Bordeaux : Restreindre le trafic des véhicules les plus polluants en 2025 sans réveiller  «les gilets jaunes», le défi de la métropole

La métropole bordelaise marche sur des œufs sur le sujet de la restriction de la circulation de certains véhicules parmi les plus polluants. La loi lui impose de définir une zone de faible émission (ZFE) au 1er janvier 2025 et d’ici là, elle compte préparer les esprits à ce changement pour qu’il se fasse en douceur. Alain Anziani, président (PS) de la métropole a bien en tête la vivacité avec laquelle, en 2018, le mouvement des gilets jaunes a enflammé la métropole girondine, en réaction à une hausse des prix du carburant. « Si on n’arrive pas à anticiper 2025, on va vers un mur, il faut que le dispositif de ZFE soit vulgarisé d’ici-là », s’inquiète-t-il.

Si la définition d’une ZFE est obligatoire, ses contours doivent être définis par chaque métropole. A Bordeaux, la ZFE sera délimitée par la zone intra-rocade sur laquelle les concentrations de polluants sont les plus importantes (à l’exclusion de la rocade qui relève de la compétence de l’Etat) et on ignore encore quelles catégories de véhicules (classés avec des vignettes Crit’air de 1 à 5, en fonction de la motorisation et de l’année de construction du véhicule) pourront y circuler et quand.

Concerter et expliquer avant de choisir

Un sondage a été lancé le 29 mars, et une participation du grand public est possible via un site dédié depuis le 1er avril. Une consultation grand public est également prévue entre septembre et décembre 2022, avant la consultation réglementaire qui débutera en 2023. Des réunions publiques vont aussi être organisées dans les 14 communes qui font partie du périmètre de la ZFE. La métropole a conscience qu’elle devra proposer des mesures d’accompagnement pour les changements de véhicules des foyers les plus modestes, en renfort des prêts à taux zéro de l’Etat.

Les modalités ne sont pas arrêtées et se feront à l’appui de la consultation mais, selon les projections, si on interdit la circulation dans cette ZFE aux véhicules Crit’air 5, 4 et 3 compris, « l’amélioration est très significative en termes de qualité de l’air, soit – 24 % sur les émissions d’oxydes d’azote et -15 % sur les particules fines, pointe Claudine Bichet, vice-présidente de la Métropole chargée du Climat, de la transition énergétique et de la santé. Si on démarre à Crit’air 4, on est sur -6 % pour les oxydes d’azote et -3 % pour les particules fines ». Pour une ZFE ambitieuse, l’interdiction à partir du Crit’air 3 semble donc à privilégier.

D’autres caractéristiques restent à déterminer. Est-ce que la ZFE concernera tous les véhicules ou seulement les véhicules professionnels ou les camions ? Est-ce que ce sera une ZFE 24 h/24 h, ce qui semble le plus lisible, ou seulement à certains horaires ou en excluant le week-end ? Si les contours du dispositif restent à définir, il est sûr que sur ce dossier la métropole et la ville privilégieront des mesures progressives pour une meilleure acceptation sociale. « L’augmentation du prix de l’essence va être un facteur qui va les inciter à économiser du carburant, espère Alain Anziani. C’est dans l’intérêt des habitants cette ZFE ». Reste que les contrôles laissés au pouvoir de police des maires, s’annoncent compliqués.