Bordeaux : Un centre avec des experts en psycho traumatismes pour les enfants victimes de violences sexuelles

« On est une équipe sans blouse installée dans des locaux chaleureux », souligne d’entrée Chantal Bergey, psychiatre et responsable du centre régional psycho traumatisme, ouvert début 2020 au sein de l’hôpital Charles Perrens, à Bordeaux. Depuis l’été, le centre suit 33 patients mineurs, marqués par des événements traumatiques ( violences sexuelles, physiques etc.) et adressés par des généralistes, des psychiatres et des associations d’aide aux victimes. Adrien Taquet, secrétaire d’Etat à l’enfance, est venu visiter ce mercredi ce centre régional (le deuxième en Nouvelle-Aquitaine) qui fait partie des quinze structures ouvertes en France pour « mailler le territoire ».

« Le stress post-traumatique nécessite une prise en charge très individualisée, très spécialisée », pointe Séverine Blot, pédopsychiatre au centre bordelais. Elle se félicite qu’on commence à considérer les enfants témoins de violences intrafamiliales comme des victimes, même s’ils n’ont pas subi de violences directes. « On accueille des enfants exposés mais qui ont les mêmes symptômes que ceux physiquement abusés, appuie Pierre Suquet Psychologue au centre régional. Je pense à un petit garçon qui est en état de détresse et présente des caractéristiques post-traumatiques parce que sa mère a été victime ». L’un des objectifs de ce type de centre est de prendre en charge le plus tôt possible et de manière adaptée ces enfants pour atténuer les conséquences sur leur vie future. Une représentante de l’association En Parler qui aide les victimes de violences sexuelles est aussi intégrée à l’équipe. 

Des dépistages complexes

Spécialiste des adolescents, Pierre Suquet met aussi en avant les difficultés du diagnostic à cet âge particulier de la vie. « Il y a des manifestations cliniques du trouble de stress post-traumatique qui peuvent être confondus avec la crise d’adolescence. Avoir des cauchemars pour un enfant c’est très fréquent et cela fait partie du développement courant mais, cela peut aussi signer la présence de troubles de stress post-traumatiques, explique-t-il. Fumer du cannabis ça peut avoir un côté expérimental pour certains ados, pour d’autres c’est une tentative de s’apaiser justement parce qu’il y a retour de souvenirs en lien avec le psychotrauma ».

L’équipe du centre est formée à plusieurs méthodes dont l’ EMDR (désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) et le TCC (thérapie cognitivo-comportementale), et développe aussi une approche corporelle, notamment avec l’aide d’une ostéopathe. « Le stress va engendrer des positions de renfermement qui peuvent engendrer des tensions thoraciques, abdominales, avec des douleurs digestives par exemple ou de l’asthme », explique Héloïse Dupuy, l’ostéopathe qui reçoit, une fois par mois, certains patients adressés par les psychologues et psychiatres. 

Former d’autres professionnels

« Ce ne sont pas les seuls professionnels du centre qui vont prendre en charge les milliers d’enfants victimes de violences sexuelles, remarque Adrien Taquet. D’où l’impératif de former tous les professionnels de santé d’un territoire, la Nouvelle-Aquitaine en l’occurrence ». Le centre qui se veut un pôle d’expertise a déjà formé 1.100 professionnels sur les psycho-traumas et a reçu de très nombreuses sollicitations. Au-delà des professionnels de santé, les formations visent aussi les personnels d’éducation, les travailleurs sociaux etc.

Chantal Bergey va aussi intégrer un groupe de travail national pour qu’un protocole structuré soit mis en place pour accompagner les enfants dont les mères ont été victimes de féminicides. « En Seine Saint Denis, une mise à l’abri des enfants est réalisée dans un service de pédiatrie, avec des pédopsychiatres et des bénévoles, le temps d’une enquête sociale », pointe-t-elle.