Bordeaux : Soucieuse du bien-être animal, la ville dévoile les résultats d’une enquête qui a du chien

Plus de 1.700 participants c’est le premier succès de l’enquête sur la condition animale en ville lancée par la municipalité de Bordeaux. Menée entre le 12 décembre et le 28 février, l’étude, dont 20 Minutes a pu consulter les résultats en amont, sera publiée ce vendredi 23 septembre. « On n’avait aucune donnée sur la situation des animaux à Bordeaux et sur la position des Bordelais vis-à-vis d’eux. C’était une grosse inconnue, explique Francis Feytout, conseiller municipal délégué pour le respect du vivant et la condition animale. On a été élu avec un programme pro écologique et pro animaux, mais il n’empêche qu’en prenant en compte l’abstention, il fallait se demander quelles étaient les attentes, en employant la démocratie directe ». L’occasion pour le conseiller, dont la délégation n’existait pas sous la précédente majorité, de prendre la température et d’adapter ses priorités.

Davantage de caniparcs

L’étude a la particularité de donner la parole aux non-propriétaires de chiens qui sont 55,5 % à apprécier la cohabitation avec le chien en ville, 58,8 % dans les parcs et jardins et 41,9 % dans les transports en commun. Francis Feytout interprète cette dernière donnée en pointant le manque de place dans ces espaces très fréquentés. Il retient surtout un état d’esprit « très favorable » au partage de l’espace.

Toutefois, 34,2 % des répondants non-propriétaires de chiens se disent inquiets face à un chien sans laisse « C’est naturel, commente-t-il. En face, il y a des enfants en bas âge, des personnes phobiques, etc. » Plus de 40 % des propriétaires de chiens n’ont jamais eu recours à de l’éducation canine et c’est une piste explorée par la ville d’en proposer, de façon accessible. Des éducateurs canins feront d’ailleurs des démonstrations sur la place de l’hôtel de ville, ce vendredi, lors de l’événement « la place aux animaux ».

Si 53,5 % des propriétaires de chiens interrogés souhaitent qu’il y ait plus d’espaces autorisés aux chiens, qu’ils soient tenus en laisse ou non, 63,8 % des non-propriétaires sont aussi favorables à l’agrandissement des aires adaptées. « C’est un besoin que j’avais identifié et qui a été justifié par cette enquête », se félicite le conseiller municipal.

Des frictions ont déjà eu lieu à Caudéran et au parc Rivière des Chartrons, qui accueille la plus grande « allée aux chiens » de Bordeaux. Si des incivilités existent c’est notamment parce que l’offre est insuffisante, estime la mairie. « On réfléchit à un caniparc dédié proche de la réserve des Barrailh où les chiens auraient accès à des espaces modulaires en toute sécurité, détaille Francis Feytout. On envisage une offre de proximité, une intermédiaire et une à la limite de la ville. »

Les pigeons et les rats, « nettoyeurs de la ville »

« 72,2 % des répondants ont une opinion neutre ou favorable en faveur des pigeons », nous apprend l’enquête. A Bordeaux, la population de ces volatiles est estimée à 5.000 individus, ce qui la place dans la moyenne nationale. Une soixantaine de sites avec des nuisances particulières (salissures dues aux déjections) sont connus par la ville.

Francis Feytout a mis fin à l’abattage des pigeons qui étaient réalisés après captures en octobre 2021. Et, depuis le printemps, une réflexion est en cours pour nourrir le futur « plan pigeons ». En ce sens, une rencontre avec les bailleurs sociaux est prévue prochainement. « Sur les logements vacants, de simples filets permettent que les pigeons ne s’installent pas », pointe Francis Feytout.

Quand on veut réguler les populations, les nourrissages compulsifs dans la rue sont un fléau. « Une partie de la population s’imagine que les animaux sauvages sont des bébés, humains, qu’il faut aider, déplore l’élu. Mais plus on va les aider, plus ils vont se reproduire. Et en plus, il ne faut pas donner de pain aux oiseaux, cela leur procure une fausse sensation de satiété, ce n’est pas un aliment adapté. »

L’enquête montre que près de 30,3 % des répondants ont indiqué un endroit où il y a selon eux beaucoup de rats. S’il est difficile de savoir si la population de rats augmente, en tout cas elle est peut-être un peu plus visible dans les rues.

« Le rat est perçu comme sale parce qu’il se nourrit de déchets mais c’est l’habitant qui les jette, rappelle Francis Feytout. Plus il y a d’aliments disponibles, plus cela attire les animaux. » Autre problématique, si les habitants font souvent appel à la ville s’ils détectent le rongeur, il gîte souvent dans des espaces privés, à la faveur d’un défaut de sécurisation.

« Comme le pigeon, le rat est un animal nécessaire à la ville : ce sont des nettoyeurs, conclut l’élu. Sans les rats, les égouts seraient bouchés car ils se nourrissent des amas de graisse ». Plutôt que de tuer systématiquement les animaux considérés comme nuisibles, la ville entend se poser les bonnes questions pour réguler les populations et organiser le partage de l’espace, à tous les étages.