn, anonyme stormtrooper déserteur, semble s’éveiller à la Force lui aussi.

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