Bouches-du-Rhône : Un incendie industriel pollue l’air d’un village depuis plus d’une semaine

Plus d’une semaine après, le feu couve toujours dans le centre de récupération de déchets industriels non dangereux de Saint-Chamas, une commune des bords de l’étang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône. « L’incendie est maîtrisé mais il dégage encore des fumées vu le volume de déchets qui brûlent », observe le maire Didier Khelfa, qui invite toujours les personnes fragiles et vulnérables à éviter toute activité physique en extérieur.

D’après AtmoSud, qui a déployé des stations de suivi pour mesurer l’impact sur la qualité de l’air, le niveau des particules fines a atteint un pic de 800 µg/m3 au plus fort de l’incendie. Soit un niveau comparable à ce que peut connaître Pékin lors d’épisodes de pollution, selon Dominique Robin, le directeur d’AtmoSud. « Les niveaux sont actuellement plus bas, grâce à un régime de vent nord/ouest qui a écarté la fumée vers l’étang de Berre, mais ils méritent une véritable vigilance, les choses ne sont pas sous contrôle », relève-t-il. Le mistral, attendu ces prochains jours, pourrait en effet raviver le feu couvant.

Un incendie « exceptionnel de par les volumes en jeu »

Une dizaine de sapeurs-pompiers du SDIS 13 sont toujours sur site. « Des feux de déchetterie, c’est quelque chose de courant, mais celui-là est exceptionnel par les volumes en jeu », explique le lieutenant-colonel Pierre Bisone. Il commande les opérations de secours depuis que l’incendie s’est déclaré, le dimanche 26 décembre au matin. « On a dû tirer 6 km de tuyaux pour amener l’eau, mais le fond du problème c’est qu’il n’y avait non pas 1.000 m3 de déchets, mais au moins 20.000 m3 », raconte-t-il. Le site était en effet sous les radars du service prévention du SDIS, depuis un arrêt préfectoral du 14 décembre 2021 révélant cette situation.

Depuis plusieurs mois, le maire de Saint-Chamas joue le rôle de lanceur d’alerte à propos de l’entreprise en cause, Recyclage Concept 13. « Dépasser les volumes comme cela, c’est irresponsable », dénonce Didier Khelfa, appelant à changer les règles du jeu : « Aujourd’hui, tout le monde peut se déclarer comme installation classée pour la protection de l’environnement et être habilité à stocker jusqu’à 1.000 m3 de déchets, sans plus de vérifications que cela. » « Il faut tirer les leçons de cet incendie, et donner les moyens de contraindre, de mettre des sanctions », ajoute-t-il. L’arrêté donnait à l’entreprise jusqu’au 31 décembre 2021 pour repasser sous la barre des 1.000 m3. L’incendie s’est déclaré quelques jours avant cette échéance.

Des structures d’acier qui menacent de tomber

Les sapeurs-pompiers ont procédé à un arrosage massif du bâtiment, pour ramener l’incendie à un feu couvant. « Cette très grosse opération de noyage a permis de diviser par dix la densité des fumées, relate le lieutenant-colonel Pierre Bisone. Pour vraiment l’éteindre, il faudrait avoir accès à la masse qui se consume et tomber le bâtiment aux structures d’acier qui risque de s’effondrer. » Un bâtiment qui mesure pas moins de 70 mètres de long, où des tas d’ordures broyées et bien compactées s’élèvent jusqu’à 5 mètres de haut. Sauf que la responsabilité en revient normalement à l’exploitant du site.

Pour le moment, les pompiers interviennent sur un tas qui leur est accessible, à l’extérieur du bâtiment, de plusieurs centaines de mètres cubes. « On va l’étaler et mettre fin à la combustion », poursuit le commandant des opérations. A l’écouter, la situation est appelée à durer tant qu’il n’est pas possible d’intervenir sur le bâtiment principal. « S’il n’y a pas de rejets toxiques ou agressifs, cela ne pose pas de problème, si les mesures d’AtmoSud ne sont pas bonnes, ce n’est pas la même chose. » La préfecture des Bouches-du-Rhône devait communiquer sur le sujet en fin de journée.